Une organisation de bienfaisance sert de trait d’union entre l’Arménie et sa diaspora
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Une organisation de bienfaisance sert de trait d’union entre l’Arménie et sa diaspora

De l’envoyée spéciale de l’APS, Adama Diouf Ly

Tsaghkadzor (Arménie), 10 oct (APS) – L’Union générale arménienne de bienfaisance (UGAB), fondée depuis plusieurs décennies, est le trait d’union entre l’Arménie, dont l’histoire est fortement liée à la migration, et sa diaspora établie un peu partout dans le monde, notamment dans les pays du Moyen-Orient.
 
"L’histoire de l’Arménie est fortement liée aux mouvements migratoires et à la récente crise syrienne, qui a affecté les nombreux Arméniens vivant dans ce pays", a expliqué Talar Kazandjian, une représentante régionale de l’UGAB.
 
L’Union générale arménienne de bienfaisance a été créée en Egypte en 1906, une époque où des Arméniens vivaient déjà dans tous les pays du Moyen-Orient, avec une diaspora constituée d’intellectuels, d’hommes d’Etat et d’hommes d’affaires, selon Mme Kazandijan.
 
Elle était invitée à parler de l’histoire des migrations en Arménie, lors d’un panel sur le thème "Comment mieux informer sur les migrations".

Ce panel a eu lieu à l’occasion des 47èmes assises de l’Union de la presse francophone, qui se tiennent depuis mardi à Tsaghkadzor, une ville balnéaire située à 60 km d’Erevan, la capitale de l’Arménie, un pays d’Asie occidentale entouré de la Turquie, de la Géorgie, de l’Azerbaïdjan et de l’Iran.

Ces assises, sur le thème "Médias et migrations", seront suivies du 17ème sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Organisation internationale de la Francophonie, vendredi, à Tsaghkadzor. 
 
L’UGAB a été créée parce que les Arméniens de l’Empire ottoman étaient sommés par les Turcs de quitter leurs villages, selon Talar Kazandjian. 

‘’Traumatisme’’ 
 
Lors du génocide arménien de 1920, marqué par le massacre des nombreux réfugiés, l’UGAB a pris en charge des survivants et des orphelins abandonnés dans les villages arabes et kurdes de la région, raconte-t-elle, ajoutant que des orphelinats, des centres d’accueil et des écoles ont été créés pour aider le peuple arménien à "se reconstruire" et à guérir du "traumatisme" causé par les tueries.
 
A cette époque-là, le siège de l’UGAB se trouvait à Paris, mais à cause de la Deuxième Guerre mondiale, il a été transféré à New York, selon la déléguée de l’organisation de bienfaisance. 
 
"Il y avait une concentration de beaucoup d’Arméniens dans tous les pays du Moyen-Orient après le génocide", souligne Talar Kazandjian, ajoutant que l’Arménie a connu de nombreux "mouvements migratoires" à cause des évènements survenus, pas seulement à l’intérieur de ses frontières, mais aussi dans la région, notamment en Egypte, au Liban, en Irak, au fil du temps, jusqu’à la guerre civile syrienne que connaît la Syrie depuis 2011.
 
En 2012, poursuit-elle, des fonds ont été collectés pour venir en aide aux Arméniens vivant en Syrie, environ 120.000 à 140.000 personnes dont la plupart se trouvaient à Alep, dans le nord-ouest du territoire syrien. 
 
"Des Arméniens ont subi le même sort que des Syriens", affirme Mme Kazandjian, réitérant que l’UGAB a apporté son aide aux ressortissants arméniens qui ont choisi de rester en Syrie, ainsi qu’à ceux qui voulaient regagner leur pays.
 
‘’Une économie très limitée’’
 
De 2012 à maintenant, quelque 25.000 Syriens-Arméniens sont revenus en Arménie, où environ 18.000 d’entre eux se sont installés définitivement, les autres étant repartis vers l’Europe, les Etats-Unis et le Canada.
 
"Nous essayons de les garder en Arménie, mais ce n’est pas toujours facile parce que c’est un pays de trois millions d’habitants, avec une économie très limitée…", dit Talar Kazandjian. 
 
Ses compatriotes éprouvent de la peine à s’intégrer dans leur pays à cause des barrières linguistiques. "Ce n’est pas facile pour les Arméniens-Syriens ne comprenant pas l’arménien oriental ou le russe d’essayer de s’intégrer et de trouver du travail", affirme Mme Kazandjian. 
 
L’UGAB a aidé ceux-là à s’installer dans de bonnes conditions, dit-elle, ajoutant que des écoles privées ont été fondées en Syrie, à Alep notamment, pour la scolarisation des enfants des ressortissants arméniens.
 
Ces écoles comptaient 1.500 étudiants avant la crise syrienne, mais leur effectif a fondu, se réduisant à quelque 400 pensionnaires en raison du retour de nombreuses familles au bercail, à la suite de la guerre syrienne.
 
Depuis 2013, l’UGAB octroie chaque année des bourses d’études à presque 500 Syriens-Arméniens, qui viennent étudier dans les universités d’Erevan, selon Mme Kazandjian. 
 
Des événements culturels sont également organisés dans le pays pour renforcer les liens et les échanges entre les Arméniens vivant dans leur pays et ceux de la diaspora, dit-elle, ajoutant que l’organisation de bienfaisance est représentée dans "près de 35 pays et 75 villes".
 
"On suit les Arméniens partout où ils sont. Nous sommes le résultat des mouvements migratoires des Arméniens pendant ces dernières 60 années. C’est pourquoi l’aide humanitaire au profit des Arméniens est une priorité pour l’UGAB", souligne Talar Kazandjian. 

ADL/ESF/BK