13 ans de combat autour d’Assane Diouf racontés par ‘’deux anciens combattants de la citoyenneté’’
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13 ans de combat autour d’Assane Diouf racontés par ‘’deux anciens combattants de la citoyenneté’’

Dakar, 25 août (APS) – Les sexagénaires Pape Cheikh Niang et Moussa Diadhiou qui se définissent comme ‘’des combattants de la citoyenneté’’ ont porté pendant 13 ans la lutte pour la sauvegarde et la réhabilitation du stade Assane Diouf de Dakar.
 
Le président Macky Sall a annoncé lors du Conseil des ministres décentralisé de Dakar, sa décision de remettre le site du stade Assane Diouf à la disposition de la jeunesse afin de construire un nouveau stade d’un coût de 20 milliards de francs CFA.
 
 Le Stade Assane Diouf avait été démoli en 2008 pour les besoins de la construction d’un complexe commercial. Mais le pouvoir libéral avait renoncé à ce projet sous la pression des populations et du mouvement sportif.
 
Pape Cheikh Faye et Moussa Diadhiou, des anciens militants de la gauche sénégalaise ont été à l’avant-garde cette lutte contre le régime libéral (2000-2012) et le conseil municipal de Dakar dirigé à l’époque par Pape Diop qui avait son onction à cette décision.
 
Invités dans les locaux de l’APS situés à la Maison de la Presse à quelques encablures du stade Assane Diouf, ils ont eu le sourire aux lèvres quand il leur a été proposé l’ascenseur à la place des escaliers qu’ils devaient arpenter pour atteindre le 3-ème étage.
 
Mais l’âge ne semble pas avoir de prise sur ‘’ces combattants de la citoyenneté’’ comme ils aiment à se définir. Ils disent avoir mis en place un noyau dur de cinq personnes pour la restitution du stade Assane Diouf, soulignant que ‘’la majorité avait déclaré la lutte sans issue, après maintes péripéties’’.
 
Les péripéties de la lutte pour la restitution du stade Assane Diouf
 
Les deux sexagénaires déroulent comme un élève de CM2, ‘’l’histoire de cette bataille citoyenne et légitime pour la restitution d’une aire de jeu à la jeunesse d’une capitale nationale’’.
 
‘’Le stade rien que le stade, était le mot d’ordre, on ne voyait aucune autre issue à la restitution de la seule infrastructure sportive existant de la Médina au Plateau en passant par le quartier Rebeuss ’’, avance la voix emplie d’émotion Pape Cheikh Niang, électricien à la retraite.
 
Moussa Diadhiou, enseignant à la retraite, ancien du SUDES (Syndicat unique et démocratique des enseignants du Sénégal), lui emboite le pas en rappelant que la bataille pour la restitution du stade Assane Diouf a duré 13 ans.
 
Il s’est rappelé des premières rumeurs sur le projet d’érection sur le stade d’une cité des affaires en 2003 ,la destruction par des pelles mécaniques de la tribune du stade dans la nuit du 25-26 février 2008 .
 
Selon lui, ‘’le cauchemar’’ a pris fin en juillet dernier à Pikine avec la décision prise en Conseil des ministres décentralisé de restituer le stade Assane Diouf à la jeunesse de la capitale sénégalaise. 
 
‘’Elle fut longue et difficile et elle a créé des suspicions, de l’animosité et des déchirements dans les familles’’, reconnaît l’ancien syndicaliste indiquant que le gouvernement de Wade avait réussi à créer la zizanie au sein du mouvement de protestation dont il était le coordonnateur.
 
‘’Au finish, certains étaient d’accord pour la mise en place de la Cité des affaires et nos rangs s’étaient réduits comme peau de chagrin et certains n’hésitaient même plus à venir nous narguer lors de nos réunions’’, s’est souvenu l’enseignant à la retraite, ancien dirigeant du mouvement Navétanes.
 
