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"Appel à la paix dans les foyers’’ du SG de l’ONU

Dakar, 28 juin (APS) - Le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies Antonio Guterres, jugeant que "l’épidémie de violence" dont la gent féminine était déjà victime s’est aggravée avec la maladie à coronavirus, a lancé "un appel à la paix dans les foyers", pour que le monde puisse "faire face à la pandémie, l’ennemi commun de l’humanité, dans la solidarité et l’unité".

"Violence domestique, exploitation sexuelle, traite, mariages d’enfants, mutilations génitales féminines ou harcèlement en ligne : la misogynie violente a prospéré à l’ombre de la pandémie", constate le patron de l’ONU dans une tribune rendue publique en perspective du "Forum Généralité Égalité", qui se tient cette semaine à Paris (France). 
 
Les dirigeantes et dirigeants du monde entier et d’autres personnes devant participer à cette rencontre, en ligne, sont appelés à s’engager en faveur d’une "campagne massive en faveur de l’égalité des genres". 
 
Il compte demander, lors de ce Forum, aux États, entreprises et particuliers "de rejoindre une initiative mondiale à l’efficacité avérée, pour mettre fin à la peur et à l’insécurité qui menacent la santé, les droits, la dignité et les vies de tant de femmes et de filles".

Antonio Guterres note qu’une "pandémie parallèle et tout aussi horrible s’est attaquée à la moitié de la population mondiale", confirmant les prédictions de l’ONU lors des premiers mois de la pandémie. 
 
Selon ce "sombre pronostic", "à cause des quarantaines et des confinements, on devait craindre 15 millions de cas supplémentaires de violence de genre tous les trois mois". 
 
"Il faudra du temps pour recueillir et évaluer des données complètes, mais les tendances sont claires. Dans 12 pays suivis par l’ONU, le nombre de cas de violence contre les femmes et les filles signalés aux institutions compétentes a augmenté de 83 % entre 2019 et 2020, et le nombre de cas signalés à la police a augmenté de 64 %", détaille le SG de l’ONU.
 
"Les statistiques et les tendances vont toutes dans le même sens, dans le monde entier, révélant une aggravation de l’épidémie de violence qui s’abattait déjà sur les femmes et les filles, puisqu’avant le début de la pandémie, l’Organisation mondiale de la Santé estimait qu’une femme sur trois subirait des violences masculines au cours de sa vie", ajoute M. Guterres.
 
 "Il y a un peu plus d’un an, j’ai tiré la sonnette d’alarme. En écho à mon appel à un cessez-le-feu mondial, j’ai lancé un appel à la paix dans les foyers – un appel à la fin des violences partout, depuis les zones de guerre jusque chez les gens – pour nous permettre de faire face à la pandémie, l’ennemi commun de l’humanité, dans la solidarité et l’unité", écrit-il.
 
"Plus de 140 pays ont soutenu cette initiative. Quelque 800 mesures ont été adoptées dans 149 pays, la plupart d’entre elles concernant les centres d’accueil, l’offre d’une assistance juridique et d’autres services et aides", note-t-il, ajoutant cependant que "dans de nombreux cas, ces actions ont été limitées et de courte durée".        

          ’’Il est possible de faire bouger les lignes’’

 
"Pire encore, dénonce-t-il, d’autres pays reviennent en arrière, en annulant les protections juridiques et en choisissant de ne rien faire tandis que la violence s’abat sur les femmes, y compris les défenseuses des droits humains qui élèvent la voix contre ces reculs".
 
Antonio Guterres estime "qu’il est possible de faire bouger les lignes", à l’image de l’initiative Spotlight, qui vise à éliminer la violence contre les femmes et les filles, laquelle "a donné des résultats concrets dans 25 pays" au cours de l’année 2020. 
 
L’ambition de cette initiative mondiale pluriannuelle est de contribuer à éliminer toutes les formes de violence à l’égard des femmes et des filles, sous l’égide de l’Union européenne (UE) et de l’Organisation des Nations unies.
 
Dans ce cadre, "84 lois et politiques visant à protéger les femmes et les filles ont été adoptées ou renforcées. Le nombre de poursuites engagées a augmenté de 22 %. Quelque 650 000 femmes et filles ont bénéficié de services malgré les confinements et les restrictions de mobilité", détaille le SG de l’ONU. 
 
S’y ajoute que selon lui près de "900 000 hommes et garçons – dont des chefs traditionnels, des responsables d’institutions religieuses, des chauffeurs de taxi et des jeunes passionnés de jeux vidéo – ont accepté de devenir des alliés de la cause et de chercher des solutions". 
 
Il y a aussi que "dans tous ces pays, les crédits budgétaires prévus pour prévenir les violences faites aux femmes et aux filles et y remédier ont augmenté de 32 %, ce qui est une indication claire de la durabilité des efforts consentis dans ce domaine".
 
"En nous réunissant, à Paris, autour d’un modèle qui a fait ses preuves, nous pouvons poser des jalons pour que la prochaine génération de filles n’ait pas à vivre dans la peur, simplement parce que nous n’aurions rien fait", insiste Antonio Guterres. 
 
"Avec le temps, on pourra tirer de nombreux enseignements de la pandémie et déterminer ce que le monde a su faire pour y remédier, ou ce qu’il n’a pas su faire. L’une des premières priorités doit être d’en finir immédiatement avec cette honteuse pandémie qui s’attaque en cachette à la moitié de notre population", conclut-il.

BK/ASG