L’ONAS, de belles perspectives et des contraintes lourdes à lever
APS
SENEGAL-ASSAINISSEMENT

L’ONAS, de belles perspectives et des contraintes lourdes à lever

Dakar, 15 juil (APS) - L’Office national de l’assainissement du Sénégal (ONAS), dont les actions intéressent un large spectre qui va de la préservation de l’environnement et du cadre de vie à la lutte contre les inondations, doit faire avec plusieurs difficultés liées notamment à l’augmentation exponentielle de la population à Dakar en particulier.

Le surpeuplement des villes sénégalaises induit un style d’habitat pas adapté à la configuration d’origine des installations de l’ONAS, avec pour conséquence de nombreux ’’branchements clandestins’’ qui pèsent sur l’état du réseau de plus en plus vétuste.

L’ONAS déploie malgré tout diverses stratégies en faveur de la santé publique, des ressources naturelles, du cadre de vie des populations mais également dans le domaine de la lutte contre les inondations à Dakar et dans les villes de l’intérieur du Sénégal, a fait valoir son directeur de l’exploitation et du contrôle, Pèdre Sy.

Pour ce faire, elle inscrit ses actions dans le cadre d’un triptyque, à savoir : la planification des investissements, la réalisation des travaux et l’exploitation. "Lorsque tout est fait, on passe à l’exploitation des ouvrages, concourant à améliorer le cadre de vie des populations", indique le chargé de l’exploitation de l’ONAS.

"Nous les exploitons pour que les eaux puissent être collectées, transportées, traitées et rejetées dans un milieu sans qu’il ne soit pollué", a précisé M. Sy, faisant observer que le réseau d’assainissement de Dakar, par exemple, date de "plus de 70 ans", c’est-à-dire bien avant l’accession du pays à l’indépendance.

"Le problème principal que nous rencontrons est la casse des canalisations", l’amiante n’étant "plus adaptée, elle est vétuste", a-t-il expliqué.

S’y ajoute l’augmentation ’’exponentielle’’ de la population à Dakar en particulier, une situation à l’origine de la multiplication des branchements clandestins non autorisés sur les canaux d’évacuation dont le Canal 4, qui sépare les quartiers la Médina et la Gueule Tapée, deux quartiers populaires de la capitale sénégalaise.

Le pire c’est que ‘’beaucoup d’autres corps solides’’, d’origine notamment ménagère, sont retrouvés dans ces canaux d’évacuation, ce qui représente un des nombreux points noirs de la problématique de l’assainissement dans la région de Dakar.

L’Etat ne reste pas insensible face à cette situation prévalant dans la capitale et prévoit un renouvellement de près de 300 km de réseau, d’ici 30 mois, selon le directeur de l’exploitation de l’ONAS. 
 
Pèdre Ndiaye signale que l’ONAS a enregistré 529 km de conduites cassées entre 2019 et 2020.

’’Une perte énorme, avec 349 km en 2019, là où en 2020 il est à 529 km de conduites cassées. Cela démontre la vétusté du réseau à Dakar, d’où l’urgence d’avoir des investissements et passer au renouvellement du réseau’’, a t-il souligné.

C’est que l’augmentation de la population dans la région de Dakar se répercute sur les rejets d’eaux qui impactent le fonctionnement des réseaux l’ONAS. Sans compter dans les zones sablonneuses, le réseau se trouve souvent ‘’obstrué par un ensablement excessif’’, déploré le technicien.

Dans la perspective d’un ’’réseau neuf et adapté’’, l’ONAS prévoit de renouveler entièrement le réseau d’assainissement de la région de Dakar, vieux de 70 ans, pour un linéaire de 300 km, dont 40 km sont en cours de rénovation dans certains quartiers traditionnels comme la Médina, Fass, Gueule-Tapée, Colobane, HLM.

’’Nous voulons un réseau neuf, adapté à la situation et aux populations. Le constat renseigne sur un réseau sous-dimensionné mais également un matériau en amiante-ciment vétuste, en casse. L’amiante a 70 ans d’âge. C’est du matériau dépassé qui se casse constamment‘’, a souligné Pèdre Sy.

De fait, ‘’renouveler le réseau en augmentant la capacité, permet de résoudre les contraintes constamment rencontrées au niveau des quartiers comme la Médina et Rebeuss’’, difficultés également dues selon lui aux constructions en hauteur pour lesquels le réseau de l’ONAS n’était pas calibré. Il était fait pour des foyers d’environ 10 personnes.

‘’Une maison construite pour 10 personnes, se retrouve avec plus de 50 personnes à raison de 80% de rejets de la consommation journalière. Nous avons une urbanisation galopante qui nous rattrape aujourd’hui‘’, constate Pèdre Sy.

Les stratégies mises en œuvre pour apporter les réponses les plus adaptées possibles à cette situation incluent la dépollution de la corniche ouest dakaroise, pour prendre en charge tout ce qui est lié à cette problématique de collecte, de transport et de traitement des eaux usées.

Dans le cadre des investissements projetés à cet effet, la station d’épuration de Cambérène va passer de 20m3/Jour à 90m3/Jour à l’horizon 2047.

