A Kaffrine, l’appel de la terre dans les contrées rurales plutôt que les meetings
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A Kaffrine, l’appel de la terre dans les contrées rurales plutôt que les meetings

Sagna (Malem Hodar), 18 juil (APS) - La campagne pour les législatives du 30 juillet prochain a du mal à s’accommoder de l’hivernage et de l’impératif des travaux champêtres à Sagna, une commune du département de Malem Hodar, dans la région de Kaffrine (centre), comme dans bien d’autres contrées similaires. 
 
Plusieurs pères de famille ont dit à l’APS avoir refusé d’autoriser leurs enfants à suivre les meetings ou caravanes organisés par des partis politiques ou coalitions.
 
"Chaque matin, dès les premiers lueurs de l’aube, mes enfants et moi prenons la direction des champs. Je vois parfois des gamins suivre des caravanes ou meetings, mais c’est anormal", a déclaré Maodo Sall, un paysan habitant la commune de Sagna.
 
Ces enfants "sont en vacances, donc, ils doivent aller au champ et aider leurs parents au lieu de continuer à suivre ces politiciens", a-t-il ajouté, estimant que les paysans qui "ne comptent que sur leurs champs pour vivre ne peuvent pas quitter leurs travaux pour suivre la campagne électorale". 
 
"Je préfère retenir mes enfants et cultiver avec eux la terre que de les laisser suivre les politiciens qui ne sont là que pour leurs propres intérêts’", a indiqué Maodo Sall.
 
Ibrahima, un des fils de Maodo Sall, valide d’une certaine manière les propos de son père. "Je ne connais rien de la campagne électorale. Je ne sais même pas ce qui se passe’’, dit-il. avant d’ajouter : "Mon père, amoureux des travaux champêtres, nous a totalement inculqués la vie paysanne". 
 
"Le jour du vote, on peut aller s’acquitter de notre devoir de citoyen, mais à condition que nos champs soient propres", a souligné le jeune Ibrahima.
 
Doudou Ndao, un père d’une famille aux revenus modestes qui a de plus en charge plusieurs personnes, accrédite lui les craintes exprimées par de nombreux observateurs au sujet de la coïncidence de la campagne électorale avec l’hivernage. 
 
Cette situation qui risque d’impacter négativement sur les activités des paysans, ont fait valoir ces observateurs, selon qui la date arrêtée pour ces consultations électorales n’est pour cela pas très indiquée.
 
"Du matin au soir, mes enfants et moi allons au champ avec plaisir. Je crois qu’il est mille fois plus profitable d’aller aux champs que de passer tout son temps à suivre les politiciens. Il est bon de faire la politique mais aller au champ c’est encore mieux", a commenté ce paysan habitant le département de Malem Hodar.
 
"Pour pouvoir bouillir la marmite pendant et après l’hivernage, il nous faut cultiver nos terres. Ce ne sont pas les hommes politiques qui viendraient à notre secours demain. Partir au champ vaut mille fois ces 2000 francs CFA octroyés par les hommes politiques lors des meetings ou autres manifestations politiques", relève M. Ndao.
 
Il assure que jamais il ne laisserait ses enfants "suivre les hommes politiques pendant cette période hivernale’’, au détriment des travaux champêtres.
 
A quelques encablures des champs de Doudou Ndao, un vieux paysan s’affairait autour de son périmètre agricole, accompagné de ses cinq enfants.
 
A la question de savoir pourquoi continue-t-il à s’adonner aux travaux champêtres à son âge, Mor Diop rétorque, sourire en coin, qu’il compte de cette manière continuer à encourager ses enfants et à leur faire aimer la terre.
 
"Je suis né paysan. Je ne connais que la terre. C’est la terre qui m’a tout donné mais pas la politique. Je dis toujours à mes enfants que pour s’enrichir, il faut cultiver la terre. Mes enfants et moi ne vivons même pas la campagne électorale. On y songe même pas", tranche ce vieux âgé de plus de 70 ans.
 
Mor Diop assure pourtant que le jour du scrutin, il va exhorter ses enfants à aller s’acquitter de leur devoir citoyen, non sans inviter les pouvoirs publics à davantage prendre en compte la saison des pluies dans l’établissement du calendrier électoral.
 
"Nous les paysans, nous n’avons que nos champs, et jamais on ne laissera nos champs pour le compte des élections ou de la politique politicienne", a fait valoir le vieux paysan.
 
Mouhameth Nguirane et ses enfants ont également leur périmètre agricole dans les mêmes environs, où ils se tiennent éloignés du brouhaha politique et des pesanteurs de la campagne électorale. 
 
Normal, le vieux paysan, trouvé entassé avec ses fils dans une charrette remplie de matériel agricole, a l’air d’avoir définitivement trouvé son bonheur dans le pré, tellement ils sont habitués à faire ensemble le même trajet, discutant et rigolant ensemble.
 
"Pas d’élection ou de campagne. Les champs et uniquement les champs. Rien de plus", déclare, sous la forme d’un mot d’ordre, le vieux Nguirane, peu disert, après avoir d’abord refusé de se prononcer sur la question. 
 
Son fils Waly, déclare certes soutenir et adhérer aux actions de certains responsables politiques locaux, mais il dit donner la priorité aux travaux champêtres, avant de penser battre campagne pour eux.
 
‘’Je ne déteste pas la politique. D’ailleurs, j’ai mon leader. Dés que je désherbe mes champs, j’assisterai à ses manifestations politiques. Mais les champs avant tout", dit-il.
 

MNF/BK/ASG