Macky Sall, une décennie au plus haut niveau
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SENEGAL-PRESIDENTIELLE-PROFIL

Macky Sall, une décennie au plus haut niveau

Dakar, 28 fév (APS) - La réélection du président Macky Sall pour un second mandat de cinq ans à la tête du Sénégal, si elle est confirmée par le Conseil constitutionnel, conscacre une pleine décennie d’engagement politique au plus haut niveau de l’Etat.

Rien ne semblait pourtant acquis d’avance pour lui. Nombreux étaient en effet ceux qui tablaient sur un second tour de scrutin, synonyme de défaite certaine pour le président sortant.

Mais le candidat de la coalition "Benno Bokk Yaakaar" (BBY, majorité) a une nouvelle fois déjoué les pronostics en coiffant au poteau ses adversaires.

Affichant depuis le début de la campagne électorale sa certitude de remporter le scrutin dès le premier tour au point d’agacer ses opposants qui n’y voyaient qu’une justification d’un éventuel hold-up électoral, Macky Sall a donc pu convaincre de nombreux électeurs à voter pour lui, sur la base du bilan qu’il a présenté de son septennat.

Le président sortant, tout au long de sa campagne, s’est bien gardé de répondre à certaines des attaques les plus virulentes de ses adversaires. Il s’est souvent attelé à exalter les mérites du Plan Sénégal émergent, sa stratégie de développement dont la deuxième phase sera déroulée entre 2019 et 2023.


L’occasion d’une concrétisation de ses engagements
Si le Conseil constitutionnel confirme les résultats provisoires de la CNRV, l’actuel chef de l’Etat pourrait ainsi entamer un nouveau mandat, le second après son accession à la magistrature suprême, au soir du 25 mars 2012.

De fait, il devrait avoir l’occasion d’honorer ses nombreuses promesses envers les électeurs, en rapport notamment avec les attentes que suscite le Plan Sénégal émergent (PSE).
Le premier triomphe de Macky Sall en 2012 représentait d’abord et avant tout la consécration d’un des nombreux chefs de gouvernement du mentor Abdoulaye Wade.

Avec conviction, il a forcé les portes du destin, d’autant qu’il n’était pas spécialement le plus attendu à l’arrivée de la course à la succession du pape du Sopi.

Mais avec le recul, le président sortant a fortement relativisé cette lecture. "Lorsque j’accède à la primature (le 21 avril 2004), j’ai 42 ans, je n’ai pas la flamboyance de Seck (Idrissa, son prédécesseur), mais Wade m’a préparé à cette fonction en faisant de moi, auparavant, non seulement le ministre de l’Intérieur (août 2003- avril 2004), mais aussi le porte-parole du gouvernement".

"Le grand public me connaissait, je donnais l’image d’un homme discret, fidèle et efficace", ajoute le président sortant dans son autobiographie intitulée "Le Sénégal au cœur" (éditions Cherche Midi).

Ils étaient nombreux ceux qui ne misaient pas sur ses chances d’accéder à la magistrature suprême, mais l’ancien président de l’Assemblée nationale a eu le mérite de croire en son étoile, son flair ne l’ayant pas trahi au final, aidé en cela par les candidats battus réunis au sein de la coalition Benno Bokk Yakkar (« Unis pour le même espoir », en wolof).

Pourtant, en 2000, lorsqu’Abdoulaye Wade, l’éternel opposant à l’ancien président Abdou Diouf arrivait au pouvoir, il était encore loin de figurer sur la liste de ses potentiels successeurs.

Absent du premier gouvernement d’Abdoulaye Wade piloté par Moustapha Niasse, il est nommé directeur de la Société des pétroles du Sénégal (PETROSEN) de décembre 2000 à juillet 2001, après plusieurs années au poste de chef de la division Banque de données et conseiller spécial auprès du Président de la République, chargé de l’Énergie et des Mines.

 ASCENSION FULGURANTE

Très vite, il gravit les échelons, en devenant ministre d’Etat, ministre de l’Energie, des Mines et de l’Hydraulique (mai 2001 à novembre 2002), puis ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales (août 2003 à avril 2004). Il est dans le même temps nommé vice-président du comité directeur du Parti démocratique sénégalais (PDS).

