A Bwiza, à la rencontre des Sénégalais de Bujumbura
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SENEGAL-BURUNDI-SOCIEYE-REPORTAGE

A Bwiza, à la rencontre des Sénégalais de Bujumbura

De l’envoyée spéciale de l’APS : Sokhna Khadidiatou Sakho

Bujumbura, 26 mars (APS) - La présence sénégalaise à Bujumbura, la désormais capitale économique du Burundi, se traduit notamment par des enseignes aux noms évocateurs, ’’Sénégal Couture’’, ’’Lampe Fall Couture’’, entre autres.

Des noms renvoyant au Sénégal mais surtout aux types de métiers exercés par ces émigrés sénégalais dont certains sont installés ici depuis 30 ou 40 ans.
 
Une identité non moins remarquable de ces expatriés sénégalais, ils travaillent principalement dans la couture, la bijouterie et le commerce, et parlent couramment le swahili, une langue africaine majeure née des interactions de plusieurs de la région de l’Afrique centrale.
 
Les enseignes renvoyant à la présence sénégalaise sont surtout visibles à Bwiza, quartier situé au cœur de la ville de Bujumbura, non loin du consulat honoraire du Sénégal et son drapeau vert-jaune-rouge marqué d’une étoile au milieu.
 
El Hadji Sidy Thiam, trouvé dans sa bijouterie en plein marchandage avec des clientes, renseigne qu’il exerce au Burundi depuis 1979, à Bujumbura précisément. 
 
’’Le swahili est la langue du commerce", glisse-t-il, comme pour se justifier de devoir recourir à cette langue dont l’usage peut si aisément se comprendre par sa longue présence dans ce pays.
 
Le dernier séjour de El Hadj Sidy Thiam au Sénégal remonte à 2009. ’’Mais depuis cette date, je me prépare pour rentrer définitivement. Les Sénégalais sont plus dans le commerce mais avec la crise économique qui secoue le monde entier, beaucoup de familles sénégalaises sont parties’’, explique M. Thiam, également secrétaire général de l’Association des ressortissants sénégalais du Burundi (ASERB).
 
Cette structure compte aujourd’hui 70 membres enregistrés. ’’Ici, les Sénégalais sont dans la couture, le commerce et la bijouterie. Ils sont disciplinés. La particularité c’est qu’il y a beaucoup de femmes venues travailler ou accompagner leurs époux’’, souligne le président de l’ASERB. 
 
Aussi ont-ils pour la plupart naturellement souscrit à des financements auprès du Fonds d’appui à l’investissement pour les Sénégalais de l’extérieur (FAISE), ’’car la plupart des commerçants ont perdu beaucoup de biens lors de l’incendie du marché de Bujumbura en 2013’’. 
 
L’objectif de l’Association des ressortissants sénégalais du Burundi, "c’est de fédérer les Sénégalais dans une même entité pour s’entraider et se retrouver. Moi-même j’ai emmené avec moi ma femme au Burundi. Elle est dans le commerce. Je suis venu ici avec un contrat pour travailler comme tailleur en 2014, après j’ai décidé de rester’’, explique Bamba Sène, établi au quartier Bwiza.
 
Selon lui, ’’il est fréquent de voir des Sénégalais qui ont fait 30 à 40 ans au Burundi surtout les bijoutiers’’, relevant toutefois qu’ils n’ont pas pu voter lors de la dernière présidentielle du 24 février dernier. 
 
’’Nous avons demandé des renseignements, on nous a répondu que nous n’avons pas le nombre d’électeurs requis’’ pour une organisation des élections dans ce pays, a rapporté Bamba Sène.
 
Il continue de pester contre cela : ’’C’est notre droit. On pouvait regrouper le Rwanda, le Burundi, la Tanzanie pour nous faire voter. On ne peut faire des allers et retours car le billet d’avion pour le Sénégal s’élève à 1200 dollars", soit près de 700.000 francs CFA, dit-il.
 
Il y a toutefois que certains ’’ont pu avoir leurs passeports à travers une mission venue du Rwanda", renseigne le président de l’Association des ressortissants sénégalais du Burundi. ’’Mais, déplore-t-il, nous n’avons pas les nouvelles cartes d’identité biométriques. Pour trouver une solution à cela, nous voulons être rattachés à une ambassade pour pouvoir avoir nos papiers’’.
 
Selon Théophile Harerimana, secrétaire et assistant du consul du Sénégal au Burundi, ’’les Sénégalais sont en train de partir petit à petit’’ de ce pays. 
 
’’La majeure partie sont de l’’ethnie peul mais on trouve aussi des sérères et des wolofs. Ils sont très bien intégrés. Ils sont une bonne centaine de ressortissants sénégalais qui sont enregistrés au niveau du consulat", précise-t-il.
 
"Les Sénégalais sont solidaires, confirme le doyen Thiam. Quand quelqu’un a des problèmes tout le monde met la main à la poche’’, ajoute "le vieux Thiam", comme l’appelle les plus jeunes.
 


SKS/OID/BK