Les universités sénégalaises doivent faire davantage d’efforts dans la recherche de financements (chercheur)
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Les universités sénégalaises doivent faire davantage d’efforts dans la recherche de financements (chercheur)

Dakar, 19 déc (APS) - Les universités sénégalaises sont sur la bonne voie mais les réformes dont elles font l’objet doivent prendre davantage en compte les enjeux de la recherche de financements pour une meilleure compétitivité, estime le professeur Cheikh Mbow, expert en télédétection et sciences de l’environnement.

"L’université de Dakar, et par ricochet les universités du Sénégal, sont sur la bonne voie à mon avis. Les filières se diversifient, des reformes prennent forme tant sur le plan pédagogique que sur le plan structurel. La difficulté majeure particulièrement pour l’UCAD, c’est toujours l’environnement de la recherche", a diagnostiqué le chercheur sénégalais. 
 
"Le premier facteur important c’est le taux d’encadrement. Nous sommes largement en-deçà des normes. Il y a très peu d’encadreurs pour les candidats à la recherche", a-t-il ajouté dans un entretien avec l’APS. 
 
Selon le professeur Mbow, qui a enseigné plusieurs années à l’Institut des sciences de l’environnement (ISE) de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar, "beaucoup d’enseignants ne trouvent pas assez de temps, certains pour des charges d’enseignements très élevées, d’autres par contre trop pris par leurs activités extra-universitaires". 
 
Il note que la compétitivité de la recherche "c’est aussi les performances dans la recherche de financements". Les appels à financement étant émis en anglais, "les francophones sont souvent éliminés dès les premiers filtres pour déficit de qualité des propositions", ajoute l’universitaire sénégalais, actuel directeur exécutif du Programme START International, basé à Washington, aux Etats-Unis.
 
"Ensuite on n’a pas cette culture de compétition sur les appels internationaux", contrairement à des pays africains comme le Kenya, le Nigeria ou l’Afrique du Sud, qui "raflent la mise" dans ce domaine. D’où, selon lui, la nécessité de "faire en sorte que les chercheurs retiennent que la recherche de financement fait partie de la recherche et doivent être préparés à cette réalité".
 
S’y ajoute qu’en matière de montage des formations dans le cadre de la reforme LMD (licence-master-doctorat), une majeure partie des curricula "ont été préparés en fonction de l’expertise universitaire, alors que dans les pays" en avance dans ce domaine comme aux Etats-Unis, par exemple, "les curricula sont développés et validés avec les communautés agricoles, les maires et les entreprises". 
 
"Ils ont fini par fusionner la dynamique universitaire avec celle des gouvernants et des employeurs", a-t-il dit, estimant que des efforts sont faits à la Faculté des Sciences de l’UCAD, mais il est possible d’institutionnaliser "cette jonction entre nos universités et leur sociétés immédiates pour rendre la recherche plus pratique et mieux préparée pour nos aspirations". 
 
Selon lui, cette perspective suppose toutefois que "les décideurs croient à la vision selon laquelle l’Université est un propulseur puissant du développement", en comptant avec l’adoption des résultats de recherche et leur mise à l’échelle. 
 
Il faut "plusieurs découvertes pour faire une innovation", l’innovation à son tour ne pouvant "aboutir à une transformation sociale que si elle est utilisée à grande échelle", a-t-il rappelé. 
 
M. Mbow a ajouté : "Dans tous les cas, on est en train de vivre une quatrième révolution industrielle avec un grand virage pour les énergies renouvelables et les approches de développement durable. Nos universités doivent se servir de ces mutations mondiales pour préparer nos sociétés à bien vivre leur futur", souligne le chercheur sénégalais.
 
Cheikh Mbow est le lauréat de l’édition 2018 du "Prix Danida Alumni", qui récompense chaque année un ancien participant au programme de bourses du même nom ayant "contribué considérablement à une transformation positive dans son pays d’origine ou dans son champ d’études".
 
Ce prix est décerné par le Danida Fellowship Centre, en charge des programmes d’apprentissage de courte durée, des activités de renforcement de compétences et des projets de recherche de l’Agence danoise d’assistance au développement (Danida), une institution autonome du ministère des Affaires étrangères du Danemark. 
 
 

BK/PON