Mais malgré tout, ‘’il faut une synergie d’actions pour y arriver’’, estime M. Sy, selon qui les prévisions relatives à ce projet table sur la prise en compte des besoins d’un million de personnes à l’horizon 2047.

‘’L’Etat a pris les choses en main et normalement à la fin de l’année, le gros des travaux sera terminé. La station d’épuration sera agrandie et réhabilitée avec un émissaire terrestre de 4,5 km et de 1,2 km en mer’’ a précisé Sy.

Cela va permettre de ’’solutionner les problèmes d’eaux usées provenant des départements de Pikine, Guédiawaye et Dakar.’’

’’Cela va permettre également de faire des extensions sur les zones où on avait des difficultés. Tout sera pris en charge par Cambérène’’, a poursuivi Pèdre Sy.

De ce point de vue, ‘’ce projet est venu à son heure’’, puisqu’autrefois, rappelle-t-il, les eaux usées étaient versées directement en mer. Il n’y avait pas de station d’épuration et Dakar n’était pas aussi développée, même si dans la zone nord de la banlieue dakaroise, l’Etat avait accompagné avec la mise en place de stations d’épuration comme celles de Cambérène, des Niayes et des HLM.

‘’Dans ces zones, les eaux sont envoyées à une station d’épuration, traitées. Une partie est réutilisée et une autre, renvoyée en mer’’, a expliqué le directeur de l’exploitation de l’Office national de l’assainissement.

Le programme de dépollution de la corniche ouest ‘’va prendre en charge tout cela’’ désormais et une station d’épuration et un émissaire en mer ‘’seront construit en vue de respecter les normes’’, dit-il.

Concernant les 40 km de réseau desservant les anciens quartiers comme la Médina, Rebeuss et la Gueule Tapée, il a assuré : ‘’Actuellement, les travaux se déroulent et une fois terminés, les problèmes de casse et de sous-dimensionnement seront un mauvais souvenir, car ils auront un réseau aux normes où les nuisances seront maitrisées et les casses seront un mauvais souvenir’’.

S’agissant du volet valorisation des eaux usées, le directeur de l’exploitation et du contrôle de l’ONAS fait savoir que les eaux sont collectées, transportées à travers des réseaux de canalisation, avant d’être convoyées vers des stations d’épuration telles que celle de Cambérène.

Elles sont ensuite traitées, pour après quoi les rejeter en mer ou les réutiliser sur un vase au niveau du site de traitement.

 Des sous-produits issus du traitement des eaux usées 

La valorisation des sous-produits de l’ONAS est une des missions assignées à ces sites de traitement. ‘’Nous avons trois sous-produits qui proviennent de ces eaux. La boue stabilisée pouvant servir d’engrais naturel, le gaz méthane fait à Cambérène et aidant à réduire notre facture énergétique, et l’eau épurée qui peut être utilisée pour tout travaux de BTP et d’agriculture’’, a expliqué Pèdre Sy.

Cela contribue à ‘’maitriser les ressources en eau. Ces eaux, une fois traitées jusqu’à un niveau tertiaire, peuvent être réutilisées pour d’autres usages, signale le technicien en assainissement. Il note toutefois que les eaux usées rejetées en mer ‘’n’ont pas les mêmes effets que celles reversées dans un fleuve’’.

Les eaux usées rejetées dans un cours d’eau ‘’demandent un traitement poussé’’, pour qu’elles ne puissent pas ‘’modifier la structure du fleuve’’. C’est pourquoi, dit-il, leur traitement nécessite une prise en compte de deux éléments pour voir si elles sont domestiques ou industrielles. 

‘’Nous avons cinq stations d’épuration sans compter celles de pompage de boue de vidange notamment à Cambérène, Rufisque, Niayes, Cité SSH et Tivaouane Peulh’’. De même ‘’l’assainissement autonome est bien pris en charge au même titre que le classique. Ceux qui ont des fosses septiques chez eux, font partie du système’’, affirme Pèdre Sy.

Le système selon lui prévoit des stations de traitement des boues de vidange accolées aux stations d’épuration de telle manière que les eaux provenant des fosses vidées, vont être acheminées vers ces stations de traitement de boues de vidange.

Cela permettre de prendre en charge autant les eaux usées domestiques que celles issues de l’assainissement autonome (fosses septiques), précise-t-il.

La station d’épuration de Cambérène par exemple est dotée d’un ‘’système boue activée’’ avec lequel, on peut produire du biogaz.

Avec le projet qui est en train d’être déroulé, ‘’on peut produire près de 13 000 m3 de gaz par jour qui vont être utilisées pour produire de l’énergie électrique que nous allons utiliser en interne pour notre consommation électrique’’, a indiqué Pèdre Sy.

Le deuxième volet consiste à traiter l’eau jusqu’à un niveau tertiaire, ce qui permet, après coloration de l’utiliser dans tout ce qui est BTP, arboriculture et culture fourragère.

La boue stabilisée sert d’engrais naturel, riche en azote et phosphore. ‘’C’est une chaine de valeur que nous sommes en train de mettre en œuvre’’, a révélé le chargé de l’exploitation et du contrôle de l’ONAS.
 
