Des organisations de la société civile appellent pouvoir et opposition à préserver la stabilité
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SENEGAL-POLITIQUE-TENSIONS

Des organisations de la société civile appellent pouvoir et opposition à préserver la stabilité

Dakar, 4 mars (APS) - La plateforme "Jammi Rewmi’’, regroupant plusieurs organisations de la société civile sénégalaise, appelle pouvoir et opposition à travailler à préserver la stabilité du pays et à l’apaisement, par le biais d’initiatives visant le rétablissement de la paix sociale.

"La plateforme, très préoccupée par la situation actuelle, interpelle le pouvoir et l’opposition à préserver la stabilité du pays, qui est sa vraie richesse", peut-on lire dans une déclaration dont copie a été obtenue par l’APS.
 
Les responsables des organisations concernées appellent "à l’apaisement et engage le groupe de contacts à poursuivre ses initiatives pour le rétablissement de la paix sociale", suite aux manifestations consécutives à l’interpellation de l’opposant Ousmane Sonko, leader des Patriotes du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef).

Les heurts sont consécutifs à l’annonce, la veille, de l’arrestation de M. Sonko pour "trouble à l’ordre public" et ’’participation à une manifestation non-autorisée". 
 
Les manifestations ont redoublé d’intensité, jeudi, dans plusieurs villes du pays. 
 
A Bignona (sud), une ville réputée être le fief électoral de M. Sonko, un jeune âgé d’une vingtaine d’années a été tué lorsque des manifestants ont érigé des barricades sur les principaux axes de ladite commune, a appris le correspondant de l’APS à Ziguinchor (sud) de plusieurs sources locales. 
 
L’opposant avait été arrêté par des éléments du Groupement d’intervention de la Gendarmerie nationale (GIGN), au moment où il se rendait au palais de justice de Dakar pour déférer à une convocation d’un juge d’instruction.
 
Ousmane Sonko, député et candidat à l’élection présidentielle de 2019, était convoqué par le magistrat à la suite d’accusations de "viols répétés" et de "menaces de mort" portées sur lui par une employée d’un salon de beauté et de massage situé à Dakar.
 
Son arrestation a eu lieu à la suite du blocage de la voiture qui le conduisait au palais de justice. Il y a eu un désaccord entre M. Sonko et les forces de l’ordre sur l’itinéraire que l’opposant devait emprunter pour aller répondre au juge d’instruction. Des heurts ont ensuite éclaté entre ses militants et des éléments du GIGN.
 
"Les signaux sont rouges ! Les espoirs d’apaisement de la situation sociopolitique nés des initiatives de médiation et d’appel au calme avaient fini par convaincre le leader du PASTEF, Ousmane Sonko, à répondre à la convocation du juge et se conformer à la loi", soulignent les responsables de la plateforme "Jammi Rewmi’’. 
 
Ils ajoutent que cette "illusion d’accalmie a été vite ruinée par la machine répressive du pouvoir, en utilisant la police nationale, la gendarmerie nationale et les institutions judicaires". 
 
"Il est inadmissible et regrettable de constater le glissement d’une affaire privée d’accusation de viol à une arrestation pour trouble à l’ordre public et participation à une manifestation non autorisée, motifs pour lesquels Ousmane Sonko est placé en garde à vue", relèvent-ils.
 
Ousmane Sonko, un fonctionnaire des impôts et domaines, a été radié en 2016 de la fonction publique par le chef de l’Etat pour manquement au devoir de réserve professionnelle. L’opposant a été élu député en 2017.
 
Les responsables de la plateforme notent que le préfet de Dakar a été vu appelant "les forces de défense et de sécurité à lancer une offensive sur les journalistes pour les empêcher de faire leur travail". Ils font également état d’hommes armés "supposés être des nervis, vus aux côtés des forces de Police et de Gendarmerie".
 
La plateforme dit avoir également constaté des "arrestations tous azimuts, la réquisition de l’armée par le gouverneur de Dakar, le saccage des biens publics et privés" ainsi que "l’intervention du CNRA, non pas pour préserver la liberté d’expression, mais pour menacer certains groupes de presse dans leurs droits d’informer".
 
"Au vu de ces faits, la plateforme regrette et déplore ces évènements du mercredi 3 mars 2021 qui ont fini de mettre à rude épreuve notre démocratie et affectent profondément la paix et la cohésion sociale", fait-elle valoir.
 
Elle rappelle à l’autorité que "la manifestation est un droit constitutionnel qui permet à chaque Sénégalais d’exprimer son opinion au moment où il le juge opportun", avant d’appeler "les autorités à la sérénité et à laisser les populations s’exprimer et à garantir l’exercice de leurs droits conformément à la Constitution".
 
"Par conséquent, la plateforme appelle les autorités à encadrer la marche de ce vendredi 5 mars 2021, sur appel du Mouvement Y en a marre, des partis politiques de l’opposition et des mouvements citoyens", souligne la même source.
 
Elle réitère sa "détermination à poursuivre la lutte pour la conservation de l’Etat de droit et des acquis démocratiques au Sénégal". 

SG/BK/ASG