Kébémer : le village Ndam Sanossi appelle au secours pour son désenclavement
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SENEGAL-SOCIETE-REPORTAGE

Kébémer : le village Ndam Sanossi appelle au secours pour son désenclavement

Ndam Sanossi (Kébémer), 18 fév (APS) - Les habitants de Ndam Sanossi, un village du département de Kébémer, appellent les pouvoirs publics à les sortir de leur enclavement, une situation encore plus "insupportable" pour les femmes qui sont parfois amenées à donner naissance au milieu des champs en voulant se rendre dans les maternités environnantes.
 
Ndam Sanossi, situé à 15 km de la commune de Kébémer, est pourtant un village bien connu pour avoir fait partie de l’itinéraire du fondateur du mouridisme Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké, en 1902, de retour du Gabon où il était exilé. Il y a même séjourné durant plusieurs semaines.
 
Mais aujourd’hui, le trajet pour Ndam Sanossi relève d’un véritable casse-tête et constitue un "calvaire quotidien" pour les habitants de ce village.
 
Il faut passer par Ngourane, Ndieng Diaw pour déboucher sur un immense espace sablonneux servant de champs de culture en période pluviale.
 
Des terres qui s’étendent à perte de vue, une piste laborieuse prolongeant jusqu’à Ndam Sanossi. 
 
Le chauffeur du jour, un habitué du trajet, use de beaucoup d’ingéniosité et de maîtrise pour se frayer un chemin et zigzaguer à travers les centaines d’arbustes sur plusieurs kilomètres, sans jamais se départir de son calme olympien.
 
Du sable et encore du sable qui laisse penser au désert, sauf que des morceaux d’arbre sec jonchant la route, ajoutés aux cris de moutons et de chèvres apeurés par une manœuvre hasardeuse du chauffeur, ramènent le passager à un contexte de savane. 
 
 
"Quel calvaire !", lance un journaliste qui découvre pour la première fois cette route sur laquelle des traces de pneus visibles laissent deviner que ce trajet est empruntée régulièrement par des usagers, en dépit de ses nombreux écueils.
 
"Enfin, nous sommes arrivés", s’exclame une autre journaliste, plusieurs dizaines de minutes après, à la vue des premières cases du village, une réaction qui n’a pas manqué de déclencher l’hilarité générale.
 
"Pourtant, c’est un village connu, Abdoulaye Wade et Idrissa Seck sont déjà venus ici et chaque année, nous organisons une grande cérémonie religieuse au cinquième jour du mois de ramadan", signale un habitant de Ndam Sanossi.
 
Sur place, les habitants attendaient déjà l’arrivée des journalistes, pour leur faire part de leurs doléances, dont la principale concerne le bitumage de la piste menant à leur village.
 
"Nous les femmes du village, c’est comme si nous ne faisons pas partie du Sénégal. Nous n’avons pas de poste de santé, ni de financements pour nous aider à mener des activités", dit Mbène Lô, une habitante de Ndam Sanossi.
 
La dame prend la parole spontanément et d’une voix empreinte d’émotion, pour raconter avoir accouché deux fois en pleine forêt, alors qu’elle se rendait à la maternité de Ndieng Dia.
 
A l’en croire, les habitants de Ndam Sanossi ne sont plus disposés à écouter des promesses que les politiques ne tiendront jamais. 
 
"Nous avons tous nos cartes et nous les attendons, nous ne voterons que pour le candidat qui tiendra en compte nos doléances", prévient-elle, avec fermeté.
 
"Nous n’avons que notre village. Nous n’avons besoin présentement que d’une piste bitumée et d’une case de santé pour nous soigner’’, ajoute, d’un ton posé, le chef de village, Modou Lô.
 
Il juge toutefois "inadmissible" que les populations de Ndam Sanossi continuent de vivre dans les mêmes conditions que leurs grands-parents.
 
"C’est comme si, au moment où les autres avancent, nous nous reculons", a-t-il soutenu sous un tonnerre d’applaudissement de ses administrés qui soutiennent fermement qu’ils ne voteront que pour le candidat leur présentant un plan de développement pour leur village.
 
 "Nous souhaitons que la route Ndieng Diaw–Ndam Sanossi–Ngourane soit goudronnée pour faciliter le déplacement des gens et mettre fin au calvaire que vivent ceux qui empruntent cet axe", a déclaré le chef de village.
 
Et Modou Lô de faire savoir que Ndam Sanossi abrite un magal annuel commémorant le passage de Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké, de retour de son exil au Gabon en 1902.
 
Une manifestation qui, selon le chef de village, attire "beaucoup de fidèles musulmans", et dont l’organisation nécessite l’appui des autorités pour plus d’aménagements et d’infrastructures.
 
Les populations de Ndam Sanossi ont par ailleurs demandé le renforcement du réseau électrique desservant leur village, ainsi que des infrastructures scolaires de qualité et de proximité.

SK/BK/ASG