Dakhla, ’’eldorado’’ et point de passage pour l’Europe
APS
AFRIQUE-SENEGAL-MAROC-MIGRATIONS

Dakhla, ’’eldorado’’ et point de passage pour l’Europe

De l’envoyée spéciale de l’APS : Adama Diouf Ly

Dakhla (Maroc), 11 mars (APS) –Dakhla-Oued Eddahab, une région située au sud du Maroc, est devenue, en même temps qu’un un nouveau point de passage de migrants pour l’Europe, une zone d’opportunités notamment pour les Sénégalais, en raison de son essor économique.

Située au sud du Maroc, la région de, est à la fois le nouveau point de passage des migrants vers l’Europe notamment les Iles Canaries distantes de 500 kms, et zone qui offre ‘’pleines d’opportunités de travail’’.

’’C’est une plateforme de passage avec des immigrants qui deviennent émigrants et repartent vers le Nord en Espagne notamment aux îles Canaries de l’autre côté de la côte’’, a expliqué le Wali (gouverneur) de Dakhla-Oued EddahabSidi Lamine Benomar.

Il recevait un groupe de femmes journalistes en visite dans la ville de Dakhla, chef –lieu de région, en marge de la 3éme édition du Forum des ‘’Panafricaines’’ tenue à Casablanca les 6 et 7 mars.

Selon lui, ’’le but de beaucoup de Sénégalais, comme d’autres Africains de l’Ouest qui sont ici c’est d’aller en Espagne’’.

Pour le Wali, ’’ces candidats à l’emigration clandestine ignorent les dangers de la mer parce que souvent ils ne savent pas que même s’il y a 500 kms, il faut naviguer 15 jours et c’est très dangereux’’.
 
’’Les problèmes de migrations nous coûtent très chers’’

’’Beaucoup sont secourus mais il y a des morts’’, a dit le gouverneur aux journalistes venus de différents pays du continent.

’’Les problèmes de migrations nous coûtent très chers pour appréhender les candidats à l’émigration vers l’Espagne, les loger plusieurs jours, attendre que leurs consulats réagissent avant de leur payer le billet retour’’, a confié Sidi Lamine Benomar.

Au nombre de 800, la communauté sénégalaise est la plus importante à Dakhla Oued Eddahab suivie des Ivoiriens et des Guinéens, selon le Wali.

Ces immigrés s’activent dans les métiers de la pêche, de la maçonnerie, du tourisme et de l’agriculture, principales activités de la région.

Cette communauté qui n’est pas encore organisée en association formelle se retrouve les jours de fête à la résidence ’’Keur Khadimou Rassoul’’, non loin de l’aéroport.

’’Jusqu’à présent, il n’y a jamais eu de problèmes majeurs avec les Sénégalais qui sont très bien intégrés en dehors des candidats à l’émigration’’, a souligné le Gouverneur.

’’On ne refuse jamais une carte de séjour aux femmes et aux enfants mais pour les hommes c’est normal de faire une enquête parce qu’on ne peut pas prendre n’importe qui. Mais en général, ils obtiennent facilement le document’’, confie le Wali.

Ces propos sont confirmés par un jeune sénégalais qui travaille comme réceptionniste dans un hôtel situé à 27 kms de la ville, en plein désert.

’’Lors des contrôles, les autres Africains se présentent comme des Sénégalais mais les policiers nous reconnaissent facilement’’, sourrit-il.
A plus de deux heures de vol de Casablanca

Si la plupart des Africains qui viennent à Dakhla ont une carte de séjour et du travail, ils ont comme projet ultime de partir en l’Espagne. ’’Il font des économie pour payer la traversée au bout de quelques mois’’, raconte Karim Gueye.

Porte du continent africain, Dakhla-Oued Ed Edhab, à plus de deux heures de vol de Casablanca, est l’une des régions les plus en vue du Royaume avec plusieurs atouts qui font d’elle une destination très prisée par les investisseurs.

Ici, le tourisme est très développé avec surtout le sport nautique, ce qui favorise l’installation de beaucoup de réceptifs hôteliers et de restaurants à Dakhla là où se rencontrent le désert et la mer.