En avril 2004, le président Abdoulaye Wade le nomme Premier ministre, un poste qu’il occupera entre avril 2004 et juin 2007. Son passage à la Primature marque le lancement de plusieurs grands chantiers dont les plus en vue sont l’autoroute à péage et l’aéroport de Diass.

Directeur de campagne du président sortant Abdoulaye Wade, il contribue à sa réélection à un second mandat en 2007, face notamment à Idrissa Seck et Ousmane Tanor Dieng.

 PÉRIODE DE DISGRÂCE

Mais à sa grande surprise et à celle des observateurs les plus avertis, il n’est pas reconduit à la tête du gouvernement.

Elu président de l’Assemblée nationale, il est sommé de démissionner par le président Abdoulaye Wade. Mais il refuse de s’exécuter. Son mandat, qui était de cinq ans, est alors réduit à un an, après qu’il a voulu faire auditionner Karim Wade, le fils de l’ancien président Abdoulaye Wade sur l’Agence de l’Organisation de la conférence islamique (ANOCI).

Son poste de numéro 2 du Parti démocratique sénégalais (PDS) lui est également retiré.

Accusé de blanchiment d’argent puis blanchi, il prend ses distances du PDS et crée sa propre formation politique, l’Alliance pour la République (APR), une manière de prendre date pour la présidentielle de 2012.


 DE AND-JËF AU PDS

Né le 11 décembre 1961 à Fatick, Macky Sall, qui a aussi grandi dans le Fouta, a côtoyé les maoïstes dès le lycée de Kaolack, puis à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar. Il y milite au sein d’And-Jëf. Mais très vite, des divergences se font jour entre lui et son leader Landing Savané qui prône le boycott de la présidentielle de 1983, tandis que lui préconise de sanctionner le Parti socialiste (PS).

Se disant désormais libéral dans l’âme – son vote est allé au Parti démocratique sénégalais en 1988 -, il rejoint le PDS après avoir décroché son diplôme d’ingénieur géologue. Il devient par la suite président des cadres du PDS.

A son élection à la magistrature suprême, il s’attelle très vite à mettre en œuvre son programme de développement dit "Yoonu Yokkuté en wolof" (La véritable voix du développement).

 FOISONNEMENT D’INITIATIVES

Dans le sillage de ce programme, il lance en 2014 le Plan Sénégal émergent (PSE) assorti de plusieurs initiatives : Couverture maladie universelle (CMU), bourses de sécurité familiale, Programme d’urgence de développement communautaire (PUDC), Pôle urbain de Diamniadio, Programme de modernisation des villes, entre autres.

Sans compter les chantiers engagés par le chef de l’Etat et qui visent l’atteinte de l’autosuffisance en riz.

Le Train express régional (TER), qui compte parmi ses projets les plus emblématiques, doit relier Dakar à la nouvelle ville de Diamnadio où, sous son impulsion, plusieurs infrastructures ont déjà vu le jour : Centre international Abdou Diouf (CICAD), gare des gros porteurs, marché d’intérêt national, sphères ministérielles, parc industriel...

Mais le chef de l’Etat est accusé par son opposition et ses pourfendeurs de gonfler la dette publique par un "recours systématique" aux emprunts pour financer ses projets, ce dont il se défend en faisant valoir que le Sénégal a encore un faible ratio dette/PIB et des fondements macroéconomiques solides. Il justifie l’utilité de ses projets et bat en brèche les critiques de ceux qui y voient des dépenses de prestige.

Il semble avoir pris l’option de compenser l’hostilité d’une partie de l’establishment politique par le contact avec le terrain, une aubaine pour lui qui se présente comme "un Sénégalais de synthèse, un Pulaar de culture sérère", pour être né et avoir grandi à Fatick, capitale de la région naturelle du Sine, fief de cette dernière ethnie.

Parlant wolof, sereer, pulaar, français et anglais, il parcourt l’intérieur du pays à travers notamment des "tournées économiques" et les conseils des ministres décentralisés.

Jusqu’aux derniers jours précédant la campagne électorale, il a multiplié les déplacements pour notamment le dragage du port de Kaolack, l’inauguration du TER, le lancement des travaux de réhabilitation de 10 aéroports régionaux, l’inauguration d’autoroutes.


 

ASG/BK/AKS