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"Benn Line", maître sénégalais d’un design innovant et patriotique

Dakar, 2 mars (APS) - L’artiste-designer-concepteur sénégalais Babacar Sylla "Benn Line", sur le point de lancer sa propre marque, a annoncé à l’APS avoir décidé de verser au patrimoine national sa collection de "plus de 100" prototypes de sacs, chaussures et vêtements de sport, en vue de faciliter la sécurisation de ses techniques de fabrication innovantes et souvent appliquées à des matériaux originaux.
 
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L’artiste mise d’une certaine façon sur l’avènement d’une industrie du cuir – une partie de sa collection consiste en des tableaux faits à base de cuir et de raphia -, une perspective à laquelle il espère contribuer et qui justifie son ambition de passer son savoir-faire aux plus jeunes adeptes du design.
 
"Benn Line" envisage pour cela de s’offrir à terme une galerie d’art pour l’exposition et la conservation de ses œuvres. Il assure de même être prêt à céder une partie de ses droits sur sa collection, pour donner le bon exemple et sensibiliser les plus hautes autorités sur la nécessité d’un soutien encore plus affirmé au secteur.
 
Son parcours en est véritablement emblématique. Le monde de l’art et de la culture, au Sénégal, comme dans bien d’autres pays certainement, ne bénéfice pas toujours de tout le soutien escompté par un secteur qui a contribué ailleurs à la prospérité et à la renommée, toutes les fois que des pratiques artistiques se sont modulées en industries créatives et culturelles.
 
Babacar Sylla a eu l’heur de s’inspirer de sa connaissance de l’environnement du sport et de ses exigences marketing toujours plus grandissantes, lui qui a pratiqué dans une autre vie le basketball (catégorie junior).
 
Il en a tiré grand profit et des intuitions déterminantes, inspirées par le souvenir de ses jeunes années pendant lesquelles le dessin était l’une de ses passions. Il était à cette époque adepte de l’art graphique à partir de logiciels.
 
"Benn Line" a alors retrouvé dans l’art la voie de sa réalisation et a renoué avec ses capacités premières pour le dessin, qui l’a conduit au design et à la conception, une trajectoire qu’il doit à son talent propre.
 
Ses retrouvailles avec le génie de la création ont naturellement été aussi intenses que ses déceptions ont été profondes, relativement à une carrière contrariée dans le basketball, puisqu’il n’a pu s’expatrier en raison de problèmes administratifs divers.
 
Il peut s’en féliciter, si l’on tient par exemple compte du parcours et de la notoriété de ce formateur d’art et de design à la "Senegalese American Bilingual School" depuis 2013.
 
De l’édition 2011 – la deuxième – du Salon international du tourisme, des industries culturelles et de l’artisanat (TICAA) à l’Exposition internationale de Milan (Italie) en 2015, "Benn Line" a été de tous les festivals ou presque, dans lesquels il a accompagné différentes institutions sénégalaises, dont le ministère du Tourisme et la mairie de Dakar.

Il a aussi participé à plusieurs éditions de la Foire internationale de Dakar, contexte dans lequel il a été remarqué par les autorités éthiopiennes qui ont décidé de l’engager pour des sessions de formation en design dans l’optique de l’avènement d’une industrie éthiopienne du cuir, laquelle profiterait de la présence économique chinoise dans la Corne de l’Afrique.


"Benn Line", en quelque 10 ans de pratique, peut se targuer de détenir une collection de "plus de 100 prototypes", des chaussures et vêtements de sport, en particulier des modèles réalisés avec des matériaux originaux comme des coques d’arachide.


L’artiste, dont le savoir-faire a été éprouvé par des techniques innovantes, s’apprête donc à lancer très prochainement sa propre marque dénommée "Benn", avec l’ambition toute particulière d’imposer "BFirst", sa ligne de chaussures de sport.


Cette nouvelle étape de sa carrière l’a amené à décider de rompre avec les expositions pour se tourner résolument vers la promotion de sa marque, qu’il destine à des ambitions, dont l’une est d’apporter des solutions aux problèmes de marketing et de financement du sport sénégalais.


"Ça ne bouge pas, la nouvelle génération a de sérieux problèmes" pour s’en sortir, dit l’artiste qui nourrit de faire en sorte que son art devienne "une identité sénégalaise’’.


D’une certaine manière, en décidant de se retirer partiellement de l’enfièvrement quotidien de la création, l’artiste-designer-concepteur espère mettre en exergue son parcours emblématique, assure-t-il, des difficultés des jeunes Sénégalais opérant dans ce milieu.


Aussi paradoxal que cela peut paraître, il table en perspective sur le fait que cette décision sensibiliserait les pouvoirs publics et créerait un déclic définitif pour la formation des plus jeunes, un soutien plus appuyé au secteur de la culture et de l’artisanat, pour une véritable politique industrielle qui conformerait la culture à ses ambitions de vecteur transversal de développement.


BK/ASG/ESF