Polio : au Nigeria, un médecin met en garde contre l’arrêt de la vaccination
APS
SENEGAL-AFRIQUE-SANTE

Polio : au Nigeria, un médecin met en garde contre l’arrêt de la vaccination

Dakar, 27 août (APS) – Le docteur Faisal Shuaib, directeur de l’agence gouvernementale chargée de la santé publique au Nigeria, déplore la suspension de la campagne de vaccination contre la polio, au moment où est célébrée l’éradication de ladite maladie dans ce pays, le dernier du continent africain à avoir été déclaré indemne de cette pathologie virale.
 
La vaccination antipolio est suspendue en raison de la lutte contre le Covid-19, selon des médias nigérians qui se font l’écho de l’inquiétude de M. Shuaib. 
 
"A cause de la pandémie de Covid-19, les vaccinations de masse dans la région (le nord du Nigeria) ont été reportées jusqu’à nouvel ordre, ce qui entrave les activités de riposte à l’épidémie" de polio, regrette-t-il.
 
Le médecin dit toutefois se réjouir de l’éradication de cette maladie infectieuse aiguë et contagieuse causée par le poliovirus sauvage.
 
La polio, qui se transmet surtout par voie fécale-orale, et dans une moindre mesure par l’eau ou les aliments contaminés, s’est propagée pendant des années au Nigeria, dans le nord du pays notamment.
 
En 2012, le Nigeria concentrait plus de la moitié des cas recensés dans le monde, rappellent des médias nigérians sur la base de statistiques fournies par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). 
 
Une vaste campagne de vaccination, à laquelle ont pris part plus de 200.000 bénévoles, a permis de vacciner plusieurs fois plus de 45 millions d’enfants âgés de moins de cinq ans, dans ce pays, le plus peuplé d’Afrique avec quelque 200 millions d’habitants, selon des données publiées cette année par la Banque mondiale.

"Ce serait suicidaire d’arrêter la vaccination"
 
"Des efforts soutenus de l’agence nationale [chargée de la santé publique] et de la communauté internationale ont permis d’arriver à l’éradication du fléau, notamment dans le nord du Nigeria, mais ce serait suicidaire d’arrêter les programmations de vaccination", a prévenu Faisal Shuaib, soulignant la "nécessaire continuité" de la lutte contre cette maladie.
 
"On doit respecter des instructions pour arrêter la transmission du Covid-19, mais cela ne doit pas se faire au détriment de la poursuite de la vaccination" contre la polio, a lancé le responsable nigérian.
 
Il souhaite que le gouvernement fédéral du Nigeria fasse en sorte que le pays demeure une nation indemne de polio, "avec les investissements nécessaires, qui permettront de renforcer le système de soins de santé primaires".
 
M. Shuaib loue la collaboration menée par l’Etat avec des partenaires locaux et internationaux. Selon lui, le président nigérian, Muhammadu Buhari, a fait de la lutte contre la polio une priorité.
 
Le dernier cas de polio du pays a été diagnostiqué dans l’Etat de Borno (nord), le 21 août 2016, selon les services sanitaires qui affirment qu’aucun enfant n’a été paralysé par le virus depuis lors.
 
Il n’existe aucun remède contre cette maladie virale invalidante, qui touche surtout les enfants âgés de moins de cinq ans. Un vaccin bon marché et facile à administrer aux enfants est utilisé dans le cadre des programmes élargis de vaccination lancés en 1974 par l’Organisation mondiale de la santé.
 
Parlant du succès obtenu par son pays, Faisal Shuaib, qui a dirigé plusieurs programmes de santé au Nigeria, dont celui dédié à la lutte contre la fièvre Ebola, estime que le succès obtenu pour le compte du programme d’éradication de la polio est encore très fragile.
 
Les programmes de vaccination contre cette maladie doivent être mis en œuvre de telle sorte que les enfants "soient protégés contre tous les types de virus de la polio", a souligné M. Shuaib.

Une pathologie imaginaire

Depuis 1988, la polio est déclarée "maladie de préoccupation internationale" par l’OMS, qui cherchait à l’éradiquer dans le monde avant l’an 2000. 
 
Au Nigeria, les programmes de vaccination ont permis d’augmenter rapidement les niveaux d’immunité des enfants et de les protéger de la paralysie qu’engendre par la maladie, selon les médias locaux.
 
Ils affirment que les initiatives visant à éradiquer la maladie se sont heurtées à plusieurs obstacles dont les croyances réduisant la polio à une pathologie imaginaire.
 
De nombreux parents du pays ont refusé aussi de faire vacciner leurs enfants parce que certains chefs communautaires et religieux leur ont fait croire que les vaccins étaient dangereux.
 
L’essai infructueux d’un vaccin non autorisé, mené à Kano (nord) par une grande firme pharmaceutique, a aggravé la rumeur sur la dangerosité de la vaccination contre la polio, pour avoir entraîné la mort de plusieurs enfants, rapportent des médias nigérians.
 
S’y ajoute que, selon les mêmes sources, l’insurrection menée dans le nord-est du pays a entraîné la mort de nombreux agents de santé qui prenaient part à la vaccination.

SD/ESF/BK