Le
APS
SENEGAL-SOCIETE-EXPERTISE

Le "déficit d’exposition médiatique’’ de la géographie vu par un universitaire à l’aune de la réflexion sur la migration

Dakar, 24 nov (APS) - La problématique de la migration est "très bien pensée" par les géographes mais leurs recherches ne sont pas vulgarisées comme il le faudrait en raison d’un "déficit d’exposition médiatique", estime l’universitaire Lat Soucabé Mbow.
 
La migration est une "question qui est très bien pensée en géographie mais au moment de la restitution, ça se confine entre géographes, entre spécialistes", a dit M. Mbow, géographe agrégé des universités, dans un entretien avec l’APS, dont il était vendredi l’invité de la rédaction.
 
Selon Lat Soucabé Mbow, il arrive parfois que des résumés de ces recherches soient publiés dans des revues scientifiques, mais "combien de nos compatriotes lisent ces revues scientifiques". 
 
Il dit avoir lui-même encadré un de ses jeunes collègues de l’Institut fondamental d’Afrique noire (IFAN) dont le travail portait sur la migration internationale concernant le Sénégal, "une thèse très intéressante mais en dehors des spécialistes, s’interroge-t-il à nouveau, qui est-ce qui lit cette littérature grise, c’est cela la question".
 
Le professeur Lat Soucabé Mbow a de même signalé qu’un "jeune enseignant" de l’Economie nationale d’économie appliquée (ENEA), lui-même ancien migrant, a également travaillé sur cette problématique sous ses ordres, une recherche qui lui a permis de retracer la trajectoire de l’immigration entre le Sénégal et l’Italie "pas à pas".
 
"Disons que les voies des géographes ne sont pas souvent entendues à la radio ou à la télévision et même dans les journaux. C’est cela que j’appelle le déficit d’exposition médiatique mais les travaux qui sont consacrés aux migrations par les géographes ne se comptent pas", a-t-il soutenu.
 
La géographie "vise une description raisonnée, c’est-à-dire elle décrit mais également elle explique en mettant en jeu les faits, les facteurs, les éléments de détermination, les rapports qu’ils ont entre eux et bien sûr leur localisation et leur répartition à travers l’espace", explique l’universitaire.
 
Il rappelle que dans le cas des pays de l’Afrique subsaharienne, la migration tient aux problèmes rencontrés par les pays concernés sur la voie du développement, lesquels se matérialisent notamment par les problèmes auxquels les jeunes se trouvent confrontés pour accéder à l’emploi.
 
"Donc, il faut comprendre que c’est des dynamiques de population qui sont imposées par des nécessités économiques" et des crises politiques, ce dernier facteur s’appliquant au Proche et Moyen-Orient, a-t-il ajouté.
 
Selon M. Bow, actuellement à la retraite, dans le même temps, l’Europe, "principal point d’aboutissement de ces courants migratoires", doit aussi faire avec "ses difficultés économiques", raison pour laquelle un dispositif Frontex (gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l’Union européenne) a été déployé au Sud de l’Europe pour endiguer les vagues migratoires.
 
"Donc, il faut comprendre cela. De toutes les façons, ce sont des déplacements de population qui sont liés à des situations politiques et à des contextes économiques tous les deux marqués par des crises", a souligné l’universitaire.

BK/ASG