Lutte contre l’excision : des ’’grandes soeurs’’ africaines demandent à Macky Sall de devenir leur porte-parole
APS
MONDE-SENEGAL-GENRE

Lutte contre l’excision : des ’’grandes soeurs’’ africaines demandent à Macky Sall de devenir leur porte-parole

Dakar, 8 mars (APS) - Un mouvement dit des "grandes sœurs", regroupant des organisations africaines de survivantes des mutilations génitales féminines, a appelé le président de la République Macky Sall à porter la voix de ses membres auprès de ses homologues africains en vue de l’éradication de l’excision.

"Je lance un appel au président Macky Sall pour qu’il soit notre porte-parole auprès des autres chefs d’Etats africains", a déclaré la présidente de "Mouvement des grandes sœurs’’, la Gambienne Jaha Dukureh, jeudi, à Dakar, au cours d’une cérémonie de lancement d’une campagne de cette organisation, en prélude au sommet africain sur les mutilations génitales et le mariage précoce, prévu à Dakar en décembre prochain.
 
Selon cette militante gambienne de la lutte contre les mutilations génitales féminines, l’objectif premier de son mouvement est de "mettre fin à l’excision et au mariage forcé en Afrique d’ici 2030".
 
"Nous devons nous faire entendre sur cette question, non seulement pour dénoncer une pratique qui est mauvaise, mais aussi pour créer des passerelles, émettre des conversations constructives qui ouvriront la voie pour un changement de paradigme", a estimé Jaha Dukureh.
 
Elle a appelé les dirigeants africains à s’approprier ce combat consistant à mettre fin à "ce cycle de calvaire pour les femmes" en apportant plus de ressources et en assurant l’expression et la participation de toutes les couches et composantes concernées par la lutte contre l’excision.
 
"C’est un plaidoyer fort, et nous nous réjouissons du choix porté sur le Sénégal, un pays phare dans la lutte pour les droits des femmes et qui depuis 1999 a adopté une loi interdisant la pratique de l’excision", a soutenu Mamadou Ndoye, représentant du ministre de la Femme, de la Famille et du Genre.
 
Le Sénégal compte "se maintenir sur cette lancée pour plus d’acquis en faveur des femmes", a-t-il assuré.
 
Selon le directeur exécutif du comité interafricain de la lutte contre l’excision et les mutilations génitales, Morissanda Kouyaté, "ce mouvement qui vient à son heure va considérablement contribuer à corriger la plus grosse erreur de l’humanité consistant à reléguer les femmes au second plan". 
 
Aussi a-t-il magnifié l’engagement de Jaha Dukureh et de toutes les "grandes sœurs’’, dont le mouvement regroupe "des organisations communautaires africaines créées par des survivantes des mutilations génitales" 
 
Citée parmi les cent personnalités les plus influentes au monde par le magazine américain Times, Jaha Dukureh est depuis cette année, ambassadrice de bonne volonté d’ONU Femmes pour l’Afrique. 
 
Nominée pour le Prix Nobel 2018, elle a été elle-même excisée une semaine après sa naissance avant d’être mariée de force à l’âge de 15 ans.
 
La jeune femme de 27 ans, née en Gambie, vit désormais à Atlanta et a fondé "Safe Hands for Girls" pour lutter contre les mutilations génitales féminines dans le monde.
 
"Ressentir la douleur et se rendre compte qu’elle ne va jamais disparaitre est une chose que je ne souhaite à aucune fille sur terre (…), c’est pourquoi, après avoir accouché de ma fille, j’ai su que je ne laisserai personne lui faire cela et que j’avais le même désir ardent d’éviter cela à toutes les autres petites filles", a-t-elle déclaré.
 


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