Tambacounda : les lycéens s’insurgent contre la journée discontinue
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Tambacounda : les lycéens s’insurgent contre la journée discontinue


Tambacounda, 5 jan (APS) - Des délégués des deux lycées de la commune de Tambacounda ont annoncé avoir décidé de faire de vendredi "une journée morte" dans les établissements scolaires de la commune de Tambacounda (est), pour protester contre l’entrée en vigueur de la journée discontinue, à l’origine d’un mouvement de grève débuté le 5 décembre dernier.


 


Vendredi, dans la commune de Tambacounda, "il n’y aura pas cours ni dans les collèges, ni dans le primaire, dans le privé comme dans le public", a dit à l’APS Amadou Woury Diallo, délégué de classe au lycée Mame Cheikh Mbaye de Tambacounda. 


 


"Nous venons de discuter avec nos camarades des autres écoles. Ils nous ont tendu la main et demain, nous avons décidé de faire une journée morte", a-t-il indiqué. 


 


Abondant dans le même sens, Galasse Sèye, vice-président du gouvernement scolaire du lycée commune, a ajouté que les protestataires avaient fini de faire le tour des établissements, les privés y compris, pour convaincre leurs camarades de ne pas aller à l’école vendredi tout en leur faisant comprendre que "le problème ne concerne pas seulement les lycées", d’autant que "la journée discontinue n’arrange personne". 


 


Les élèves du lycée Mame Cheikh Mbaye et du lycée commune avaient décrété 96 heures lundi lors de leur dernière assemblée générale en date, coïncidant avec le retour des vacances de Noël. 


 


Ils se réuniront de nouveau vendredi en assemblée générale, pour décider de la suite à donner à leur mouvement.


 


Amadou Woury Diallo, qui a souhaité un retour à la journée continue, de 8 heures à 15 heures, en remplacement des horaires actuels, de 8 heures à 13 heures, puis de 16 heures à 18 heures, estime que cette mesure produit un effet contraire à l’objectif déclaré par les autorités, à savoir l’amélioration des conditions d’apprentissage des élèves. 


 


"Certains élèves qui habitent loin sont obligés de rester à l’école pour ne pas avoir à revenir l’après-midi", a-t-il expliqué, notant qu’il "vaut mieux rester à l’école de 8 heures à 15 heures que de 8 heures à 18 heures". 


 


Selon lui, les élèves qui payaient 400 francs pour le transport à bord de mototaxis, doivent maintenant casquer le double, pour les deux allers et retours de la journée. 


 


"On nous avait dit que c’était nouveau, et qu’on allait s’adapter, mais les élèves sont venus nous dire qu’ils ne pouvaient plus continuer", a rapporté Galasse Sèye, vice-président du gouvernement scolaire du lycée commune, qui a déploré le fait que les élèves "n’ont pas été impliqués" dans la prise de cette décision.


 


Ils n’ont non plus "pas été avisés pour s’organiser" en conséquence, si l’on en croit ce représentant d’élèves. 


 


"A Tambacounda, il fait excessivement chaud’’, sans compter que ’’la majeure partie des élèves sont issus de familles démunies, qui n’ont pas les moyens de satisfaire les besoins primaires avant de s’occuper de quoi que ce soit", a fait valoir Galasse Sèye.


 


Aussi beaucoup d’élèves viennent-ils selon lui à l’école sans prendre leur petit déjeuner. S’y ajoute que la majeure partie d’entre eux "n’ont pas assez de temps pour apprendre leurs leçons, notamment ceux de la série S qui ont besoin de faire beaucoup d’exercices pour maîtriser leurs cours". 


 


"La journée discontinue a un impact négatif sur les élèves, la majeure partie d’entre eux n’ont pas assez de temps pour apprendre leurs leçons", comme en témoignent les notes des premiers devoirs qui sont "catastrophiques", nettement différentes de ceux de l’année dernière, a dit Galasse Sèye. 


 


"Nous avons décidé de continuer le combat, parce qu’on ne peut pas perdre presque un mois, et revenir sans obtenir satisfaction", a-t-il dit, relevant qu’en tant qu’élèves de terminale appelés sous peu à partir à l’université, ils ne veulent pas laisser leurs petits frères avec cette "souffrance".


 


Dans un entretien accordé à l’APS en septembre dernier, l’inspecteur d’académie Alassane Niane avait annoncé qu’après avoir été reportée lors de l’année scolaire précédente, en accord avec "toutes les parties prenantes, l’administration scolaire, les syndicats, les élèves", la mise en application de la journée discontinue, serait effective cette année. 


 


"Cette année, les cours se feront et la matinée et dans l’après-midi et ça, dans le seul but d’aider les élèves, de faire en sorte qu’ils puissent apprendre au mieux", avait dit le responsable régional de l’éducation, soulignant que "c’est ça la règlementation". 


 


La chaleur est une "raison de plus" pour revenir à la réglementation, avait indiqué M. Niane, battant en brèche l’argument de la canicule avancé par les partisans de la journée continue, 


 


"Entre 13heures et 14 heures, c’est le moment où la chaleur culmine, mais à 16 h le climat s’adoucit un peu", avait-il relevé. Pour lui, il est "très difficile" pour un élève de suivre un cours de mathématiques ou de géographie pendant cette période de la journée.


 


ADI/BK