Gorée et Robben Island, terres de
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SENEGAL–AFRIQUEDUSUD-PATRIMOINE

Gorée et Robben Island, terres de "tragédies humaines", signent un "accord de jumelage"

 

Dakar, 11 juil (APS) – La Maison des esclaves de Gorée (Sénégal) et le Musée Robben-Island (Afrique du Sud) ont signé, mardi, à Dakar, un "accord de jumelage", une initiative censée commémorer "les tragédies humaines" qui ont eu lieu sur ces deux îles, selon le secrétaire général du ministère sénégalais de la Culture et de la Communication, Birane Niang.

 
"Robben Island et l’île de Gorée" partagent le même sort d’être "perçus comme des espaces de tragédies humaines" et sont deux endroits où "l’homme doit apprendre à vaincre sa peur, à assumer son histoire et à en tirer les enseignements, afin que de pareilles tragédies ne se reproduisent pas", a commenté M. Niang.
 
Il dirigeait la cérémonie de signature de l’"accord de jumelage", à la Place Drancy, à Gorée, en présence de l’ambassadeur du Sénégal en Afrique du Sud, Safiétou Ndiaye Diop, ancienne ministre de la Culture et du maire de Gorée, Augustin Senghor. 
 
Une délégation sud-africaine conduite par la vice-ministre des Arts et de la Culture, Makhotso Magdeline Sotyu a également participé à la cérémonie. 
 
L’île de Gorée, classée depuis 1978 au Patrimoine mondial de l’Unesco, l’agence chargée de la culture aux Nations unies, apporte "un témoignage exceptionnel sur l’une des plus grandes tragédies de l’histoire des sociétés humaines : la traite négrière", a souligné Birane Niang.
 
Il évoque ainsi le passé de cette île située au large de Dakar où, selon les historiens, de nombreux esclaves africains étaient réunis par les négriers européens avant d’être envoyés en Amérique pour travailler dans des plantations.
 
"Robben Island, classé au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1999, et sa prison, témoignent de manière éloquente des heures sombres de son histoire et symbolisent le triomphe de l’esprit humain, de la liberté et de la démocratie sur l’oppression", a dit M. Niang.
 
Il évoque ainsi le passé de cette île sud-africaine où de nombreux prisonniers de l’ancien régime de ségrégation raciale d’Afrique du Sud, dont Nelson Mandela (1918-2013), furent emprisonnés pendant plusieurs années.
 
Nelson Mandela, l’un des leaders de l’"African National Congress", un parti engagé dans la lutte contre l’apartheid, la ségrégation raciale, a été emprisonné pendant 27 ans par la minorité blanche qui a dirigé l’Afrique du Sud jusqu’au début des années 1990. Libéré en 1991, il sera ensuite le premier président noir de l’Afrique du Sud démocratique, de 1994 à 1999.
 
"Un acte fort"
 
Selon le secrétaire général du ministère sénégalais de la Culture et de la Communication, Gorée et Robben Island symbolisent, par leur passé, "la victoire de l’humain sur la barbarie". 
Le jumelage du Musée Robben-Island avec la Maison des esclaves de Gorée pose "un acte fort de continuité de ce qui unit" les peuples d’Afrique du Sud et du Sénégal, a estimé la vice-ministre sud-africaine des Arts et de la Culture.
"Ces îles ont eu une histoire d’asservissement et d’esclavage", a rappelé Makhotso Magdeline Sotyu, ajoutant qu’"aujourd’hui, nous tournons la page pour que nos deux pays puissent prospérer dans la dignité".
 
Elle a remercié le Sénégal pour sa contribution à la libération des Noirs d’Afrique du Sud, en évoquant la "Conférence de Dakar" organisée en 1987 et considérée comme le point de départ "des négociations officielles" entre l’ANC et les leaders blancs de l’Afrique du Sud, lesquelles ont conduit à la "fin de l’apartheid" et à "l’avènement de la démocratie et de la liberté en Afrique du Sud".
 
Deux témoins de cette rencontre organisée il y a 30 ans dans la capitale sénégalaise ont fait des témoignages, en revenant sur son contexte. Il s’agit du Sud-Africain Christo Nel qui faisait partie de la délégation de l’ANC dirigée par Thabo Mbeki et du Sénégalais Benoit Ngom. 
"C’était dans un contexte périlleux, après l’échec d’une tentative de rencontre en Suisse" entre des dirigeants blancs et des leaders de l’ANC, a rappelé M. Ngom, soulignant que "l’engagement du président Abdou Diouf (le chef de l’Etat sénégalais de l’époque, Ndlr) a triomphé, malgré les menaces sécuritaires" sur la rencontre de Dakar. 
Le Sénégal et l’Afrique du Sud fêtent, à partir de ce mardi jusqu’à vendredi, le 30ème anniversaire de la "Conférence de Dakar" contre l’apartheid, qui a eu lieu du 9 au 12 juillet 1987.
 

FKS/ESF/MD