Un ancien de l’APS raconte le ‘’dur combat’’ pour l’affirmation des premiers journalistes de l’agence
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Un ancien de l’APS raconte le ‘’dur combat’’ pour l’affirmation des premiers journalistes de l’agence

Thiès, 19 déc (APS) - L’ancien chef du bureau régional de l’APS à Thiès (ouest), Babacar Ndiaye, est revenu, à l’occasion du 60e anniversaire de la doyenne des agences de presse francophones, sur les ‘’combats pour l’affirmation’’ des premiers journalistes, qui avaient remplacé les anciens commissaires régionaux à l’information, dans un contexte où l’administration n’était pas préparée à voir l’information échapper à son contrôle.
 
Aujourd’hui à la retraite, Ndiaye, établi à Thiès avec sa famille, fait partie de la deuxième génération des journalistes de l’APS.
 
Il a vécu une période charnière au sein de ce média qu’il a intégré le 1er août 1973, juste au lendemain de la réforme de 1972 qui a vu les centres régionaux d’information tomber dans l’escarcelle de l’APS.
 
Sous l’instigation du Bureau Organisation et Méthodes (BOM) que dirigeait André Sonko, la mission des commissaires régionaux à l’information était désormais dévolue aux journalistes de l’Agence de presse sénégalaise.
 
‘’Les commissaires régionaux à l’information, malheureusement, ne faisaient pas à l’époque de l’information, parce qu’ils étaient des agents administratifs, sous la tutelle des préfets et gouverneurs’’, se souvient Babacar Ndiaye. "Ils s’autocensuraient et publiaient leur texte après l’avis du gouverneur ou du préfet."
 
‘’Pour rompre avec tout cela, le président Léopold Sédar Senghor a jugé utile de mettre dans les régions des gens capables de faire le boulot sans s’en référer aux autorités administratives’’, se rappelle Ndiaye. 
L’APS s’est alors déployée dans les régions, avec des bureaux régionaux à Thiès, Diourbel, Kaolack, Louga, Saint-Louis, Tambacounda et Ziguinchor.
 
‘’C’était difficile au début, parce que les autorités n’étaient pas habituées à voir des gens faire de l’information de manière autonome, sans se soumettre à leur autorité. Il a fallu beaucoup de combats pour s’affirmer’’, raconte l’un des leaders du SYNPICS, le Syndicat des professionnels de l’information et de la communication du Sénégal.
 
Babacar Ndiaye se rappelle que certains agents, qui ‘’n’avaient pas compris cette mutation, ne faisaient rien pour se libérer de cette mainmise des autorités administratives’’.
 
‘’Pour sortir de la tutelle des autorités administratives, le combat était dur, mais on a fini par triompher. Et à partir de 1975, les gens ont pris conscience du fait que l’information était diffusée par des journalistes’’.
 
Faute de suffisamment de journalistes pour les bureaux régionaux, l’APS a retenu certains commissaires à l’information régionale, en attendant de pourvoir leur poste et de les retourner à leur corps d’origine.
 
Le poste de commissaire régional était ‘’politique’’, selon Ndiaye, qui rappelle avoir trouvé à Tambacounda des commissaires régionaux superviseurs de travaux routiers et d’autres activités menées par l’Etat.
 
Du point de vue des moyens, l’APS s’en sortait ‘’très bien’’. Dotés de véhicules et de carburant, les bureaux régionaux ‘’s’affirmaient petit à petit’’, ce qui leur avait valu satisfaction.
 
‘’J’ai été à l’origine de la nationalisation des phosphates de Taïba’’, par exemple, raconte Babacar Ndiaye.
 
Fraîchement affecté à Thiès, en provenance de Tambacounda, il avait fait un reportage sur les phosphates de Taïba, abordant, entre autres aspects, le fait que le gouvernement sénégalais ne détenait que ‘’5 ou 6%’’ de cette industrie.
 
‘’Cela avait suscité un grand débat au Sénégal, et les députés s’étaient saisis du problème. Christian Valentin et Gallo Nguer notamment avaient mené le combat jusqu’à la nationalisation des phosphates de Taïba. Ça au moins, c’est à mettre à l’actif de l’APS’’, se réjouit-il, ajoutant : ‘’On a gagné beaucoup d’autres combats.’’
 
‘’Des autorités avaient demandé qu’on me licencie pour avoir osé’’ faire ce reportage, se souvient-il, saluant l’attitude du directeur de l’APS de l’époque, qui l’avait défendu en mettant son propre poste en jeu. ‘’S’il y a quelqu’un à sanctionner, c’est moi. Ce garçon (…) a fait le boulot que je lui demandais, c’est ça qu’on attend d’un journaliste’’, rappelle Ndiaye, citant son directeur.


ADI/BK/ESF