Pascal Boniface relève
APS
MONDE-SPORT-ANALYSE

Pascal Boniface relève "les enjeux politiques" des Jeux Olympiques

Dakar, 3 août (APS) - Le géopolitologue français Pascal Boniface souligne dans son ouvrage "les enjeux politiques’’ des Jeux olympiques (JO), un évènement sportif majeur devenu au fil des ans ’’une vitrine’’ pour le rayonnement et la puissance des Etats les plus en vue.
 
Se basant sur son ouvrage intitulé "JO Politiques" aux édition Eyrolles (2016), le fondateur et directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) soutient que Pierre de Coubertin, ’’père’’ des Jeux modernes, "a dû se battre pour imposer cette idée que le sport pouvait rassembler et intéresser".
 
"Mais à partir du moment où il y a une compétition internationale plus forte, (…) chacun va essayer de se servir des Jeux comme une vitrine", a analysé Pascal Boniface, mardi au cours du magazine ’’Grand angle’’ de TV5, en donnant en exemple la période correspondant à la Guerre froide.
 
Au cours de cette période, "il y avait au-delà de la compétition soviéto-américaine ou entre les deux Allemagnes de l’Est et de l’Ouest, une compétition pour savoir qui aurait la meilleure ration de médailles à la fin des Jeux pour montrer la supériorité du système capitaliste ou communiste par rapport aux autres", a expliqué le chercheur français.
 
De cette manière, les JO sont devenus au fil des ans "une vitrine" pour les athlètes, une perspective confortée par l’intérêt grandissant des médias.
 
Il a rappelé qu’une centaine d’athlètes venant de 9 pays seulement avaient participé aux premiers Jeux Olympiques organisés en 1896 à Athènes en Grèce.
 
De même "il n’y avait pas une attention très forte" lors de l’édition tenue à Paris, en 1924, malgré l’organisation la même année de l’Exposition universelle dans la capitale française.
 
Selon Pascal Boniface, citant l’ancien président américain Gerald Ford, "un succès sportif peut servir une nation autant qu’une victoire militaire".

"Heureusement que les pays qui se font la guerre sont moins nombreux qu’auparavant, même s’il reste des conflits. C’est une façon différente d’exercer de l’influence et de la puissance", a-t-il analysé.
 
Le sprinteur jamaïcain Usai Bolt, par exemple, "porte les couleurs de son pays, la Jamaïque, bien au-delà" du cadre sportif, a indiqué le géopolitologue français, selon lequel "tout le monde serait un peu en difficulté de citer le nom du Premier ministre de la Jamaïque". 
 
A contrario, dans le monde entier, "Usain Bolt est connu et fait le prestige pour la Jamaïque", a fait valoir le chercheur français, auteur de "La Géopolitique du sport", une autre de ses publications de référence.
 
L’intérêt des JO réside toutefois dans le fait que "chacun peut y trouver sa place", a poursuit Pascal Boniface, ajoutant : "Le nombre de sports est important et chaque pays peut se reconnaître dans un sportif qui réussit dans un domaine et qui finalement est un ambassadeur en short, en kimono, en combinaison nageur de son propre pays".
 
D’après le directeur de l’IRIS, "le fait d’appartenir au Comité international olympique (CIO) ou d’aller à une compétition pour la Coupe du monde, c’est un peu la souveraineté du quotidien. C’est un peu +soft power+", ce qui permet d’incarner l’Etat sur le plan diplomatique dans le monde.
 
"Ces pays-là, dans leurs différences, ont compris que le sport était un moyen d’influence, un moyen d’être vainqueur tout en étant populaire. On va admirer une nation qui va réussir dans le sport alors qu’on ne va toujours pas admirer un pays qui réussit en termes militaire ou guerrier", argumente-t-il au sujet de l’envie de pays comme le Qatar d’accueillir les JO. 
 
Pascal Boniface soutient par ailleurs que "le sport est plus fédérateur que les autres instruments d’influence". ’’Un sportif qui va réussir va être admiré au-delà de ses frontières, au-delà de sa religion et de sa couleur de peau. Donc, conclut Pascal Boniface, le sport a un aspect fédérateur que n’ont pas les autres aspects de la mondialisation".
 
ASB/BK