A Sokano, dans le Baol profond, la revitalisation des activités maraîchères fait naître tous les espoirs
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A Sokano, dans le Baol profond, la revitalisation des activités maraîchères fait naître tous les espoirs

Par Fatou Diop

Sokano (Bambey), 19 oct (APS) - Sokano, un village situé à 13 km de la commune de Bambey (centre), mise sur la revitalisation des activités maraîchères pour son envol économique et social, au grand bonheur des populations locales éprouvées par de dures conditions d’existence.

De Bambey, la capitale départementale, à Sokano, un des 62 villages de la commune de Thiakhar, la nature profite de la fin de l’hivernage pour se monter sous son meilleur jour : verdure à perte de vue, champs de mil, d’arachide et de niébé se succédant tout au long de la route latéritique traversant ce Baol des profondeurs.
 
Un air de campagne régénérée qui change de la ville et de ses tracas quotidiens, sauf que flaques d’eau et secousses régulières viennent rappeler l’état difficile de la route, une endurance quotidienne pour les populations locales.
 
Avec les difficultés d’accès, le manque d’infrastructures sociales de base font que les habitants de Sokano disent manquer d’un confort minimum, ne disposant ni d’eau courante ni d’électricité, sans compter que les ménages se trouvent dans un grand besoin d’encadrement pour investir les activités génératrices de revenus.
 
Malgré ces obstacles et d’autres encore, les habitants de Sokano ont manifesté leur ambition de contribuer à l’autosuffisance alimentaire du pays, conformément aux objectifs assignés par les pouvoirs publics.

Dans cette perspective, un jeune de la contrée du nom Saliffou Diatta a lancé une association dénommée "Mbin Jam" (La maison de la paix, en langue nationale sérère), en vue de contribuer à booster les actions locales de développement et fixer les jeunes.
 
Il a pour ce faire mis sur pied un centre expérimental dédié à la formation des membres de l’association et des populations environnantes, lequel centre s’est doté d’un espace pour des activités de maraîchage.
 

’’Il fallait fixer les jeunes par des activités génératrices de revenus’’

Différentes variétés - piment, grenade, pamplemousse, tomate, feuilles de menthe (nana) - sont expérimentées dans ce périmètre complété par des activités de pisciculture et de mico-jardinage, ces dernières activités se déroulant entre janvier et avril. 
 
"Au mois d’octobre, avec la rareté des pluies, nous allons démarrer la pépinière oignon", a annoncé le promoteur du projet.
 
"Pour fixer les jeunes, a-t-il expliqué, il fallait leur offrir une activité qui pouvait leur apporter de l’argent, et c’est ainsi que j’ai décidé en 2014 de mettre sur pied le centre agro-élevage +Mbin Jam du Baol+".
 
Saliffou Diatta souligne qu’à travers cette initiative, son ambition est de contribuer à la résorption du chômage des jeunes de Sokano et des villages environnants. 
 
Le centre, à ses débuts, était géré par six personnes membres de l’association mais avec le temps, d’autres jeunes ont pu selon lui bénéficier d’un emploi décent à travers le projet. "On espère avoir de meilleurs rendements cette année puisqu’on est passé de six à 27 personnes", a dit M. Diatta. 
 
Saliffou et ses camarades veulent ainsi se lancer dans l’agro-business pour plus de rendements mais le village ne dispose malheureusement que d’un petit forage pour son alimentation en eau.
 
"L’absence de ressources hydriques suffisantes ne facilite pas le travail. Si on avait assez d’eau, on peut exploiter les 7 hectares dont nous disposons et du coup, offrir du travail à 185 demandeurs d’emplois", a-t-il indiqué.
 
"L’impact économique du projet est réel", assure le promoteur, avant d’évoquer la perspective de la transformation des produits dans laquelle son association s’est inscrite, pour pallier l’inexistence de moyens de conservation.
 
"Mbin Jam du Baol" incite ainsi ses membres à se former pour la production de jus locaux (goyave, bissap, moringa, sump, entre autres). "Nous disposons du matériel nécessaire pour faire ce travail", dit son promoteur.
 
Mais Sokano n’étant pas connecté au réseau électrique, les populations se trouvent confrontées à des problèmes de conservation des produits qu’ils ne sont par ailleurs pas assurés de d’écouler au meilleur prix.
 
Elles ont quand même la possibilité de les vendre au marché de Bambey, la place marchande la plus proche dans la zone, au risque d’être obligées de les brader tout simplement.
 
L’association "Mbin Jam" parvient de cette manière à tirer son épingle du jeu. "Tout ce que je peux vous dire c’est qu’on a eu de l’argent avec la vente de nos produits", glisse Saliffou dans un sourire, sans plus de détail.

      "Une vision entreprenante de développement’’

 
La pérsévérance de ce trentenaire, enseignant arabe à l’école primaire du village, a été déterminante dans la réussite de ce projet lancé sur fonds propres avant de bénéficier d’un financement de l’Etat pour en consolider les acquis.
 
Dans le cadre des "vacances citoyennes", le ministre de la Jeunesse, de la Construction citoyenne et de la Promotion du volontariat, a visité le site du projet, déplacement au cours duquel Pape Gorgui Dieng a vanté cette "vision entreprenante de développement portée par des jeunes".
 
Le ministre a par ailleurs assuré au promoteur que les services de l’Etat seront à ses côtés pour l’accompagner et faire à terme de son initiative, "un centre intégré" dans lequel d’autres activités pourraient être démultipliées.
 
À l’occasion de cette visite, le chef de village, Samba Diaw Diouf, a plaidé la cause de Sokano, appelant les autorités à faire leur possible pour l’amélioration des conditions de vie de ses administrés.
 
"On veut un forage avec une plus grande capacité. On a un puits avec de l’eau douce mais on ne peut pas l’exploiter faute de moyens", a-t-il déploré.
 
De fait, Sokano, qui compte 791 habitants, des sérères en majorité, mais aussi des wolofs et des peuls, est "dépourvu ou presque de toutes les commodités. Nous n’avons ni courant, ni eau potable, ni structure sanitaire encore moins de routes praticables. C’est un village enclavé", a renseigné le chef du village. 
 
"Des gens sont venus délimiter un espace pour la construction du poste de santé mais on attend toujours. Lorsqu’on veut évacuer un malade entre les mains, on est obligé de l’évacuer à Bambey, la capitale départementale", a-t-il regretté.
 
Il arrive que même ces évacuations se fasssent par le moyen de charrettes, le mauvais état des routes faisant que même en appelant un taxi, par exemple, on n’est pas épargné par les risques de panne, selon lui.
 
"On demande aux autorités d’accélérer la mise en place de ce poste de santé pour le bien-être des populations de Sokano", conclut le chef du village.

FD/BK/OID/ASG