Samara by bus, un périple à travers la profonde Russie
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Samara by bus, un périple à travers la profonde Russie

De l’un des envoyés spéciaux de l’APS : Salif Diallo

Samara, 30 juin (APS) - Des reporters sénégalais, partis mercredi de Kaluga - camp de base des Lions - pour Samara avec l’espoir d’assister à la qualification de l’équipe nationale du Sénégal pour les huitièmes de finale du Mondial 2018, sont revenus au bercail plus de 24 heures plus tard d’autant plus fatigués et déçus de leur périple de 1000 Km que la défaite contre la Colombie a eu raison de leur enthousiasme et rendu vains leurs sacrifices.

L’un des deux chauffeurs du convoi ne comprend pas un traitre mot de français et son anglais n’est guère pas meilleur, mais il semble comprendre les nombreuses jérémiades de reporters qui n’en pouvaient plus de ce voyage interminable démarré mercredi en début de soirée.
 
Plus de 24 heures plus tard, les journalistes sénégalais étaient encore sur les routes vers 17h locales vendredi, après être arrivés la veille à Samara 2h avant le coup d’envoi du match Sénégal-Colombie (0-1).
 
La tournure du match, avec à la clé une élimination, avait de quoi faire pester, ajouté au sentiment d’avoir finalement fait tout ce trajet pour rien ou presque.
 
Surtout que les affres de ce périple de 15 heures en direction de Samara, dans le sud de Russie, avaient été contenues par l’espoir secret de voir les Lions se qualifier au second tour. La déception aidant, l’ambiance du retour était tout autre.
 
Dans une nuit tiède et remplie de chahuts comme de joyeux drilles en colonie de vacances, les journalistes avaient entamé leur voyage avec allant, faisant le plein de provisions dans les magasins trouvés sur la route.
 
Les routes secondaires empruntées par le bus ne semblaient gêner grand monde, ni même les fréquents arrêts demandés par des reporters qui avaient tout loisir d’admirer le spectacle de la campagne russe qui défilait sous leurs yeux à toute vitesse.
 
Au voyageur de deviner des scènes de vie derrière les grandes superficies de forêt entrecoupées de maisons encadrées comme villes secondaires ou plutôt des villages le long des voies, l’immensité de la verdure s’étalant à perte de vue représentant le reste du décor.
 
Des travaux de voirie et des magasins d’alimentation, mais aussi des ballots d’herbe fourragère témoignent de la pleine vie de ces contrées agricoles éloignées des grands centres urbains. 
 
Le visiteur se croirait dans n’importe quelle zone rurale de l’Europe occidentale, avec tous ces magasins en bordure de route, sauf que les inscriptions en russe font revenir à une réalité bien russe, qui n’a cependant plus rien à voir la vieille histoire de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS).
 
L’économie de marché a désormais pris possession de ces contrées les plus reculées, au point que dans certaines aires de repos, se rendre au WC est facturé, en plus de la possibilité de se restaurer comme dans n’importe quelle chaîne de restauration de type occidental.
 
Ici, pour se soulager, il faut payer 10 roubles (environ 100 francs CFA), avance un jeune debout devant un WC dont il semble être le surveillant-gérant. 
 
C’est dire que tout se vend désormais, même en Russie. Une situation si éloignée du collectivisme de l’ancienne URSS (1917 à 1989) et de ses champs et magasins collectifs, sovkhozes et les kolkhozes.
 
A l’entrée de la ville de Samara, arrêt obligé devant les forces de sécurité, qui suit quelques minutes plus tard la superbe vue de l’Arena, le stade du match. 
 
Les sourires commençaient à s’afficher mais pas vraiment le temps de s’éterniser sans les billets pour accéder à la tribune de presse et accéder à la salle de conférence de presse. Un repas froid vite avalé, il faut monter au même rythme les escaliers du majestueux stade de Samara dont les travées et tribunes commençaient à se remplir et à se peindre en jaune, la couleur des Cafétéros de Colombie. 
 
L’allant des débuts n’était plus de mise au coup de sifflet final, le voyage et la défaite (0-1) faisant naturellement leurs effets mais pas de place pour jérémiades. Il fallait faire les papiers et chercher à sortir du stade. 
 
Direction le bus pour reprendre la route, rincés et déçus de la tournure d’un match que les Lions étaient censés maîtriser. 
 
La galère du retour, un trajet de plus de 17h par la route, qui plus est le cœur alourdi par l’échec, enlève toute envie d’admirer les beaux paysages de cette "Russie éternelle" et profonde en pleine mutation. 
 
De grosses berlines, des machines agricoles, des récoltes de plantes fourragères et de vaches bien grasses défilaient sur la route, en lieu et place des animaux de trait que décrivait la presse occidentale.
 
A défaut de s’intéresser au second tour du Mondial, les Lions ayant été éliminés, les reporters sénégalais peuvent se convaincre que cette Russie de Vladimir Poutine fait définitivement partie des nations qui comptent.
 
L’ambassadeur du Sénégal, Abdoul Salam Diallo, l’a répété aux journalistes sénégalais : la Russie mérite d’être davantage connue. Mieux, des pays comme le Sénégal peuvent s’inspirer de sa trajectoire, laisse-t-il entendre.
 

SD/BK