La Covid 19 a entraîné un renoncement aux soins face à d’autres pathologies (médecins)
APS
SENEGAL-SANTE

La Covid 19 a entraîné un renoncement aux soins face à d’autres pathologies (médecins)

Rufisque, 16 oct (APS) – Le début de l’épidémie de Covid-19 en mars, suivi des mesures restrictives de déplacement et de l’état d’urgence décrété pendant près de trois mois, a entraîné un renoncement aux soins face à d’autres pathologies, a confié à l’APS, le médecin Chef du district sanitaire de Rufisque, Dr Mbaye Thiam, évoquant une chute de la fréquentation des hôpitaux.

 
‘’Les services les plus affectés ont été le service de la Médecine, de la maternité, de l’ophtalmologie, de la chirurgie dentaire, du laboratoire et de la radiographie, qui ont été presque désertés par les patients’’, a-t-il relevé.
 
La fréquentation de la maternité a baissé surtout pour les services de planification familiale, de consultations prénatales et post-natales, mais également pour le Programme élargi de vaccination, a ajouté Dr Thiam.
 
Selon lui, ‘’La peur et la psychose face à la maladie de Covid-19 ont conduit les populations à déserter les hôpitaux’’. 
 
A l’image des autres structures sanitaires de la Région médicale, la pandémie à COVID 19 a impacté le niveau de fréquentation du Centre de santé mais également des autres établissements sanitaires du district.
 
Le district sanitaire de Rufisque a enregistré son premier cas positif de COVID 19 le 22 mars 2020, 20 jours après le premier cas du Sénégal. A la date du 1er octobre, ce département a enregistré 388 cas positifs sur 3549 tests, dont 201 cas communautaires, 183 contacts et 4 importés.
 
Depuis la notification du premier cas, la fréquentation des structures de santé du district sanitaire de Rufisque et surtout du centre de santé de référence a commencé à baisser pour atteindre son plus bas niveau au mois de juin 2020, avec une baisse de 40% du taux de fréquentation. 
 
Une situation qui a beaucoup ‘’inquiété les professionnels, même si la tendance baissière observée ces dernières semaines semble faire revenir les patients vers l’hôpital’’.
 
Le principal risque de ce renoncement de soins est inéluctablement la ‘’dégradation de l’état de santé de certains patients du fait du report excessif d’interventions qui entraîne une aggravation de maladies chroniques’’.
 
Considérées pendant cette période de pandémie ‘’comme le lieu de tous les dangers’’, les structures de santé à l’image du centre de santé de référence de Rufisque ont pourtant pris ‘’toutes les précautions pour sécuriser le circuit du malade’’.
 
Dans les hôpitaux où les prélèvements étaient effectués comme le Centre de Santé de Rufisque, il y avait ‘’tout le dispositif nécessaire pour isoler les cas suspects venus pour le prélèvement avec un circuit différencié et des protocoles spécifiques de prise en charge’’.
 
Mais ce renoncement aux soins, qui a entraîné la chute de la fréquentation des structures de santé comme le Centre de santé de référence de Rufisque (27 kms de Dakar), était relatif surtout au ‘’confinement, doublé de la peur de la contamination à l’hôpital ou dans le cabinet du médecin’’, a confié le médecin-Chef.
 
Mais, dans le cadre de la prévention collective et individuelle (PCI) des infections surtout à coronavirus dans ce contexte de pandémie, un dispositif pour protéger les clients et les prestataires a été mis en place au niveau du district sanitaire de Rufisque. 
 
Ce dispositif est composé du port obligatoire de masque, lavage des mains à l’entrée, de l’utilisation de solution hydro alcoolique, du screening des patients avec thermoflash à l’entrée, de la définition de circuit des patients, de l’isolement des suspects.
 
Mais malgré cela, le centre de santé, communément appelé hôpital ‘’Guedj’’ du fait de la proximité avec la mer, n’a pas échappé à la chute du taux de fréquentation, même si aujourd’hui, il retrouve petit à petit son ‘’rythme normal au niveau de presque tous ses services’’
 
Les accouchements se déroulent normalement du fait que les populations abandonnent les accouchements à domicile grâce aux interventions et sensibilisations des ‘’Bajenu gox’’, a relevé Dr Thiam.
 
Pour le pneumologue, Professeur Idrissa Bâ, ’’la Covid-19 est toujours là, il faut vivre avec le virus tout en se protégeant mais surtout éviter que nos hôpitaux soient des hôpitaux Covid et fassent fuir les patients affectés par d’autres maladies’’.
 
Lors d’une cérémonie de réception de masques et de gels hydro alcooliques au Centre Philippe Maguiléne Senghor de Yoff, le médecin-chef de la région médicale de Dakar, Dr Ndèye Maguette Ndiaye, avait tenu à alerter sur ce renoncement aux soins dans les structures de santé surtout pour les personnes atteintes de maladies chroniques.
 
‘’Il faut que les personnes atteintes de maladies chroniques, mais également d’autres pathologies, les femmes enceintes, puissent venir vers ces structures afin de bénéficier de la protection nécessaire pour leur état de santé’’, a-t-elle lancé.
 
‘’Si cette peur paralysante continue de clouer dans les maisons les malades chroniques et d’empêcher les populations de bénéficier des soins médicaux nécessaires pour le bien être, on risque d’avoir l’émergence d’autres maladies’’, a alerté Dr Ndiaye.
 
Toutefois, un nouveau rush de patients longtemps apeurés par la crainte d’attraper la maladie dans les structures de santé peut mettre à nu les difficultés des hôpitaux en termes de capacités d’accueil et de plateau technique face à une demande élevée de prise en charge médicale à la fin de l’épidémie.
 
Une perspective qui peut résulter du report volontaire d’opérations chirurgicaux ou de soins non urgents. Déjà épuisés par une longue période de riposte contre l’épidémie, les professionnels de santé risquent d’être submergés par une hausse des consultations de routine et d’hospitalisations qui peuvent s’avérer tardives.
 
 
 

ADL/MD