Un diplomate évoque ’’la féminisation’’ de l’émigration sénégalaise
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SENEGAL-MAROC-SOCIETE

Un diplomate évoque ’’la féminisation’’ de l’émigration sénégalaise

De l’envoyé spécial de l’APS : Salif Diallo
 
Casablanca, 24 juil (APS) – Massamba Sarré, le Consul général du Sénégal au Maroc, a relevé dans un entretien avec l’APS "la forte croissance" de l’émigration des jeunes filles sénégalaises vers ce pays du Maghreb où elles sont employées comme femmes de ménage ou téléconseillères dans les centres d’appels.
 
"Nous avons entre 2 à 3000 emplois dans les centres d’appels d’une manière générale et en particulier, ce sont de jeunes filles diplômées qui sont recrutées", a-t-il fait savoir, relevant que les Sénégalaises maîtrisent la langue française et sont employables dès la sortie de l’université.
 
Arrivé en 2013 au Maroc, le diplomate sénégalais a indiqué que "c’est un phénomène qui a connu une forte croissance ces dernières", relevant que la plupart des diplômées sont employées dans ces services.
 
"A la fin de leur cursus scolaire, elles sont employées par ces maisons et certaines appellent leurs amies et leurs connaissances qui les rejoignent à partir du Sénégal", a-t-il relevé
 
La féminisation de l’emploi est mesurable par la présence massive de domestiques sénégalaises au Maroc, a ajouté Massamba Sarré.
 
"Elles sont nombreuses à arriver sur le sol marocain par le canal des intermédiaires et certains parents sont mis au courant", a-t-il expliqué, regrettant que la plupart de ces femmes soient engagées sans se faire connaître des services consulaires.
 
"Pour la plupart, c’est leur premier travail et c’est très pénible pour certaines et avec à la fin des conflits permanents avec leurs employeurs", a déploré le Consul général du Sénégal au Maroc.
 
M. Sarré a fait remarquer que, "malheureusement, le Consulat n’est au courant de leur présence que quand elles ont des conflits avec les employeurs". A l’en croire, chaque jour, la représentation diplomate est confrontée à ces genres de conflit.
 
Pour sa part, Elimane Sembène, un journaliste sénégalais basé au Maroc, indique que de "véritables drames sont vécus par ces dames". Selon lui, dès leur arrivée, les employeurs confisquent souvent les documents de voyage des "domestiques".
 
Des intermédiaires se rendent à Dakar pour ’’les recrutements et des contrats dont elles ne maîtrisent pas les contours sont signés", a-t-il fait savoir. "Et quand on leur propose un salaire de 120.000 francs CFA, elles oublient que le niveau de vie au Maroc et la pénibilité de la tâche méritent mieux", a-t-il dit, relevant que certaines finissent par quitter leur travail et aller se plaindre auprès des autorités consulaires.
 
Des Sénégalaises sont aussi très actives dans le petit commerce et il suffit d’aller au marché de La Médina et dans le coin appelé "marché des Sénégalais" pour vérifier les informations données par le Consul général du Sénégal au Maroc. Sur ce marché, les échoppes sont tenues par des Sénégalaises qui font aussi de la coiffure, de la pédicure et de la manucure.
 
"On peut constater le même phénomène dans les marchés des autres grandes villes à Rabat, Marrakech, Tanger", a signalé Massamba Sarré, ajoutant que la concurrence fait rage et certaines ont du mal à trouver des clients. "La clientèle n’est pas extensible à l’infini et vous connaissez nos compatriotes, quand une personne réussit dans un domaine, beaucoup d’autres viennent s’y jeter", a-t-il rappelé.
 
Le diplomate a fait remarquer que les étudiants sont actuellement en train d’être supplantés par les travailleurs, même s’il reconnaît que le flot de candidats à l’émigration a commencé à diminuer.

"Il n’est pas tari mais il a commencé à diminuer et il faut regretter que c’est encore important", a-t-il fait savoir. Il a souligné qu’il est devenu difficile, voire impossible de passer par la voie maritime.

 
"Il y a souvent des naufrages et on a regretté le décès de neuf jeunes originaires de Yarakh qui ont tous péri en mer, il y a 6-7 mois", a-t-il dit, appelant les parents à être encore beaucoup plus attentifs. 
 
Concernant le phénomène d’émigration, Elimane Sembène avance que les candidats ont changé d’itinéraire, puisque partir en Espagne est devenu très difficile avec le soutien de l’Union européenne.

Au marché de La Médina, certains jeunes compatriotes rencontrés reconnaissent que "partir par la mer est devenu très compliqué".

 
"J’ai fait plusieurs tentatives sans succès et en attendant de partir avec des documents en bonne et due forme, je me suis mis au transport", a dit ce jeune émigré, confirmant avoir tenté à trois reprises d’entrer en Espagne.
 
"Sur l’une d’entre elles, j’ai réussi à entrer dans le territoire espagnol, mais la Guardia Civil m’a repris et m’a renvoyé au Maroc. J’ai perdu beaucoup d’argent", a reconnu celui qui s’est reconverti chauffeur au service des Sénégalais.
 
"Avec ma berline et avec le bouche à oreille, j’arrive à me faire une belle clientèle dans la communauté", a-t-il dit, relevant qu’il fait à plusieurs reprises le trajet entre la ville de Casablanca et son aéroport.
 
Sa voiture est souvent louée par des compatriotes se rendant à l’intérieur, confie, soulignant que ça lui "permet de faire de belles affaires avec moins de tracas’’.

SD/ASB