Plaidoyer pour un hommage à l’ancienne ministre Maïmouna Kane
APS
SENEGAL-SOCIETE

Plaidoyer pour un hommage à l’ancienne ministre Maïmouna Kane

Dakar, 12 juil (APS) – L’ancienne ministre du Développement social, Maïmouna Kane mérite d’être célébrée et inscrite dans le panthéon des grands Hommes du Sénégal, a estimé Penda Mbow, ancienne ministre de la culture.
 
Maïmouna Kane est décédée en mars 2019 à l’âge de 82 ans. Née le 13 mars 1937 à Dakar, Mme Kane était une juriste de formation. 
 
Elle a été auditrice à la Cour suprême, substitut du Procureur et conseillère à la Cour d’appel de Dakar. Elle a occupé le poste de secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre chargée de la condition féminine, et de la promotion humaine sous les régimes socialistes de Léopold Sédar Senghor et d’Abdou Diouf. 
 
Elle a été promue ministre du Développement social dans le gouvernement formé le 5 avril 1983 par Moustapha Niasse, avant de demander à se retirer pour des raisons de santé.
 
’’Je crois que nous sommes dans un pays où l’on gomme systématiquement le nom des femmes de la mémoire collective mais cette femme mérite d’être, non seulement célébrée, mais que son nom figure dans le panthéon des grands Hommes du pays’’, a plaidé Mme Penda Mbow au micro de la télévision en ligne Amani Tv, une chaine panafricaine. 
 
Elle s’est interrogée sur ’’le fait que même une seule rue ne porte son nom dans le pays’’, estimant que ’’son nom mérite de figurer quelque part dans les lieux de mémoire du pays’’.
 
’’Les femmes sont en train de revendiquer des droits mais (...) il nous faut d’excellentes stratégies pour amener nos icônes à exister quelque part’’, a-t-elle indiqué.
 
Dans cette perspective, elle a invité ’’les femmes à se réunir autour de certains symboles pour se battre afin d’immortaliser leurs icônes’’, soutenant que ’’Maïmouna Kane et Caroline Faye doivent être représentées dans l’espace public sénégalais (....)’’.
 
Selon Penda Mbow, Maïmouna Kane a joué un rôle important dans la prise en charge de l’application du code de la famille promulguée en 1972 au moment où il fallait apporter une réponse à la société sénégalaise en passant par la femme. 
 
Elle a rappelé que ’’le code de la famille avait comme objectif l’unification du droit napoléonien, le droit coutumier et la charia islamique parce qu’on était sorti du régime où il y avait l’indigénat et le statut personnel’’.
 
’’Il fallait, à mon avis, aller vers l’unification du droit pour donner une citoyenneté pleine et entière à tous les sénégalais afin de donner à la femme un statut et d’en faire un instrument de modernisation en promouvant la citoyenneté’’, a-t-elle indiqué.
 
Elle a souligné que ’’c’est pendant cette période qu’on a vu naître ce qu’on appelle le féminisme d’Etat et en choisissant Maïmouna Kane, le président Senghor a voulu contenter tous les secteurs de la société, y compris les secteurs les plus conservateurs’’.
 
’’Car, a-t-elle ajouté, elle était issue un peu d’un milieu plus ou moins religieux parce qu’elle était apparentée à feu Thierno Seydou Nourou Tall, très proche de Senghor’’.
 
Penda Mbow a fait savoir que ’’Maïmouna Kane n’avait pas hésité, malgré son âge assez avancé, à participer financièrement et intellectuellement aux Assises nationales dirigées par le doyen Amadou Makhtar Mbow’’.
 
’’Elle fut une grande personnalité qui avait un leadership confirmé et respecté, et se distinguait par sa grande moralité, son sens de l’honneur et du respect de la parole donnée’’, a-t-elle dit.
 
’’Quand Maïmouna Kane arrivait à la tête du Secrétariat d’Etat à la condition féminine, la question des droits mais surtout celle de l’intégration des femmes dans le développement étaient au cœur des préoccupations des femmes’’, a-t-elle rappelé. 
 
Elle rappelle avoir ’’toujours vu cette belle femme au port altier avec sa robe et son chignon qui parcourait le monde rural pour apporter des moulins à mil aux femmes et discuter avec elles sur les questions d’énergies pour alléger les conditions des femmes’’.
 
Selon elle, Maïmouna Kane avait compris que c’est l’élite qui doit aller vers la société, à la base pour apporter des solutions aux énormes difficultés liées à l’accès à l’eau et à l’énergie, auxquelles les femmes étaient confrontées à l’époque. 
 
’’C’est là qu’il fallait mettre l’accent et c’est pourquoi elle était chargée d’aider et de soulager les femmes car elle avait incarné cette nouvelle femme qui ne remettait pas en cause la société’’, a-t-elle ajouté.


DS/OID/ASB