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SENEGAL-SOCIETE-REPORTAGE

La parade des "horlogers" à la raréfaction des clients

Dakar, 21 fèv (APS) – Qu’il est bien loin l’époque où les "horlogers" étaient quasi-visibles à chaque coin de rue. Difficile aujourd’hui d’en trouver. Si par chance on en rencontre, les échanges virent à des complaintes et à des évocations nostalgiques d’un temps où le métier nourrissait encore son homme.
 
"Il m’arrivait à un passé pas très lointain de réparer en une seule journée une vingtaine de montres. C’est le temps où le téléphone portable et le numérique n’avaient pas encore une grande place dans la société", confie ainsi à un reporter de l’APS, Abass Seck, un réparateur de montre trouvé à son atelier érigé dans l’enceinte de la gare routière Lat Dior de Dakar.
 
Dans le métier depuis 27 ans, Abass se souvient encore du temps où les propriétaires des montres au poignet, des pendules et autres, sollicitaient ses services.
 
"Le portable et le numérique n’avaient pas encore une telle place dans la société. La montre était incontournable à bien des égards. A l’époque, le simple fait de changer une batterie pouvait rapporter au moins 1000 francs", se souvient le vieux Seck, un brin nostalgique.
 
"Tout cela appartient au passé. Maintenant, c’est à peine si on rencontre des clients. Les gens nous prennent d’ailleurs pour des misérables. Certaines personnes n’hésitent même pas à nous rétribuer à hauteur par exemple de 100 francs en contrepartie de nos services", déplore Abass.
 
Il soutient qu’il est difficile de trouver un local pour exercer cette activité, de même que les éléments entrant dans la réparation.
 
"Le plus délicat, c’est lorsque le mécanisme présente une défaillance. Je peux circuler dans tout Dakar pour trouver un moteur identique en vain. Je ne m’engage désormais que lorsque le client me paie assez d’argent. Je pourrais alors passer une journée entière à le lui trouver afin que sa montre se remette à marcher", explique-t-il.
 
Une illustration des astuces et autres parades des horlogers face à la diminution de leurs activités.
 
"Ma plus grande passion, ce sont franchement les montres de grande qualité. Leur réparation rapporte encore un peu, à l’image des montres murales très présentes désormais dans les foyers et autres édifices culturel et religieux", fait savoir Seck.
 
"Si un client me propose une montre à affichage, je lui suggère de payer une autre. Ce sont des appareils de moindre qualité qui résistent mal à l’humidité. D’ailleurs, j’essaie de plus en plus de m’adapter à la situation", affirme l’homme âgé d’une soixantaine d’années.
 
Il se définit désormais comme un "homme aux douze métiers" car ajoutant à ses activités, la réparation de téléphone portable, la plomberie à ses heures perdues, disant que l’horlogerie, sa passion première, ne lui permet plus de vivre décemment. Seck n’hésite d’ailleurs pas à s’adonner à la vente de lampes solaires, de lampes de poche et de postes radio.
 
"Beaucoup d’artisans délaissent ce métier devenu trop fatiguant. On peut passer une journée entière à remettre en place des éléments d’un mécanisme sans en retour gagner une certaine somme d’argent", témoigne Cheikh Mbacké, un autre réparateur trouvé au marché Sandaga de Dakar.
 
Dans ce contexte, Mbacké, exerçant le métier depuis 24 ans, jette son dévolu désormais sur les montres de luxe. "Les mécanismes de ces montres coûtent cher en Europe. Je suis davantage motivé à les réparer", ajoute-il en étant assis devant une table sur laquelle trônent des objets et autres outils devenus aujourd’hui des reliques.
 
"Les montres chinoises, et les gadgets ne favorisent pas le travail car leurs moteurs n’ont même pas de vice. Leur réparation ne rapporte pas grand-chose à part une charge de travail supplémentaire", se plaint Cheikh Mbacké.
 
A l’image de beaucoup de réparateurs de montre, l’homme trouve son compte désormais dans la réparation de téléphone portable non sans considérer que cet outil moderne de communication est en partie à l’origine d’une disparition programmée de son métier.
 
Sans doute résigné, l’artisan déclare : "avec les téléphones portables, on n’a plus besoin d’avoir une montre de poche pour regarder l’heure ou pour régler le réveil".

YS/AKS/ASB