La loi sur le parrainage, objet de la grande discorde de 2018
APS
SENEGAL-POLITIQUE-BILAN

La loi sur le parrainage, objet de la grande discorde de 2018

Dakar, 30 déc (APS) - L’adoption de la loi sur le parrainage s’est imposée comme le fait politique majeur de l’année 2018, tellement la nouvelle disposition a structuré et aimanté le débat politique, contribuant d’autant à exacerber plus que de raison les adversités en perspective de la présidentielle 2019, considérée comme la mère de toutes les batailles.

A l’origine, le parrainage partait de la nécessité de rationaliser les candidatures à l’occasion des scrutins électoraux, au regard notamment des impairs constatés dans l’organisation des dernières législatives du 30 juillet 2017, lesquelles ont vu 47 coalitions ou partis briguer les suffrages des électeurs sénégalais.
 
Le déficit de dialogue aidant, l’opposition n’a vu dans cette réforme que des arrière-pensées électoralistes, qui voudraient qu’il y ait le moins de candidats possibles à la présidentielle de 2019, face à Macky Sall de manière à ce que le président sortant, candidat à un second mandat, ne soit mis en ballottage. Argument auquel le gouvernement répond en faisant valoir la nécessité de limiter le nombre de candidatures fantaisistes.
 
Un dialogue de sourds transformé en véritable bras-de-fer, place Soweto, siège de l’Assemblée nationale, au moment pour les députés de voter la nouvelle loi finalement adoptée sans ceux de l’opposition qui ont quitté l’hémicycle.
 
Ils n’ont au final rien pu faire face à la "majorité mécanique" dont peut se prévaloir le pourvoir et ses alliés, surtout que la stratégie de l’obstruction n’a pas porté les fruits escomptés, pas plus que les menaces de soulèvement d’ailleurs, certains acteurs de l’opposition ayant invoqué au secours l’esprit sinon les esprits du 23 juin 2011.
 
Ce jour-là, face à la colère de la rue, le président sénégalais Abdoulaye Wade renonçait à une réforme constitutionnelle devant abaisser à 25 % le seuil minimum des voix nécessaires au premier tour pour élire un "ticket présidentiel" comprenant un président et un vice-président.
 
Mais contrairement au soulèvement populaire de 2011 qui a contraint le pouvoir de Me Wade à renoncer à son projet, toutes les velléités de contestation ont été étouffées dans l’œuf le 19 avril 2918, jour choisi pour l’examen de la loi sur le parrainage par les députés.
 
La révision du code électoral a été votée dans un climat de forte contestation, par 120 députés de la majorité sur les 165 parlementaires que compte l’hémicycle. Seul un dernier amendement concède une petite inflexion de cette loi de la majorité, à savoir que les candidats à la candidature doivent être parrainés par au minimum 0,8 des électeurs et 1% au maximum.
 
L’opposition va pourtant continuer à s’arc-bouter à ce fil, véritable filon politique, pour la relier à d’autres sujets connexes, comme le procès Khalifa Sall dans l’affaire dite de la "caisse d’avance" de la mairie de Dakar, pour laquelle l’édile a été condamné à 6 ans de prison pour notamment escroquerie aux deniers publics.
 
M. Sall, présenté comme l’un des plus sérieux challengers du président sortant, était incarcéré depuis le 7 mars 2017, dans une affaire portant sur le détournement de 1,8 milliard de francs CFA de la régie d’avance de la mairie de Dakar.
 
Là encore, l’opposition n’a eu cesse d’évoquer "un procès politique", visant à écarter Khalifa Sall de la course à la présidentielle, le même argument étant de dire qu’il s’agit d’autoriser le moins de candidatures possibles.
 
De même, le rejet de l’inscription de Karim Wade sur les listes électorales procèderait-il de la même stratégie, si l’on en croit les contempteurs du pouvoir, surtout que le code électoral relifté stipule que pour être candidat, il faut être électeur et éligible. 
 
Le fils de l’ancien président Abdoulaye Wade condamné en mars 2015 par la Cour de répression de l’enrichissement illicite à six ans de prison ferme et à payer une amende de 138 milliards de francs CFA vit désormais au Qatar depuis qu’il a bénéficié d’une grâce présidentielle en 2016.
 
Son inscription sur les listes électorales rejetée par les autorités administratives, le candidat désigné du Parti démocratique sénégalais (PDS) à la prochaine présidentielle continue par procuration d’animer le débat politique. 
 
Tous les sujets semblent bons pour cela, surtout que la loi sur le parrainage semble donner du grain à moudre à ses partisans et aux opposants du président sortant en général.

BK/ASG