Aziz Kébé, cancérologue : ‘’Les fumeurs tuent plus que le paludisme’’
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SENEGAL-SOCIETE

Aziz Kébé, cancérologue : ‘’Les fumeurs tuent plus que le paludisme’’


Dakar, 31 mai (APS) - La lutte contre le tabagisme vise la réduction des risques de maladies cancéreuses, de décès et d’handicaps dus au tabac, sans oublier que 800 000 personnes exposées au tabagisme passif meurent chaque année dans le monde, souligne le cancérologue sénégalais, Abdoul Aziz Kassé.


‘’Le paludisme, c’est 435 000 morts par année, alors que les fumeurs tuent autour d’eux près de 800 000 personnes par an’’, a-t-il soutenu dans un entretien avec l’APS, dans le cadre de la célébration, lundi, de la Journée mondiale de lutte contre le tabac.

La meilleure manière de lutter contre le tabac c’est ‘’vraiment d’amener les fumeurs à arrêter parce qu’ils s’infligent des maladies, mais provoquent aussi, par le tabagisme passif, des décès et des handicaps autour d’eux puisque l’inhalation de la fumée qu’ils dégagent par leur entourage, leur familles tous les jours, est également tout aussi nocive.’’


‘’Il aurait fallu que les fumeurs arrêtent’’, pour arriver à une baisse des décès dans les rangs des usagers du tabac et sensiblement dans leur entourage immédiat, a indiqué le professeur Abdoul Aziz Kassé.


Interrogé sur le sens du thème de la Journée mondiale de lutte contre le tabac, dont l’édition 2021 porte sur le thème ‘’S’engager à arrêter de fumer’’, le cancérologue a relevé que les maladies, handicaps et décès liés au tabagisme relativement à l’environnement familial et communautaires peuvent être impactés par l’apport et la valeur de ce thème.


‘’En réalité, arrêter de fumer n’a pas seulement d’effets sur les fumeurs mais également sur tout l’entourage du fumeur aussi bien en milieu familial qu’en milieu professionnel’’, a-t-il dit.


De même, en arrêtant de fumer, ‘’on réduit l’impact du modèle qu’on donne aux jeunes’’, fait observer le professeur Abdoul Aziz Kassé, une des figures majeures de la lutte contre le tabac au Sénégal.


‘’Si on continue à fumer, qu’on le veuille ou non, on donne à ses enfants, à ses neveux, aux jeunes de son proche entourage un modèle à imiter, une image à reproduire’’, dit-il.


Au niveau communautaire également, a poursuivi le professeur Kassé, les jeunes peuvent être amenés à s’identifier à des modèles à travers des personnalités publiques.


‘’Arrêter de fumer’’, c’est également réduire les dépenses de santé parce que même si l’Etat du Sénégal gagne 26 milliards en droits et taxes diverses sur le tabac, il dépense par contre ‘’plus de 100 milliards dans la prise en charge des maladies liées au tabac. Cela montre en réalité que l’Etat perd plus qu’il ne gagne avec l’industrie du tabac’’, constate le cancérologue.


En fin de compte, ‘’quel que soit l’angle où on regarde l’arrêt du tabagisme, l’impact est réel aussi bien sur les individus mais également sur la communauté’’, note Abdoul Aziz Kassé, fondateur de la Ligue sénégalaise contre le tabac (LISTAB) dont il est désormais le président d’honneur après en avoir été le premier responsable pendant de nombreuses années.


Il reconnait toutefois que ‘’pour arrêter de fumer, c’est difficile puisqu’il n’y a que 21% de fumeurs qui ont essayé et qui arrivent à le faire au bout d’un an, les 79 % reprennent le tabac.’’


Aussi est-il, selon lui, essentiel que les professionnels de santé soient formés pour aider les gens à arrêter de fumer.


Des points parmi d’autres que le thème de la Journée mondiale de lutte contre le tabac, édition 2021, peut aider à correctement prendre en charge, à en croire le cancérologue.


‘’Ce sont des changements de politiques et de comportements qui peuvent encourager les gens à arrêter de fumer, c’est aussi des modèles d’aide à l’arrêt du tabagisme que peuvent développer les organisations de la société civile et les acteurs de santé publique, a-t-il fait valoir.


Pour amener les fumeurs à vraiment arrêter le tabac, ‘’il faut essayer de pousser chacun à un engagement personnel avec une implication de l’Etat pour une gouvernance sanitaire tenant en compte le bien être de chaque individu’’, a-t-il préconisé.
 


ADL/BK/AKS