Les lanceurs d’alerte en Afrique dotés d’une Plateforme de protection
APS
MONDE-SENEGAL-GOUVERNANCE

Les lanceurs d’alerte en Afrique dotés d’une Plateforme de protection

Dakar, 7 mars (APS) - Des responsables d’ONG et de la société civile, regroupés au sein de la Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique (PPLAAF), une structure lancée mardi à Dakar, ont annoncé qu’ils comptent faire preuve d’intransigeance vis-à-vis des lanceurs d’alerte qui se révèleront être de mauvaise foi.
 
La Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique (PPLAAF) "sera intransigeant avec les lanceurs d’alerte de mauvaise foi, car il y va de la crédibilité" de la nouvelle structure, a assuré son président, l’avocat français William Bourdon.
 
"Tous les lanceurs d’alerte qui viendront polluer leur démarche par des motivations personnelles mercantiles, narcissiques, politiques, endommagerons gravement leur propre alerte et tous les lanceurs d’alerte", a dit Me Bourdon.
 
 Selon Me Bourdon, cette Plateforme de protection des lanceurs d’alerte "sera dans le devoir de protéger les lanceurs d’alerte, qu’ils viennent d’Afrique ou du monde entier", des lors que les problèmes objets d’alerte relèvent de l’intérêt général et concernent le continent africain.
 
Il reconnait toutefois que chaque loi protectrice des lanceurs d’alerte "doit prendre en compte les particularités de chaque pays et les exigences de la société civile".
 
Me William Bourbon, inscrit au barreau de Paris et à la tête de l’association Sherpa, spécialisée dans la protection et la défense des victimes de crimes économiques, est revenu sur les tenants et aboutissants des protocoles-phares consacrant la protection des lanceurs d’alerte.
 
Il faut d’abord selon lui que "la loi définisse le lanceur d’alerte comme un citoyen qui, dans l’exercice de son travail, porte à la connaissance du public des faits constitutifs d’une menace ou d’un préjudice grave pour l’intérêt général".
 
"Depuis quelques années, la protection des lanceurs s’est élargie, car il y a 7 ou 8 ans, cette protection se limitait à ceux qui révélaient les faits constitutifs d’un crime ou d’un délit mais maintenant’’, elle "s’est étendue à ceux qui révèlent des faits constitutifs d’un délit qui portent une atteinte grave à l’intérêt général", a expliqué M. Bourdon.
 
Dans un deuxième temps, pour que cette protection soit effective, il faut que "la loi sanctionne les employeurs, qu’il s’agisse d’employeurs privés ou publics quand ils exercent des représailles contre les lanceurs d’alerte (..)’’, a-t-il indiqué.
 
La sanction qui s’impose dans ce cas, ’c’est la nullité du licenciement ou la nullité de la révocation avec la possibilité qui vient d’être introduite en France, qui existe en Angleterre depuis des années, de saisir en urgence le juge du travail pour faire sanctionner les représailles sur les lanceurs d’alerte", a précisé William Bourdon.
 
"Le troisième protocole de la protection des lanceurs d’alerte, c’est qu’il faut qu’il y ait un itinéraire sécurisé, c’est à dire quand il lance l’alerte dans une entreprise ou au sein d’une administration, qu’il ait la possibilité de la faire dans un cadre confidentiel pour justement se mettre à labri de toutes les vendetta ou les représailles’’, a-t-il ajouté.
 
Il a préconisé que les personnes violant cette obligation de secret et de confidentialité soient sanctionnées.
 
De même, "ceux qui, pour donner l’alerte, ne peuvent faire autrement que désobéir à la loi (viol du secret professionnel ou secret des affaires par exemple)’’, doivent bénéficier d’une "forme d’irresponsabilité qui les mettent à l’abri de toute poursuite qui engendre leur mort sociale et professionnelle’’, a poursuivi Me William Bourdon.
 
Il a dit que "la loi censée protéger les lanceurs d’alerte sera là’’ pour permettre à ces personnes de bénéficier de ce statut-là, étant entendu que "les lois prévoient des systèmes qui peuvent inviter le lanceur d’alerte’’ à opérer "d’abord au sein de son entreprise (…) ou à le faire auprès de l’autorité judiciaire ou auprès du grand public".
 

MF/BK