Pour une discrimination positive au profit des non-voyants formés à l’INEFJA
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SENEGAL-EMPLOI-INCLUSION

Pour une discrimination positive au profit des non-voyants formés à l’INEFJA

Thiès, 30 avr (APS) - Le directeur de l’Institut national d’éducation et de formation des jeunes aveugles (INEFJA) de Thiès, Mansour Ndior, s’est dit lundi favorable à une "approche de discrimination positive" de l’Etat qui aiderait les sortants de cet établissement à vivre à la sueur de leur front grâce aux compétences acquises, afin de ne pas être obligés de mendier.

M. Ndior réagissait à une sortie de non-voyants sortants de l’INEFJA qui se sont plaints, sur des radios locales, à la veille de la fête du travail, des difficultés qu’ils rencontrent pour s’insérer professionnellement en raison d’un manque d’accompagnement.
 
"On doit faire en sorte que ce soit réglé, peut-être dans une approche de discrimination positive, en raison du désavantage lié à leur handicap. Je suis pour et tout le monde est pour", relève-t-il dans un entretien avec l’APS.
 
Les concernés comptent d’ailleurs mettre à profit une exposition de leurs produits à l’occasion du 1-er mai, à l’école Demba Diakhaté, pour demander un meilleur accompagnement leur permettant de s’en sortir grâce aux connaissances qui leur ont été inculquées dans ce centre.
 
Dans cet institut spécialisé dans les enseignements apprentissages au bénéfice des non-voyants et malvoyants, seule structure du genre en Afrique selon son directeur, il est proposé trois filières aux personnes ayant dépassé l’âge de la scolarisation.
 
Il s’agit de la brosserie (balais-brosses), du tissage- tapisserie et des télécommunications, notamment le métier de standardiste pour ceux qui ont un certain niveau d’instruction.
 
"Quand on parle de formation en tissage, brosserie, évidemment c’est des formations qui sont destinées à l’auto-emploi. Je pense que l’Etat du Sénégal ne peut pas former et recruter des fonctionnaires tisserands et fabricants de brosses", fait valoir Mansour Ndior.
 
L’objet visé à travers ces filières était uniquement de donner un métier aux personnes souffrant de handicap visuel, pour qu’elles puissent "vivre à la sueur de leur front et ne pas avoir à tendre la main". "Cela ne dédouane pas l’Etat (du devoir) de les accompagner", a-t-il toutefois noté.
 
L’INEFJA, en matière de réinsertion, s’est toujours attelé à inviter ses pensionnaires, notamment ceux des filières professionnelles, à "s’organiser pour capter des financements, soit par l’Etat directement, soit par d’autres bailleurs", a relevé le responsable.
 
"Nous recevons souvent des récriminations du genre +nous voulons un emploi, nous voulons être recrutés+", a-t-il poursuivi, non sans réitérer que l’Etat n’offre pas des postes pour ce type d’emploi. "Tout ce que l’Etat peut faire c’est de les accompagner".
 
"Un grand pas a été franchi’’ par les non-voyants, puisqu’ils se sont organisés en une trentaine de GIE", a dit le directeur. "Il y a 1 ou 2 ans, l’ancien ministre de la Jeunesse Mame Mbaye Niang avait promis de dégager une enveloppe de 30 millions pour permettre aux GIE de mettre en place quelque chose", se souvient-il. ‘’Mais, jusqu’à ce jour, il faut reconnaître qu’il n’y a pas eu de suite par rapport à cette promesse".
 
Mansour Ndior est d’avis que "c’est des initiatives de ce genre qui vont permettre aux jeunes de n’avoir pas l’impression d’avoir passé inutilement leur temps à l’INEFJA". Il ne juge "pas important" de ‘’former des jeunes pour les libérer dans la rue".
 
M. Ndior a tenu à souligner, tout compte fait, à l’endroit des requérants, que le manque d’emploi "n’est pas un sort qui leur est réservé uniquement parce qu’ils sont aveugles, mais c’est un contexte national où nous nous mouvons tous".
 
Parmi les jeunes sans handicap visuel, "combien sont formés à un métier et ne parviennent pas à l’exercer ?", s’est-il demandé. Même si cela n’exonère en rien l’Etat de la responsabilité d’appuyer les non-voyants, a-t-il laissé entendre.
 
Au-delà de la formation professionnelle, l’INEFJA propose deux autres offres aux enfants non-voyants et malvoyants, de l’élémentaire de 6 à 14 ans, et des cours d’enseignement intégré aux élèves qui ont réussi à l’entrée en 6-ème et au Bfem.
 
Cette deuxième catégorie d’élèves reçoivent à l’Institut des compléments d’apprentissage spécialisé, parallèlement aux cours qu’ils suivent avec leurs camarades voyants, dans quatre collèges et deux lycées de Thiès.
 
En outre, l’établissement accueille des aveugles dits tardifs, rattrapés par la cécité pour les former en braille, avant de les réintégrer dans le système éducatif.
 

ADI/BK