De plus en plus nombreux dans la région, les passeurs à la quête de candidats, sillonnent la région pour ’’appâter les migrants installés depuis un certain temps ou de nouveaux venus qui cherchent une opportunité pour regagner l’autre rive’’, selon Karim.

’’Ils déboursent jusqu’à 20 000 Dirhams (1,3 million de francs Cfa) pour rejoindre l’Espagne alors qu’avec cet argent ils pouvaient investir au pays ou ici. Il y a des opportunités parce que c’est une nouvelle ville qui se développe et qui a besoin de main d’œuvre’’, souligne le ressortissant sénégalais.

Diplômé en robotique-mécanique dans le domaine de l’aéronautique dans un institut à Casablanca, Karim Guèye ne pense pas ’’prendre des risques’’. Il est juste venu au Sud du Maroc pour chercher du travail en attendant de trouver une préinscription et continuer ses études aux Etats-Unis.

Selon le jeune sénégalais, ’’il est de plus en plus difficile pour les migrants de trouver du travail à Casablanca’’.

’’La rémunération est bonne ici puisqu’on a les mêmes avantages que les marocains avec des CDI et on peut même faire un prêt à la banque et acquérir un terrain’’, ajoute –il, relevant qu’il utilise juste un quart de son salaire pour son logement et sa subsistance.

’’Il y a du travail. Les sénégalais sont très bien appréciés et n’ont aucun problème pour avoir la carte de séjour mais il n’ y a pas la fête et la belle vie comme à Casablanca. Ici c’est le désert encore’’, fait-il remarquer.

Pour son compatriote, Lamine Niang, avec lequel il partage le même lieu de travail, le plus souvent, les candidats à l’immigration travaille dans la construction et économisent pour ensuite ’’chercher à traverser la méditerranée’’.

Ayant fait ses études à Agadir dans le domaine du tourisme et de l’hôtellerie, Lamine ne pense pas ’’une seule seconde prendre une embarcation de fortune pour risquer sa vie’’.
 
’’Un plan pour rejoindre l’Espagne’’

’’Je suis là pour avoir de l’expérience dans le domaine du tourisme qui est très développé ici avant de rentrer au pays. Ce sera plus facile avec mon expérience de trouver du travail’’, confesse le jeune Niang qui a passé 3ans à Agadir et une année à Dakhla.

Sac au dos, les écouteurs aux oreilles, Mactar, un autre sénégalais rencontré au marché de Dakhla tout près de la plage, vend des lunettes, des montres, des pochettes et des djellabas.

Avec un ’’ami’’, ils ont ’’un plan pour rejoindre l’Espagne dans quelques mois’’, dit-il, le sourire aux lèvres, sans plus de détail.

Pointant l’index à l’horizon de l’autre côté de la plage, il confie être ‘’si près du but’’. Quid des dangers ? Il relève sa tête baissée et répond : ’’même si c’est pas trop dur à Dakhla, c’est mieux de l‘autre côté’’.

Dans la communauté sénégalaise, beaucoup d’immigrés exercent la maçonnerie, d’autres dans le secteur de la pêche, dans les usines de conserve, dans le commerce, la restauration ou l’hôtellerie.

La ville de Dakhla est devenue au fil des ans, depuis sa récupération des mains de l’Espagne en 1979 ’’une terre de rencontres africaines et occupe une place de choix en tant que trait d’union entre le Maroc et sa profondeur africaine’’, a expliqué le 6éme adjoint du Conseil régional de la ville, Ghalla Bahiya.

Elle a invité les Africains à croire en leur continent et à contribuer à son développement partout où ils peuvent le faire sans risquer leur vie pour rejoindre l’Europe dans des embarcations de fortune.

’’Notre orientation africaine profonde procède de notre foi profonde dans la capacité de l’Afrique à relever les défis qu’elle affronte et illustre aussi notre souci de contribuer aux côtés de nos frères à l’essor du continent’’, a dit la conseillère, citant les propos du Roi Mohamed VI à l’occasion de la 40éme anniversaire de la Marche verte vers Laayoune, une autre province du Sud.

Pour les autorités locales qui encouragent l’établissement des communautés étrangères ouest africaines notamment, le Sahara qui constituait une coupure entre ces deux entités du continent dévient aujourd’hui un moyen de renforcement des relations entre le Maroc et le reste de l’Afrique.



 

ADL/OID/AKS