Jérôme Diandy, un exemple d’entrepreunariat venu du
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Jérôme Diandy, un exemple d’entrepreunariat venu du "grenier" du Sénégal

Djibélor (Ziguinchor), 22 oct (APS) - Jérôme Diandy, entrepreneur agricole à Djibélor, un village des environs de la ville de Ziguinchor (sud), symbolise la réussite des jeunes de plus en plus attirés par les promesses de l’agriculture. Un retour à la terre qui prend tout son sens dans ces contrées fertiles de la Casamance, qui valent à cette région sa réputation de grenier du Sénégal.
 
A 36 ans, marié et père de deux enfants, ce jeune primé comme ‘’meilleur entrepreneur’’ de la région de Ziguinchor en 2016 a fini de voir sa réputation s’étendre au-delà de son terroir et de son périmètre agricole logé au cœur de Djibélor, à une dizaine de kilomètres de la principale ville du sud du Sénégal.
 
Après la récompense qui lui a été remise en 2016, couronnement des efforts jusque-là fournis, Jérôme Diandy a reçu tour à tour la visite du ministre de la Jeunesse et d’une délégation de la FAO, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture.
 
Une reconnaissance institutionnelle qui a contribué à l’inscrire dans une perspective avant-gardiste, le jeune entrepreneur ayant décroché dans la foulée, une bourse pour le Bénin, où il a appris d’autres techniques culturales relevant notamment de l’agriculture bio. 
 
"Je ne fais que ça dans ma ferme. De plus en plus je délaisse les engrais chimiques", fait savoir le jeune homme qui emploie huit travailleurs dans sa ferme entourée d’arbres touffus et d’un paysage ombrageux, nature si caractéristique de la Casamance.
 
Il faut arpenter un chantier pour se rendre chez les Diandy. Une grande concession familiale, qui grouille de monde. 
 
Sur place, les femmes s’affairent autour de bassines remplies de piments fraichement cueillis. Un enclos de porcs jouxtant un vieux bâtiment non encore peint abritant quelques moutons de race "ladoum". 
 
A quelques dizaines de mètres, un grand poulailler abritant plus de 2.000 sujets complète la dimension maraichère et avicole des lieux.
 
"Jérôme est dans son champ", renseigne une femme d’un certain âge, pointant du doigt une grille de protection qui jouxte la demeure familiale. 
 
Sur un périmètre agricole de deux hectares, une dizaine de jeunes, des seaux à la main, cueillent les rangées de piment, de gombo et d’autres variétés sous la surveillance du maître des lieux.
 
"Ce sont des salariés. Ils logent chez moi. Ils vivent chez moi", explique Jérôme Diandy en parlant de ses employés, avant d’ajouter : "Au début, les membres de la famille donnaient un coup de main dans les travaux champêtres. Mais je ne voulais pas trop les impliquer." 
 
"Grâce à mes activités agricoles et avicoles, je parviens à prendre en charge les enfants de mon défunt grand frère, les miens et les autres membres de la famille qui sont dans de bonnes conditions d’études", explique-t-il.
 
Jérôme Diandy, alors étudiant à l’Université Cheikh-Anta-Diop de Dakar, était venu en vacances pour aider son frère qui "plantait 170 pieds de piment pour récolter sept kilogrammes tous les trois jours". "Je me suis dit pourquoi ne pas me lancer dans ça, à la suite du décès de mon frère", raconte-t-il.
 
"Je me lançais en 2009 pour planter 1.000 pieds. Mais c’était très difficile parce qu’il fallait puiser de l’eau pour arroser. A la récolte, j’ai construit un petit château d’eau", se souvient M. Diandy qui, avec ses économies, réussit à installer un système d’irrigation avant de s’abonner à la Senelec, la Société nationale d’électricité, pour son alimentation. "Mais les factures de l’électricité coûtaient trop cher. Sur fonds propres, j’ai réussi à installer un système solaire", poursuit-il, un brin fier de son œuvre.
 
"C’était très difficile, mais j’y ai cru", répète celui qui s’est aussi lancé dans le commerce de ses propres produits à travers la ville de Ziguinchor. 
 
"Je dispose d’un véhicule pour transporter nos élèves à l’école en ville. Mais je suis à la recherche d’un autre véhicule de transport pour une meilleure évacuation de mes produits vers les zones de commerce et de consommation", annonce le jeune entrepreneur.
 
A côté de sa ferme agricole, il a aménagé plusieurs endroits pour diversifier ses activités. "Je fais de l’élevage de poulets avec 2.000 sujets. Cela procure 60 tablettes d’œufs par jour, qui me permettent d’alimenter une partie de la chaine de restauration à Ziguinchor et les grossistes", raconte-t-il.
 
L’appétit venant en mangeant, Jérôme Diandy ouvre des magasins et des sites de vente à Ziguinchor pour mieux écouler sa production agricole et avicole. Il s’est aussi lancé récemment dans l’élevage de moutons avec l’achat d’une paire de race "ladoum" à 2.000.000 francs CFA, sans compter les revenus qu’il tire de l’élevage porcin.
 
Jérôme Diandy est devenu un modèle dans le département d’Oussouye dont il dirige le Conseil départemental de la jeunesse, une posture qui lui permet d’appeler les jeunes à "opérer un retour vers la terre pour exploiter les immenses potentialités qu’offre la Casamance".


MTN/BK/ESF