Au nom du père, Maguette Dramé, conductrice de gros porteur
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Au nom du père, Maguette Dramé, conductrice de gros porteur

Dakar, 7 mars (APS) - Maguette Dramé, conductrice de gros porteur, était peut-être prédestinée à ce métier, le même que celui d’un père qu’il idolâtrait. 

 
Il reste que la jeune femme de 30 ans peut se donner tous les mérites, dont celui d’avoir survécu à force de détermination dans un univers emblématique de la mainmise des hommes sur certains métiers.
 
Magou, comme l’appellent ses collègues, s’est naturellement prise de passion pour le volant et les camions gros porteurs. Elle peut désormais se prévaloir d’une expérience de 13 ans dans un secteur jugé très masculin.
 
Pour en arriver là, elle a pu aisément suivre les pas de son père, qu’elle accompagnait tous les dimanches au travail, alors qu’elle n’était qu’une adolescente.
 
La jeune femme a pu aussi compter sur les hommes de sa famille, qui évoluent tous ou presque dans le même milieu des camions gros porteurs, un détail qui a sans doute facilité son intégration, se passionnant pour un métier auquel elle s’est particulièrement dévouée après avoir rompu avec l’école.
 
"Au début, mon père était réticent, il m’a dissuadé en me disant que c’est un métier difficile, mais je lui ai dit que je peux l’exercer. Il a accepté et a commencé à me former", explique-t-elle en toute décontraction.
 
Malgré son enthousiasme et sa détermination, son apprentissage du métier a été difficile, son géniteur faisant preuve de grande exigence à son endroit, une façon d’échapper peut-être aux pièges de l’indulgence vis-à-vis de la fille adorée.
 
Des moments parmi les plus difficiles de la carrière de chauffeur de Maguette, si l’on en croit la jeune femme.
 
"Ma période d’apprentissage a été une expérience difficile. Mon père était très exigeant avec moi et n’hésitait pas à me rectifier sévèrement", confie Maguette avec un humour qui laisse penser que ces "mauvais souvenirs" sont derrière elle.
 
Magou a certes maîtrisé le b-a-ba du métier à domicile si l’on puis dire, auprès d’un père qui lui a passé de nombreuses ficelles. Il n’en a pas moins fait preuve de grande audace pour la suite.
 
Maguette révèle qu’au moment de passer son permis, elle n’a pas hésité à solliciter l’aide de l’employeur de son père. Bien lui en a pris. "Il m’a donné de l’argent pour que je passe le permis et m’a promis de me donner un camion tout neuf si je réussis", confie-t-elle. 
 
"Il a tenu sa promesse, et c’est ainsi que j’ai commencé, en 2004", à travailler au sein de cette entreprise spécialisée dans le convoi de ciment dans la sous-région, a renseigné Magou.
 
A ce jour, Maguette est la seule femme employée de cette entreprise, un motif de fierté et de reconnaissance, sans compter les avantages d’un environnement presque familial dans lequel elle évolue, qui semble lui faire le plus grand bien, la jeune femme comptant désormais parmi les employés les plus expérimentés.
 
Cerise sur le gâteau, elle a rencontré l’amour au volant, sur les routes, un symbole de plus d’une vie et d’un destin visiblement définitivement liés à ce métier.
 
Mariée depuis et mère d’un petit garçon d’un an et demi, la jeune femme se rappelle avec émotion la rencontre avec l’élu de son cœur, lui aussi chauffeur de gros porteur, mais dans une autre entreprise.
 
"Nous nous sommes connus sur la route. Notre histoire a débuté par une amitié et de fil en aiguille, la relation a évolué. On s’est marié. Il m’a beaucoup soutenu dans mon travail", déclare la jeune femme avec une pointe de pudeur dans la voix.
 
Au fond, elle dit avoir toujours rêvé de rencontrer un homme exerçant le même métier, dans l’espoir qu’il sera forcément "plus compréhensif" qu’un autre. "Je reçois des coups de téléphone d’autres hommes à tout moment et il ne s’est jamais plaint", dit-elle par exemple avec fierté.
 
"Pour le moment, je n’ai pas encore rejoint la maison de mon mari, mais je gère mon foyer comme toutes les autres femmes", relève celle qui avoue entretenir "des relations particulières" avec ses collègues qui, selon elle, la traitent toutefois "normalement".
 
Elle reconnaît aussi que certains hommes qu’elle rencontre sur la route sont très souvent étonnés de le voir au volant d’un si gros véhicule.
 
"Les femmes que je rencontre, par contre, sont admiratives. Elles souhaitent exercer le même métier que moi. Elles viennent me voir tout le temps à la maison alors que je ne les connais même pas", renseigne Magou.
 
Maguette Dramé s’impose plus que tout en exemple, assurant que ni les préjugés ni les idées reçues ne l’ont à aucun moment détourné de son choix. Une manière d’indiquer le chemin.
 
"Les gens ne manqueront pas de te critiquer, mais c’est à toi de savoir ce que tu veux et de foncer tête baissée. J’ai entendu toute sorte de rumeurs et celle qui m’avait fait le plus mal, c’est quand on m’a accusé de fumer", souligne la conductrice de gros porteur.
 
D’un ton empreint d’une profonde maturité, elle concède que c’était la seule fois où elle a regretté d’avoir embrassé ce métier. "Mais cela ne m’a jamais découragée", ajoute-elle.
 
"Les Sénégalais aiment donner un sexe aux métiers alors que les femmes sont capables d’exercer tous les métiers, si elles y croient. Je les encourage à poursuivre leur passion", conclut-elle sous la forme d’une recommandation.

SK/BK/ESF