Le champ d’action de la direction des Sénégalais de l’extérieur, selon Sory Kaba
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Le champ d’action de la direction des Sénégalais de l’extérieur, selon Sory Kaba

Dakar, 16 avr (APS) - De l’accès aux documents administratifs à la politique de retour, le champ d’action de la direction générale des Sénégalais de l’extérieur correspond à un très large spectre dont la prise en charge inclut accompagnement et anticipation, a laissé entendre son responsable, l’ambassadeur Sory Kaba.

"Il s’agit aujourd’hui de gérer 3 millions de Sénégalais qui sont établis à l’étranger. Et pour gérer ces Sénégalais établis à l’étranger, inévitablement, il faudrait qu’on ait une idée de leurs préoccupations", lesquelles "sont toutes hétérogènes pour la bonne et simple raison que aujourd’hui, la segmentation au sein de la diaspora nous permet de s’adresser à cinq cibles, à cinq segments différents", a expliqué le directeur général des Sénégalais de l’extérieur, dans un entretien avec l’APS.

Sory Kaba a cité les ressortissants en situation régulière, "bien établis, bien installés (dans leur pays d’accueil) et qui reviennent. A côté d’eux, il y a un nombre important de Sénégalais établis à l’étranger et qui sont en situation irrégulière. Ils ne peuvent pas aller, ils ne peuvent pas revenir".

"Il y a leurs enfants qui sont issus de l’immigration, qui ne sont pas des migrants mais qui sont par contre de nationalité sénégalaise et qui, avec l’effet du temps, ont tendance à prendre l’habitude du pays d’accueil et donc oublier leurs sources, racines, pour ceux-là aussi, il faut une approche particulière (…)" dit-il.

L’ambassadeur Sory Kaba évoque ensuite les femmes, la migration ayant "plus ou moins changé de visage", et (enfin) les personnes du troisième âge.

La prise en charge de ces cinq segments nécessite au quotidien des stratégies adaptées, de l’accès aux documents administratifs à la politique de retour, a-t-il laissé entendre.

L’accès aux documents administratifs est une problématique liée au renouvellement de la carte de séjour, aux démarches pour l’inscription des étudiants, toutes choses impliquant l’obtention d’un passeport, ce qui fait qu’aujourd’hui, "on a huit centres de production de passeports à l’étranger", pour une capacité de "100 passeports par jour, parce que c’est la première préoccupation des Sénégalais établis à l’étranger", a-t-il souligné. 
 

’’Nous cherchons un équilibre, entre questions sensationnelles et image plus positive de la migration’’


Une autre préoccupation des Sénégalais de l’extérieur réside dans "les conditions de séjour dans les différents pays d’accueil et l’actualité malheureusement s’intéresse plus à ça qu’à autre chose", fait noter Sory Kaba. 

"Quand un Sénégalais perd la vie naturellement, ou par accident ou par meurtre, toute l’opinion est ameutée, mais quand un Sénégalais revient au Sénégal pour investir (pour) 200 millions, un milliard, cela n’intéresse personne et pourtant celui qui revient avec un volume d’investissement important, avec un transfert de compétences, impacte plus sur notre économie nationale que nulle part ailleurs", déplore-t-il. 

"C’est pourquoi (…), nous cherchons à jouer à l’équilibre. Oui, les questions sensibles et sensationnelles, nous les portons avec eux (…), nous cherchons à répondre pour calmer les uns et autres mais par ailleurs, nous cherchons à montrer également qu’il y a un autre visage, une autre image beaucoup plus positive de la migration qu’il nous faut promouvoir, qu’il nous faut porter", a fait observer le directeur des Sénégalais de l’extérieur.

Dans cette perspective, a poursuivi l’ambassadeur Sory Kaba, "tous ceux qui cherchent à faire ce travail d’impact positif que nous appelons des success-story, sont promus et nous les accompagnons au quotidien".
 
S’agissant de la politique de retour, il signale que cette question "est intimement liée à l’accès au foncier", pour l’habitat ou pour l’investissement, sachant que la problématique de l’accès à l’habitat "est la seconde préoccupation des sénégalais de l’étranger".

"Pour eux, c’est une manière de sécuriser leurs familles qui sont restées au pays, c’est une manière pour eux d’investir mais un investissement qui ne produit pas malheureusement. Et c’est là que nous nous enchaînons sur une autre problématique" soutient M. Kaba.

Laquelle problématique est à voir avec les questions liées à "l’investissement productif pour les amener à comprendre que les 1200 milliards qui sont envoyés à leurs familles (c’est) de l’argent privé" certes, mais il "aurait été beaucoup plus utile, aurait impacté sur l’économie du pays si on l’oriente vers des secteurs productifs". 

Des "mesures incitatives" ont été prises sur ce plan, consistant par exemple à réserver 20% des surfaces à vocation agricole aux Sénégalais de l’extérieur, a rappelé Sory Kaba.
 

’’On les prépare à la migration parce que ce n’est demain qu’elle va s’arrêter’’


S’y ajoute, selon lui, un dispositif permettant de consentir des prêts d’honneur à des projets innovants, la direction générale des Sénégalais de l’extérieur se chargeant d’attirer l’attention sur les secteurs correspondants, "les problèmes, les enjeux, sur les défis pour qu’ils comprennent avec nous (…) ce qu’il faut faire".
 

"De notre point de vue, soutient-il, pour aller en Espagne et en France, pour aller aux Etats-Unis, il faut comprendre les méthodes de vie avant d’y aller. Il faudrait que si on est menuisier, on soit excellent dans son domaine, on s’apparente aux outils modernes de la menuiserie avant d’y aller et donc, la perspective de la migration que nous cherchons à promouvoir aujourd’hui dans le pays avec les bureaux d’accueil d’orientation et de suivi (BAOS) que nous ouvrons dans toutes les régions du Sénégal, c’est d’accompagner tous les potentiels migrants à être excellents dans leur domaine professionnel avant d’y aller". 

"On les prépare à la migration parce que ce n’est pas demain la veille [que ça va s’arrêter]. Du tout. La migration, on est né avec et on mourra avec", a-t-il dit, avant de conclure : "Inévitablement, on continuera à migrer mais pour migrer dans le contexte actuel, il ne faut pas le faire les mains vides, il ne faut pas le faire la tête vide, il faut le faire dans les conditions qui sont prévues et (…) nous travaillons pour que les BAOS ouverts dans les différentes régions puissent impacter sur cette crédibilité-là afin que notre blason se redore".
 
 

BK/PON