Une grève des mototaxis perturbe le trafic routier à Tambacounda
APS
SENEGAL-TRANSPORTS

Une grève des mototaxis perturbe le trafic routier à Tambacounda

Tambacounda, 25 jan (APS) - Des centaines de jeunes se présentant comme des conducteurs de mototaxis ont fortement perturbé le trafic routier dans la commune de Tambacounda (est), en érigeant des barricades dans la ville, jeudi, deuxième jour d’une manifestation contre la saisie de dizaines de motos de leurs camarades par la gendarmerie.
 
Les manifestants ont barré plusieurs artères de la ville à l’aide de blocs de pierres, de troncs d’arbres et de pneus brûlés, occasionnant de grosses colonnes de fumée. Ils ont également vidé les écoles, collèges et lycées de leurs élèves. 
 
"On nous a demandé des casques, nous nous sommes exécutés puisqu’il y va de notre propre sécurité. La mairie nous a demandé encore de payer une taxe mensuelle, on s’en acquitte aussi. Et hier, vers 13 heures, les gendarmes ont immobilisé les motos pour défauts de permis de conduire, d’assurance et de carte grise", expliqué Moustapha Konté, l’un des manifestants.
 
"Si nous payons tout ça, comment allons-nous nous en sortir ?" se demande-t-il, dénonçant les "tracasseries" de la gendarmerie. 

"Si on nous avait avisés à temps en nous fixant un délai, il n’y aurait eu aucun problème", poursuit le jeune conducteur de mototaxi, estimant que "ce n’est pas du jour au lendemain qu’on peut obtenir tous les documents exigés".
 
Moustapha Konté souligne que de nombreux chômeurs, dont des pères de familles et des bacheliers, sont venus gagner leur vie en exploitant des mototaxis à Tambacounda. "A part l’unique usine de la Sodefitex et les bananeraies, aucune entreprise n’offre du travail à Tambacounda", se désole-t-il. 
 
"Nous ne refusons pas d’être en règle. Nous exigeons simplement l’allègement des conditions préalables exigées pour l’exploitation des mototaxis", précise M. Konté.
 
Amadou Diallo, l’un des conducteurs de motos "Jakarta" utilisés comme moyens de transport urbain à Tambacounda, estime que l’immobilisation des motos par la gendarmerie va engendrer un manque à gagner important pour les exploitants de ces véhicules. 
 
Les protestations menées par les conducteurs ont fortement perturbé la mobilité dans toute la commune.

Devant le marché central, plusieurs femmes attendaient désespérément une moto, sur le bord de la route, pour rentrer chez elles. Les voitures font de longs détours dans les quartiers, pour contourner les barricades.
 
Des éléments Groupement mobile d’intervention ont lancé des grenades lacrymogènes pour disperser les manifestants. Un responsable des services sécuritaires est allé leur parler, pour les inviter à mettre fin à la grève et à aller retirer les motos immobilisées par la gendarmerie.
 
Il a suggéré aux contestataires de désigner au moins cinq délégués, en vue d’une concertation avec les services sécuritaires. "Nous leur restitueront individuellement leur moto, sur présentation de leur pièce d’identité", promet-il.
 
Certains conducteurs ont donné leur accord de principe, en vue de la fin de la grève.
 
"C’est un problème très complexe. Depuis l’an dernier, nous sommes en train de tout faire pour que le calme revienne chez les conducteurs de motos +Jakarta+", a dit le président du conseil communal de la jeunesse, Amadou Bâ, qui tente d’arrondir les angles entre les services de sécurité et les jeunes manifestants.

Selon lui, il est "impossible" pour les jeunes de se procurer du jour au lendemain les documents exigés pour la circulation des deux-roues.
 
"Ces jeunes se débrouillent pour nourrir leur famille. Il faut qu’on les soutienne", dit-il, ajoutant avoir discuté avec les autorités locales, dont le préfet, pour que soient libérés les jeunes arrêtés par la gendarmerie.

ADI/ESF/BK