Les universités invitées à prendre en charge
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Les universités invitées à prendre en charge "les préoccupations" des populations

Dakar, 7 nov (APS) – L’universitaire sénégalais Ibrahima Thiaw a appelé les universités africaines à s’ouvrir davantage à la société pour prendre en charge "les préoccupations" des populations.
 
"Nous pensons que pour que nos universités soient acceptées et puissent véritablement jouer les rôles qui doivent être les leurs, il faudra un rapprochement avec les populations, qu’elles puissent prendre en charge les préoccupations des communautés africaines", a dit Pr Thiaw, responsable du Laboratoire d’anthropologie et d’ingénierie culturelle (LAIC) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.
 
Ce laboratoire, qui fait partie de l’école doctorale "Etudes sur l’homme et la société’’ de l’UCAD, va organiser, jeudi, à 16 heures, à l’UCAD, un symposium international sur le thème : "Reconstruire l’anthropologie en Afrique postcoloniale".
 
Dans un entretien avec l’APS, Pr Thiaw explique que l’objectif n’est pas de décréter que ‘’les universitaires détiennent le monopole du savoir". Selon lui, il s’agit fondamentalement de discuter avec les populations pour connaître leurs préoccupations, en particulier leurs rapports à l’environnement, la question des identités, la question du développement, etc.
 
"Donc, a-t-il martelé, on ne veut plus des universitaires qui utilisent leur statut de privilégiés et qui imposent leur manière de voir inspirée par une bibliothèque dont on connaît le rôle dans la marginalisation de l’Afrique."
 
Pr Thiaw, qui est aussi le responsable du laboratoire d’archéologie de l’Institut fondamental d’Afrique Noire (IFAN de l’UCAD), dit souhaiter que "les universitaires, à travers leurs initiatives de recherche, puissent accorder plus d’attention aux populations, dans leurs efforts de déterminer de nouvelles trajectoires".
 
De même, il a insisté sur ‘’une approche communautaire participative’’ dans la manière de poser les problèmes, relevant que ‘’les savoirs universitaires jusque-là sont très souvent teintés de rapport de pouvoir’’.
 
Il a souligné la nécessité de "rompre" avec cette tradition en développant "un nouveau type de relations, de nouveaux modes d’acquisition des savoirs et de nouveaux modes de diffusion de ces savoirs-là".
 
Parlant de sa discipline, l’archéologie, Ibrahima Thiaw note que les chercheurs vont sur le terrain pour collecter beaucoup d’informations sur un site donné où les populations locales sont utilisées comme des ouvriers, alors qu’elles en savent beaucoup sur le site en question.
 
"Elles (les populations) ne savent au fond pas la finalité de toutes ces recherches qui sont généralement publiées dans un ouvrage auquel elles n’auront jamais accès", a-t-il déploré.
 
"Nous souhaitons nous engager dans un nouveau type de production de savoirs. Mais les modes de diffusion de ces savoirs-là sont tout aussi importants", a assuré l’universitaire sénégalais.

ASB/ASG