Mohamed Sylla, Amadou Oury Diallo : un rêve partagé, des fortunes diverses
APS
SENEGAL-GUINEE-SOCIETE-PROFIL

Mohamed Sylla, Amadou Oury Diallo : un rêve partagé, des fortunes diverses

Par Sarata Camara (APS)

Dakar, 13 sept (APS) - Mohamed Sylla et Amadou Oury Diallo n’ont pas seulement en commun d’avoir décidé de poursuivre leur rêve de fortune au Sénégal. Ils sont aussi tous les deux mariés et pères de famille, ce qui rend leur aventure d’autant plus délicate.
 
A l’image de leurs compatriotes guinéens fortement représentés dans le petit commerce au Sénégal, Mohamed et Amadou Oury ont tout laissé derrière eux femmes et enfants, pour chercher fortune au Sénégal, déterminés à ‘’gagner suffisamment d’argent’’ pour un jour retourner au bercail, en Guinée.
 
Installé il y a à peine deux mois au Sénégal, Mohamed exerce comme porteur au marché, un travail difficile, qui fait que ses journées se résument à transporter des sacs de légumes des camions de débarquement aux magasins.
 
Il en est un peu déçu et semble beaucoup moins optimiste quant à l’issue heureuse de son aventure en terre sénégalaise. Malgré un rêve de fortune pour le moment intact.
 
Le jeune homme de 25 ans, en quittant son pays, n’imaginait nullement dormir au milieu des sacs de pomme de terre et d’oignon. ‘’Ma vie toute entière se résume au marché de Castors, toutes mes affaires se trouvent ici. J’y travaille et j’y passe aussi mes nuits’’, dit Mohamed, avec un peu de tristesse dans la voix.
 
Il a pourtant été hébergé à son arrivée par son oncle, mais il se trouve que ce dernier est marié et a des enfants. ‘’Du coup, je ne pouvais pas rester trop longtemps chez lui’’, dit-il. 
 
Amadou Oury a passé 24 années de sa vie au Sénégal, pays qu’il a rejoint presque par tradition familiale. ‘’Toute ma famille a fait fortune ici, c’était donc évident que je vienne’’, dit-il.
 
Dans une vie antérieure, en Guinée, ce boutiquier de 44 ans travaillait dans les champs. ‘’Je récoltais juste de quoi manger’’, d’où sa décision de venir chercher fortune au Sénégal. 
 
Les choses n’ont pourtant pas été si simples pour Amadou Oury qui, à un moment donné, a exercé comme marchand ambulant. Une parenthèse qui donne encore plus de relief à son parcours.
 
‘’Tout ce que je veux, c’est gagner suffisamment d’argent et ouvrir ma propre boutique dans mon pays.’’ Un rêve qu’il devrait pouvoir réaliser, au regard de son optimisme tout à fait contagieux.
 
C’est qu’Amadou Oury a déjà dépassé les étapes difficiles par lesquelles est en train de passer Mohamed. Depuis son arrivée en 1995, il assure avoir ‘’exercé tout ce qui est commerce au Sénégal’’, de la vente de cordes au foirail au commerce ambulant en passant par la vente de légumes au marché de Castors, connu pour être un centre d’approvisionnement privilégié en denrées alimentaires pour des milliers de ménages de la capitale sénégalaise. 
 
L’itinéraire est classique donc, presque initiatique pour les ressortissants guinéens tenant le petit commerce au Sénégal.
 
Avec ses économies, Mamadou Oury s’est ouvert une boutique en 2003, mais celle-ci a été démolie, alors qu’il était en visite en Guinée. Le commerçant n’était, semble-t-il, pas en règle, un épisode qu’il raconte avec d’autant plus d’amertume qu’il a été obligé de reprendre à zéro. Il travaille depuis lors pour le compte d’autres boutiquiers guinéens. 
 
Avec ses revenus trimestriels, il subvient aux besoins de sa femme et de ses deux enfants, mais aussi de sa grande famille, tous en Guinée.
 
‘’Mon père est maintenant très vieux et c’est moi l’aîné de la famille. Mes frères et sœurs, je ne les compte même pas. Vous voyez que j’ai trop de charges en Guinée’’, confit-il dans la boutique qui l’emploie à Ouakam, à Dakar.
 
Mohamed, lui, n’a en charge que sa femme et son unique enfant. Mais ce premier boulot de porteur qu’il exerce dans la capitale sénégalaise lui assure des revenus pour décemment faire vivre sa famille restée en Guinée.
 
‘’J’envoie fréquemment tout ce que je gagne à ma femme restée en Guinée (…), car ils sont sous ma responsabilité’’, relève-t-il, profitant d’une pause pour deviser avec ses camarades et siroter du thé à l’entrée d’un magasin de vente en gros. 
 
Le rêve de fortune est la seule chose qui retient le jeune homme au Sénégal. ‘’S’il arrivait que je gagne suffisamment d’argent aujourd’hui, je ne passerais pas une nuit de plus au Sénégal’’, jure le jeune père de famille.
 
Amadou Oury Diallo se trouve dans le même état d’esprit, qui dit à qui veut l’écouter : ‘’Il n’y a rien de mieux que de vivre dans son pays entouré des siens.’’


SC/BK/ASG/ESF