Thiès doit sa réputation de ‘’ville rebelle’’  à la lutte des cheminots
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Thiès doit sa réputation de ‘’ville rebelle’’ à la lutte des cheminots

Thiès, 6 août (APS) – Thiès, la capitale du rail, doit sa réputation de ‘’ville rebelle’’ au rôle qu’elle a joué sur les plans syndical et politique sous la houlette des cheminots, estime Mambaye Tounkara, secrétaire général du SUTRAIL, syndicat majoritaire des cheminots sénégalais. 
 
’’Thiès, ville rebelle, c’est historique par rapport à la position politique et syndicale de cette cité’’, a indiqué M. Tounkara à l’APS.
 
La lutte qui a abouti à l’indépendance du Sénégal et des pays d’Afrique de l’ouest était aussi partie de Thiès, avec la grève des cheminots de 1947. 

Ce mouvement syndical dirigé par Ibrahima Sarr, avait comme motif principal l’égalité salariale entre techniciens noirs et techniciens blancs, privilégiés par l’administration coloniale.

A cette époque, le chemin de fer Dakar-Niger employait des travailleurs sénégalais, maliens, nigériens, béninois.
 
Au terme de plus de cinq mois de grève, les autorités cédèrent en régularisant la situation de cheminots noirs. 

Les acquis de ce ‘’mouvement historique’’ ne sont pas limités à la régularisation juridique et administrative des cheminots noirs. C’est de cette victoire qu’est partie l’indépendance.
 
Les africains ont senti qu’il ne faudrait plus accepter la domination du colon. Ils ont commencé à tous les niveaux à revendiquer leurs droits, par rapport à l’égalité de salaires et d’autres dispositions. 

Aussi cette appellation de ville rebelle est liée au caractère de Thiès comme ville de lutte et de combat syndical, mais aussi à ses prises de position politique, note-t-il. 
 
‘’Toutes les crises politiques ont démarré à Thiès’’, soutient Mambaye Tounkara, selon qui ‘’le combat’’ ayant conduit à la première alternance politique au Sénégal est parti de Thiès, quand le président Abdou Diouf parlait de ‘’châtier (cette) jeunesse malsaine’’. 

Cheikh Mademba Ndiaye, secrétaire général chargé des revendications de l’ancien Syndicat national des cheminots du Sénégal, affilié à la CNTS, de 1995 à 1997, évoque aussi la première grève des cheminots de 1938, dirigée par Cheikh Diack. 

Des éléments de la troupe coloniale dépêchés depuis la base aérienne avaient reçu l’ordre de tirer sur les grévistes qui étaient au passage à niveau. Sept cheminots avaient été tués, selon Mambaye Tounkara, secrétaire général du SUTRAIL, syndicat majoritaire de cheminots.
 
M. Ndiaye fait remonter cette image de Thiès comme ‘’ville rebelle’’ bien avant cette grève. Il évoque les évènements ayant trait au meurtre du gouverneur colonial français Chautemps à la gouvernance de Thiès, par Saritié Niang, le bras droit du prince cayorien Diéri Dior Ndella. Un fait inédit au Sénégal, note-t-il.

Une bagarre éclata quand le gouverneur décida d’envoyer en prison le prince, venu répondre à sa convocation, suite à des exactions qu’il aurait commises. 

C’est lors de ces affrontements que l’accompagnant du prince tua le gouverneur, imputant le fait à son chef, pour lui donner plus d’aura, rapporte M. Ndiaye. Ces faits se sont produits après la mort en 1886 du résistant Lat-Dior Diop, a-t-il relevé, sans pouvoir les dates avec exactitude.
 
Au plan politique, Thiès doit aussi sa réputation de cité du refus aux évènements de 1988, quand l’ancien président Abdoulaye Wade alors principal opposant au régime d’Abdou Diouf a été mis en prison, dans un contexte électoral. 

’’Les gens manifestaient spontanément, sans organisation. Chaque matin, pendant des jours, hommes et femmes étaient dans la rue, affrontant les forces de l’ordre à coups de pierres’’, pour marquer leur rejet des résultats du scrutin. Il y a eu ‘’des centaines d’arrestations’’, se souvient-il.

Si cet esprit indocile attribué aux cheminots de Thiès est resté encore aujourd’hui, Tounkara relève toutefois que les contextes des grèves d’antan et d’aujourd’hui ‘’ne sont pas les mêmes’’. 

Les syndicalistes d’hier étaient animés d’une ‘’volonté ferme de combattre l’esprit colon’’, ils étaient ‘’engagés et solidaires comme des frères’’, dit-il.

’’Malheureusement, nous sommes dans un contexte de partenariat entre les organisations syndicales et le patronat’’, dans lequel ‘’les travailleurs sont inclus dans la gestion de l’entreprise’’ à travers leur présence dans le conseil d’administration de la société, ajoute-t-il.
 
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