Justice constitutionnelle et droits fondamentaux : nécessité et une difficulté (juriste)
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SENEGAL-DROIT

Justice constitutionnelle et droits fondamentaux : nécessité et une difficulté (juriste)

Dakar, 8 fév (APS) – Le Pr Babacar Kanté, doyen honoraire de la Faculté des sciences juridiques et politiques (FSJP) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), a relevé mercredi la nécessité de la justice constitutionnelle et des droits fondamentaux, et la difficulté à les mettre en œuvre.
 
"Deux mots me viennent à l’esprit quand je pense à la justice constitutionnelle et la protection des droits fondamentaux en Afrique : nécessité et difficulté", a déclaré le Pr Kanté.
 
Le Professeur Boubacar Kanté prononçait la leçon inaugurale de l’Institut des droits de l’homme et de la paix (IDHP) de l’Université Cheikh Anta Diop sur le thème : "Justice constitutionnelle et protection des droits fondamentaux en Afrique".
 
Une leçon inaugurale qui, selon le directeur des études de l’IDHP, s’inscrit dans une tradition universitaire consistant lors du démarrage des cours, à se pencher sur un sujet d’actualité, introduit
par "un éminent" spécialiste.
 
L’occasion a été saisie par le Professeur Kanté pour exprimer tout son intérêt à développer un tel sujet pour avoir été à la fois professeur de droit et juge constitutionnel pendant six ans.
 
Revenant sur la nécessité de la justice constitutionnelle en rapport avec les droits fondamentaux, il a estimé que "la protection des droits fondamentaux par des juridictions constitutionnelles est
inhérente à la vocation, à la mission et à la fonction des juridictions constitutionnelles".
 
"Dans les pays de démocratie avancée, la protection des droits fondamentaux est le cœur de métier du juge constitutionnel. C’est sa raison d’être", a-t-il rappelé.
 
S’agissant des difficultés liées à la mise en œuvre d’une telle mission, il les a expliquées par l’existence d’un "environnement qui s’impose au juge constitutionnel qui ne travaille pas dans les mêmes conditions que son homologue français".
 
Il a à ce titre relevé que "les juridictions institutionnelles institutionnalisées depuis 1992 en Afrique, évoluent dans un environnement qui n’est pas propice à la protection de ces droits fondamentaux, consubstantiels à la promotion de la démocratie".
 
"C’est un continent qui est infecté par le virus du VIH, qui a un impact socio-économique qu’on ne maîtrise pas toujours, mais également un continent où sur les 55 Etats, 34 sont dans une situation de crise de conflit ou de guerre", a-t-il expliqué.
 
Il n’en estime pas moins que la justice constitutionnelle , à travers le contrôle de la constitutionnalité des lois, a considérablement contribué à la protection des droits fondamentaux en Afrique à travers la sécurité juridique et la limitation des pouvoirs discrétionnaires de l’exécutif.
 
Il a regretté toutefois l’insuffisance des recours liée à l’accès limité au juge constitutionnel, mais également à la prédominance des contentieux électoraux portés à sa connaissance, au détriment des questions liées à la liberté, au travail ou encore à la famille. 

MK/ASG/ASB