Djeynaba Guèye, vendeuse de journaux, rêve de devenir chef d’entreprise
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Djeynaba Guèye, vendeuse de journaux, rêve de devenir chef d’entreprise

Dakar, 7 mars (APS) - Djeynaba Guèye, mère-célibataire, entretient son quotidien de vendeuse de journaux avec des rêves de chef d’entreprise nourris par l’ambition d’ouvrir un jour son propre restaurant.
 
Sa situation n’en est pas moins emblématique du parcours de ces femmes à l’assaut des dernières citadelles encore tenues par les hommes, dans le monde du travail en évolution constante et pressé de consacrer l’égalité réelle de genre d’ici à 2030, thème de l’édition 2017 de la Journée internationale de la femme.
 
"Une femme ne doit jamais baisser les bras quoi qu’il arrive, et nous en avons la preuve au Sénégal, où les femmes sont braves. Tous les jours, c’est avec ces mêmes femmes que je partage le même bus qui nous emmène au centre-ville pour travailler. Ce sont pour la plupart des femmes mariées, à plus forte raison moi qui ne le suis pas", explique Djeynaba Guèye, âgée d’une quarantaine d’années.
 
Il faut avoir l’œil fin pour deviner la présence d’une femme derrière la silhouette postée tous les jours au carrefour de l’ancienne place OMVS de Dakar pour écouler ses journaux, dès 6 heures du matin, sur l’avenue Cheikh-Anta-Diop, à l’entame de la Voie de dégagement nord (VDN).
 
Sa casquette ne la quittant jamais, les conducteurs habitués de cette voie manquent rarement cette femme présente au même poste depuis maintenant 15 ans. Certains ne manquent pas de lui faire un signe de la main pour l’encourager, d’autres se font un devoir de s’approvisionner en journaux chez elle.
 
"Cela fait un moment que je n’ai pas acheté de journaux auprès de toi. Ça alors, je me souviens que depuis que j’étais à l’université, au début des années 2000, je t’ai toujours vue ici", dit un homme passant sur une moto, s’adressant à Djeynaba Guèye.
 
De fait, si elle force le respect, on prendrait si facilement pour une adolescente celle qui est devenue vendeuse de journaux par le plus pur des hasards, à savoir la proposition faite par un ami exerçant le même métier. 
 
"Je n’étais pas la seule, on était plusieurs jeunes femmes à vendre des journaux" pendant cette période, "mais au fur et à mesure, elles ont toutes abandonné et moi je suis restée", explique Djeynaba, native de Dakar, à la rue Moussé-Diop (ex-Blanchot), et mère d’un garçon aujourd’hui âgé de 28 ans.
 
La vente des journaux marchait alors plutôt bien et la jeune femme avait besoin de quoi se prendre en charge. "En plus, je connaissais bien cette zone, puisque j’ai habité au Point E quand jetais plus jeune."
 
"J’avoue que moi aussi j’ai plusieurs fois tenté de tout laisser tomber, car cela n’a pas toujours été facile", confie-t-elle, le regard vague.
 
"Le plus difficile dans ce métier, c’est le fait de se réveiller tous les jours à 3 heures du matin et de rester debout jusqu’à 13 heures (…), mais si je suis encore là à faire ce boulot, c’est grâce à mes fidèles clients qui me dissuadent à chaque fois d’abandonner et me demandent de persévérer", argumente-t-elle, le sourire revenu sur ses lèvres.
 
Djeynaba dit subvenir à ses besoins grâce aux abonnements mensuels de certaines ambassades et agences de voyage. 
 
"Il y a également des personnes généreuses, des personnes influentes, et même des membres du gouvernement, qui me donnent de fortes sommes d’argent lorsqu’elles me retrouvent à mon lieu de travail", confie-t-elle, tout en précisant n’avoir "jamais tendu la main à personne", en dépit de ses nombreuses amitiés.
 
"Je pense que si je suis encore là, c’est parce que je ne demande rien à personne et je me contente de ce que je gagne", assène Djeynaba, plusieurs fois agressée en sortant de chez elle tôt le matin, pour aller travailler.
 
Elle a davantage persévéré après cette mésaventure, convaincue que le choix d’un métier ne doit pas dépendre du fait que l’on soit homme ou femme.
 
"Je crois en moi et j’ai été éduquée de manière à ne pas dépendre des autres, et c’est le conseil que je donne à toutes les femmes, qu’elles soient mariées ou pas. La seule façon que l’on a de se faire respecter, c’est de croire en soi et avoir la conviction que l’on peut aspirer à tous les métiers tant que notre dignité est préservée", professe-t-elle.
 
Djeynaba Guèye envisage d’arrêter la vente de journaux tôt ou tard, pour s’engager dans l’entrepreneuriat, la restauration précisément.
 
La cuisine est au fond sa seule et éternelle passion. Passionnée par les arts culinaires, elle s’est inscrite dans un centre de formation polyvalent à Castors, à Dakar, alors qu’elle n’avait que 10 ans seulement, dans l’espoir de se spécialiser en gastronomie.
 
Quatre ans plus tard, à la naissance de son fils, Djeynaba est contrainte d’arrêter cette formation. Elle a dû ensuite quitter le Point E, un quartier de la moyenne bourgeoisie dakaroise où elle vivait avec sa tante, pour rejoindre ses parents et sa famille à Thiaroye, dans la banlieue de Dakar, en 2001.
 
Elle assure recevoir "beaucoup de propositions" de personnes qui veulent lui venir en aide et l’aider à s’en sortir d’une manière ou d’une autre.
 
"On m’a demandé d’écrire des courriers à des fondations basées ici à Dakar, ce que j’ai fait, mais je n’ai jamais eu des réponses. Et j’avoue que je préfère ne même pas y penser", signale-t-elle.
 
Plus que tout, Djeynaba préfère réfléchir et se concentrer sur la manière de lancer un complexe spécialisé dans la restauration, le rêve de sa vie.
 
"Je suis un cordon-bleu et je vous assure que ce n’est pas moi qui le dis, mais tout mon entourage", jure-t-elle.


MF/BK/ESF