Les populations appelées à ’’plus de compréhension’’

S’agissant du système d’assainissement des villes de l’intérieur du Sénégal, il souligne que c’est le milieu qui définit le type d’assainissement à mettre, les régions disposant d’un réseau dit classique.

Toutefois, des programmes sont en vue, afin de doter ces villes de stations d’épuration et d’un réseau d’eaux usées, dans le but de respecter l’équité territoriale dans le cadre de la politique d’assainissement que l’Etat est en train de déployer.
          
Des plans directeurs sont en train d’être élaborés ‘’dans presque tous les départements du pays’’. Un processus qui devrait arriver à terme dans une période minimale de 10 ans, avec une phase urgente et intermédiaire et une phase à long terme. 

‘’Tambacounda et Matam sont en train d’exécution. Ces zones n’ont jamais eu de réseau depuis les indépendances. A Touba de même et Tivaouane, entre autres. Il faut au préalable, un document de planification qui nous permet de dire ce qui doit être fait à tel horizon en matière d’eau usées et pluviales’’, résume Pèdre Sy.

Le coût financier doit ensuite être évalué. ‘’Pour certaines localités, les financements sont mobilisé alors que pour d’autres, ils sont en cours, confie Pèdre Sy, ajoutant que ‘’des efforts considérables ont été faits et cela va continuer. Ce sont des plans directeurs à coût de milliards, car l’assainissement coûte excessivement cher’’.

Aussi les populations sont-elles appelées à ‘’plus de compréhension’’, sachant que ‘’tout sera mis en œuvre pour lever les contraintes liées à l’hivernage’’.

Avec le début des travaux de curage des caniveaux et d’entretien un peu partout à Dakar, les populations sont priées ’’de ne pas agresser le réseau. C’est un travail perpétuel mais nous disons aux populations que nous sommes à leur service’’, a-t-il lancé.

‘’Nous sommes dans un secteur sensible. (…)’’, indique Pèdre Ndiaye, selon qui même si l’ONAS venaient à répondre aux attentes de ‘’99%’’ des usagers, ‘’les 1% diront que nous n’avons rien fait’’.
Mais ‘’nous avons une mission de service public et nous continuons de l’assurer en relation avec les populations’’, 

Pour ce qui concerne sa mission de facilitation du drainage des eaux de pluies, l’ONAS est à pied d’œuvre depuis avril, pour des opérations de curage et d’entretien préventif dans la région de Dakar.

Dans chaque département de la région de Dakar, ‘’l’Etat amis beaucoup d’infrastructures’’ comptant pour le Programme décennal de lutte contre les inondations.

En général, dans ces zones où existent ces infrastructures, ‘’il y a moins de problèmes car quand il pleut, l’eau ruisselle, quelques heures après. Il faut savoir qu’il y a un temps de rétention et celui d’évacuation’’, dit-il.

‘’Quant aux zones exemptes d’ouvrages, les sapeurs-pompiers sont en liaison. Mais dans toutes les zones où il existe des ouvrage, l’eau est ne stagne pas longtemps’’, ajoute-t-il sur ce point.

Pour Keur Masssar, dernier né des départements de Dakar où des inondations de grande ampleur avaient été notées l’année dernière, l’Agence de développement municipal (ADM) ‘’est en train de faire un excellent travail’’. 

‘’L’Etat s’est engagé et les travaux se poursuivent. Avec ce qu’ils mettent en œuvre, nous sommes rassurés’’, indique Pèdre Sy, soulignant que même si l’hivernage s’est installé, il existe des mesures conservatoires.

Le directeur de l’exploitation et du contrôle à l’ONAS invite à ce sujet les usagers ‘’à être jaloux de leur environnement pour bien préserver ces ouvrages’’ afin qu’ils ne soient pas impactés, en vue d’un meilleur cadre de vie.

‘’Nous faisons une gestion intégrée car au niveau de la banlieue’’ dakaroise, ‘’tous les ouvrages qui y sont réalisés sont gérés par les populations aux alentours pour les impliquer et les sensibiliser’’, a fait observer Pèdre Sy.

Depuis que cela a été initié, ‘’nous nous avons des résultats satisfaisants’, d’où son appel pour que le ramassage des ordures ménagères et l’ensablement puissent se faire en relation avec les collectivités locales. ‘’Cela va participer à une bonne évacuation des eaux de pluies’’.

Il y a que les investissements ainsi consentis ‘’sont excessivement chers pour l’ONAS’’, compte tenu des casses et de la vétusté du réseau.

‘’Le déficit de financement est réel à l’ONAS. La redevance assainissement représente 90% des ressources de financement de la structure créée en 1996. Elle est prélevée sur la consommation d’eau des usagers qui utilisent les services d’assainissement. Cependant, cette redevance reste insuffisante pour financer le secteur’’, fait-il valoir.
 
Il révèle que seulement 6, 240 milliards de francs CFA de redevance ont été encaissés en 2020, ce qui ’’ne couvre que 51% de charges de l’ONAS en termes d’investissements pour l’assainissement’’.
 

SBS/BK/ADL/OID