Dépistage du Vih : la démédicalisation, une réalité dans les sites de prise en charge communautaire
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SENEGAL-SANTE-SOCIETE

Dépistage du Vih : la démédicalisation, une réalité dans les sites de prise en charge communautaire

Dakar, 20 juin (APS) - La démédicalisation du dépistage du Vih/sida est aujourd’hui une réalité dans des sites de prise en charge communautaire qui accueillent à Dakar et sa banlieue les populations clés constituées des consommateurs de drogues injectables, des professionnelles du sexe ou des hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes, les plus touchées par le Vih/sida.
 
Une visite de terrain dans ces différents sites à l’initiative de l’Alliance nationale des Communautés pour la Santé (ANCS) a permis de constater la mise en œuvre de ce concept novateur pour booster le taux de dépistage de 69% en 2016 vers l’objectif de 90% en 2020.
 
Les médiateurs ou encore pairs éducateurs choisis dans cette communauté de personnes vivant avec le Vih déroulent cette nouvelle stratégie pour "inciter ces populations clés à faire le dépistage du Vih/sida sans être stigmatisées".
 
La première étape dans le premier site visité, consiste d’abord à mettre en confiance le patient qui échange avec la médiatrice avant d’être orienté pour une prise en charge médicale par un laborantin qui effectue le test.
 
"Le médiateur accompagne du point de vue psychosocial mais pour le test et le résultat, c’est fait soit par le responsable du service social, le médecin de la structure de prise en charge, mais l’activité du médiateur est d’accompagner le patient dans le circuit thérapeutique", a précisé la médiatrice trouvée sur place.
 
Le médiateur issu de la population vivant avec le Vih fait de l’accompagnement par les pairs pour les mettre à l’aise et en confiance. 
 
Aujourd’hui avec la féminisation de l’épidémie il y a de plus en plus de médiatrices dans les sites de prise en charge communautaire. Sur ce site, la démédicalisation est encore partielle avec la présence d’un laborantin, même si la médiatrice est également formée sur les techniques de dépistage.
 
Deuxième étape de la visite, le siège de l’AIDES-Sénégal, également association communautaire de lutte contre le sida auprès des groupes les plus touchées par le Vih/sida notamment les Hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, les professionnelles du sexe et les consommateurs de drogues injectables.
 
Là, la démédicalisation est totale avec des tests de dépistage faits par des membres formés aux techniques de dépistage.
 
Avant on se limitait seulement à faire la sensibilisation mais maintenant pour savoir les personnes qui sont infectées par le virus il faut que cette sensibilisation puisse être achevée par le dépistage fait par la communauté.
 
"Il n’y a qu’un communautaire pour faire le dépistage dans les boîtes de nuit, dans les lieux de socialisation, là où on n’aura pas de blouse blanche forcément", a-t-il assuré. C’est cette "limite dans l’approche médicale" que le concept de démédicalisation essaie de combler pour qu’il y ait un continuum dans les soins.
 
"On se connait et on arrive à les convaincre de faire le test parce qu’il y’ a la confiance", ajoute Diadji Diouf. Les personnes dépistées sont non seulement orientées dans les sites de prise en charge mais sont également accompagnées pour ne pas les perdre de vue. L’enjeu c’est de voir comment des non professionnels peuvent poser des actes qui vont impacter sur la lutte contre l’épidémie.
 
Quid de la position des professionnels face à ce concept ? Diadji Diouf note que leurs réticences au début est compréhensible parce que l’enjeu principal c’était de garantir toujours la confidentialité des résultats et l’anonymat des patients. "On connait nos limites et on garantit la confidentialité en cas de résultat positif", a-t-il assuré.
 
L’ANCS dispose de 104 médiateurs répartis dans les 14 régions médicales du Sénégal avec taux de couverture de 60% avec des médiateurs positionnés dans 76 sites de prise en charge.
 
En 2015 l’Organisation mondiale de la Santé avait émise une recommandation forte pour permettre aux agents communautaires qui ont reçu une formation d’utilisation de test de diagnostic rapide de délivrer de manière autonome des services sûrs et efficaces de dépistage du Vih.

ADL/ASB/PON