Gamou : Moustapha Guèye préconise un retour à l’orthodoxie
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SENEGAL-RELIGION

Gamou : Moustapha Guèye préconise un retour à l’orthodoxie

Dakar, 5 oct (APS) - Le président national des imams et oulémas du Sénégal, El Hadj Moustapha Guèye, préconise le retour à l’orthodoxie pour la célébration du gamou, la manifestation religieuse commémorant la naissance du prophète Mouhammad, en s’inspirant de l’érudit musulman et guide de la confrérie tidiane, El Hadj Malick Sy, afin de bannir de tout écart de conduite et tout interdit.


"El Hadj Malick Sy (1855-1922) recommandait de célébrer la nuit de la naissance du Prophète en évitant d’y associer tout interdit", a rappelé le célèbre prêcheur dans un entretien accordé à l’APS.
 
Il affirme que son de son vivant, son fils Abdou Aziz Sy avait même décidé de ne plus célébrer la nuit marquant la naissance du Prophète, une manifestation religieuse connue encore sous le nom de Maouloud au Sénégal.
 
Le défunt khalife des tidianes surnommé "Dabakh" (il est généreux en wolof) expliquait avoir constaté la transgression d’interdits dans la façon dont les Sénégalais célébraient cette manifestation religieuse, souligne l’ancien commissaire général au pèlerinage à La Mecque.
 
Le célèbre animateur de "Lettres musulmanes", une émission religieuse de la télévision publique sénégalaise (RTS), indique que c’est après plusieurs suppliques qu’il aurait accepté de revenir revenu sur sa décision.
 
               Les mérites du gamou
 
Imam Moustapha Guèye affirme toutefois que la commémoration de la naissance du prophète Mouhammad comporte bien des mérites. 
 
"Si l’on te fait comprendre la vie du Prophète, sa personne et ses actions, cela pourrait te pousser à l’aimer davantage", fait-il valoir.
 
Les bienfaits du gamou résident aussi dans le fait que cette manifestation religieuse permet d’enseigner, d’éduquer, mais aussi d’aider le fidèle musulman dans sa croyance et son amour pour Allah.
 
"Le Gamou, une fois venu, l’on se doit en tant que croyant de réciter des versets ainsi que des poèmes rendant hommage et interprétant la vie du Prophète Mouhamad", déclare le président national des imams et oulémas du Sénégal.
 
Il a ainsi donné l’exemple de Médina Baye à Kaolack(centre), où durant les 10 nuits précédant le Gamou, on récite entre autres le poème d’un chérif mauritanien dit Baddi ibn Mouchidine.
 
Parmi les ouvrages choisis par les leaders de l’islam confrérique du Sénégal pour célébrer la naissance du prophète Mouhamed figure en bonne place la Bourda du soufi égyptien Mouhamadal Boussiri, qui a vécu au neuvième siècle.
 
Certains auteurs indiquent que ce dernier, atteint d’une paralysie, avait vu en chantant son poème au milieu de la nuit, le Prophète lui serrer la main. 
 
"C’est après cet acte que Boussiri se redressa par la suite et se sentit guéri de sa maladie et composa son poème qui aura un grand succès auprès des soufis", explique imam Moustapha Guèye.
 
D’après lui, le gamou doit faire honneur aux zikr et aux plus beaux poèmes sur le Prophète, pour rendre grâce à Dieu.
 
En permettant de se souvenir du Prophète, dit-il, le gamou célèbre la naissance d’un homme exceptionnel et d’une dimension spirituelle incommensurable. "C’est aussi l’occasion de se rappeler tout ce qu’il faisait de bien ainsi que ses interdits. C’est ça le sens de la nuit du Gamou", précise l’islamologue.
 
Pour le prêcheur, les chefs religieux qui dirigent ou organisent des gamou doivent faire de telle sorte que tout fidèle qui y participe en reparte avec un viatique.
 
Moustapha Guèye recommande aux disciples d’être sincères dans leur amour pour Allah, de lui faire confiance et de le remercier ainsi que son Prophète.
 
Il estime que le gamou n’est pas un apanage de la confrérie des Tidianes, mais une manifestation religieuse commune à tous les musulmans du monde.
 
        Une fête religieuse aujourd’hui dénaturée
 
Il rappelle que le Bourde dont le sens "est de rappeler la vie et les actions du Prophète", est aux antipodes "des festins de tous bords", et n’a rien à voir avec le fait de "recruter des griots". Il ne peut non plus se réduire à "faire des éloges sans cesse aux autorités et dépenser beaucoup d’argent et en offrir aux marabouts". 
 
Mais force est "malheureusement" de constater que "c’est le cas maintenant au Sénégal", regrette le prêcheur, selon qui "celui qui aime le Prophète de façon certaine et sans équivoque, peut s’offrir beaucoup de choses ici sur terre et dans l’au-delà". 
 
L’ancien commissaire général au pèlerinage à La Macque en arrive à se demander si aujourd’hui "on ne va pas au gamou pour le gamou".
 
Le gamou, tel que célébré de nos jours, est contraire à la manière dont nos grands marabouts le faisaient, considère le prêcheur.
 
Il déplore le fait que les festins, le voyeurisme et la mixité entre filles et garçons soient érigés en règle, "détournant les fidèles de la quintessence du gamou".
 
"Beaucoup de marabouts aussi ne disent rien d’important dans la nuit du gamou. Ils passent toute la nuit à remercier sans cesse les participants et soutiens financiers. Ça, ce n’est pas du gamou", fustige l’islamologue.
 
"Malheureusement, notre manière de faire le gamou n’est pas des meilleures. Maintenant, nous avons débordé. Ce n’est rien que du +Xawaré+ et une nuit de noces. On n’y apprend rien maintenant", déplore-t-il.
 
 


AN/ASG/BK