‘’Mais heureusement, il y a un noyau dur qui croyait que la destruction du stade n’allait pas dans les intérêts des populations et ils n’ont ménagé aucun effort pour faire triompher la vérité’’, a dit Pape Cheikh Niang qui, s’il n’habite plus dans le quartier de Rebeuss, s’y rend souvent à la maison familiale.
 
‘’En plus du noyau dur, nous avions des soutiens de personnalités du sport et des affaires qui ne voulaient certainement pas s’afficher mais qui croyaient à la légitimité de notre lutte’’, a ajouté M. Niang, revenant sur l’audience accordée par l’ancien chef de l’Etat Me Abdoulaye Wade le 8 mai 2008.
 
L’audience avec le Président Wade et la marche avortée 
 
‘’Après avoir entendu notre discours qui insistait sur la nécessité de restaurer le stade et de mettre fin au projet de cité des affaires, Me Wade a préféré nous congédier indiquant qu’il n’y a rien de nouveau dans notre discours avant de promettre de donner sa réponse pour plus tard‘’, rappelle Moussa Diadhiou qui était le porte-parole à cette rencontre.
 
‘’Pourtant, nous avions mis toutes les chances de notre côté avec une délégation très forte composée de personnalités de premier plan à l’image de l’ancien champion de boxe Idrissa Dionne, fils spirituel d’Assane Diouf, Ibrahima Coulibaly recordman du nombre de buts marqués en une saison de football, un représentant de la famille omarienne, Thierno Hady Tall pour ne citer que ces quelques personnes’’, se souvient Diadhiou.
 
‘’C’était une douche froide mais nous sommes sortis la confiance en bandoulière mais cette audience a freiné certaines ardeurs’’, a-t-il reconnu, soulignant que les élections municipales de 2009 ont relancé le mouvement.
 
‘’Mais j’ai l’intime conviction que des politiciens ont utilisé notre mouvement pour atteindre leurs ambitions’’, avance de son côté Pape Cheikh Niang, évoquant une tentative de marche avortée en 2009.
 
La manifestation avait été finalement dispersée au gaz lacrymogène du fait du comportement inexplicable d’un homme politique, actuel maire d’une Commune d’arrondissement qui s’était permis de jeter des pierres aux forces de l’ordre.
 
‘’Ces derniers qui étaient venus en masse, n’avaient pas hésité à riposter et c’était le branle-bas et le sauve qui peut’’, rappelle-t-il, se souvenant de l’arrestation de Me Birame Sassoume Sy, ancien maire de la Médina décédé quelques années plus tard.
 
‘’Il venait de finir un déjeuner avec ses partisans et devant rejoindre ensuite la marche quand il avait eu une altercation avec les forces de l’ordre qui l’avaient arrêté avant qu’il ne soit déféré quelques jours plus tard’’, a-t-il rappelé.
 
Ce fait divers avait joué dans la médiatisation du mouvement, a-t-il dit, estimant toutefois que les revendications politiques avaient pris le pas sur leur lutte.
 
Quoi qu’il en soit, la lutte avait continué et la campagne électorale pour l’élection présidentielle avec la décision du candidat Macky Sall de restituer le stade Assane Diouf après son élection, avait rallumé l’espoir sans plus, indique Pape Cheikh Niang.
 
‘’Surtout que Me Wade aussi avait promis la restitution du stade même si rien n’avait bougé’’, a rappelé M. Niang, soulignant qu’après l’élection de Macky Sall, comme par hasard les travaux avaient repris.
 
‘’Après plusieurs va-et-vient au Commissariat de Rebeuss, les travaux ont cessé’’, s’est-il félicité ajoutant qu’il y a eu encore une dernière audience au palais présidentiel avec Birama Mangara et une autre convocation à la Direction de la Police avant que la bonne nouvelle ne tombe le 20 juillet dernier lors du Conseil des ministres décentralisé de Dakar.
 
SD/ASB