Sur le tronçon Franceville-Bongoville, charmes et mystères de la forêt tropicale
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Sur le tronçon Franceville-Bongoville, charmes et mystères de la forêt tropicale

+++De l’envoyé spécial de l’APS : Salif Diallo
Franceville (Gabon), 31 jan (APS) - Le tronçon reliant Franceville à Bongoville, deux villes du Gabon, offre au visiteur un condensé de l’effrayante beauté de la forêt gabonaise, un paysage à couper le souffle et caractéristique de ce ’’trésor vert’’ qui fait la réputation des pays de l’Afrique centrale.
Soudain, c’est le silence plat dans la voiture japonaise conduite jusque-là avec maestria par son propriétaire, un ancien footballeur sénégalais Yaya Sané venu au Gabon au début des années 1990 dans l’espoir de vivre de son métier avant de se tourner vers d’autres activités suite à une vilaine blessure qui a mis fin à son rêve de gloire.
Dehors, les phares de la voiture ont du mal à percer le brouillard épais qui s’est emparé du ciel, au point d’envelopper, sur la voie étriquée, les grandes étendues de forêt aperçues deux heures plus tôt.
La pluie qui s’est abattue sur Bongoville vers la fin de la séance d’entraînement des remplaçants des Lions, au lendemain de la victoire sur la Tunisie, a laissé place à ce climat lourd et pour tout dire quelque peu effrayant pour le visiteur.

Pourtant, deux heures plus tôt, c’est la gaieté et la joie dans la voiture pour les quatre reporters sportifs qui n’en croyaient pas leurs yeux en découvrant cette beauté naturelle du paysage sur la route menant de Franceville à Bongoville, le fief de l’équipe nationale du Sénégal durant la CAN 2017 (14 janvier au 5 février). Une forêt qui semble enserrer l’étroite route sinueuse.
Face à cette forêt dense qui semble enserrer l’étroite route sinueuse, des questions fusent sur la dangerosité de la voie qui laisse difficilement passer deux véhicules.
Sans compter les nombreux vallées et bas-fonds qui s’étirent le long de la voie et qui sont couverts d’arbres gigantesques enserrés les uns autour des autres comme dans une boîte d’allumettes et dont on percevait plus qu’on ne voyait les limites.
De la route, ces arbres donnaient l’impression d’avoir été taillés par un expert dans l’entretien de terrains et pelouse, de la dimension du jardinier anglais Jonathan Calderwood, payé à prix d’or par le Paris-Saint-Germain (élite française) avec l’arrivée des Qataris, pour faire de l’aire de jeu du Parc des Princes un billard pour les stars du club parisien.
De part et d’autre de la voie sinueuse, qui épouse le relief environnant, les arbres alignés ne laissent rien passer ou presque, ce qui laisse à l’imagination la possibilité de spéculer sur les nombreuses espèces qui peuvent vivre dans cette forêt peu commune.
Yaya Sané, un ancien footballeur de l’Entente Sotrac Ouakam, coéquipier de Mamadou Seybani Diallo, attaquant des Lions dans les années 1990 et actuellement consultant de plusieurs médias, essayait de rassurer son monde de son mieux possible.
Si l’on en croit Sané, pas de bêtes féroces tapis dans l’ombre, mais par contre, il ne manquait pas de détailler son récit sur les nombreux accidents sur cette voie difficile.
"Vous voyez bien, à la moindre erreur de manœuvre, vous vous retrouvez dans le décor, et c’est plusieurs mètres en profondeur parce que ce que vous voyez là, ce sont les cimes des arbres", dit-il, mettant en garde contre les visiteurs qui s’amuseraient à tenter de conduire par eux-mêmes sur cette voie.
Une panne de voiture par exemple est forcément à redouter sur cette route qui montait parfois jusqu’à une dizaine de mètres en hauteur, en raison de risques de chute dans le décor. Une fin affreuse, même en idée, qui faisait se dresser les poils.
Une forêt de fruits sauvages qui fait penser à la Casamance.
Un ancien correspondant en Casamance du quotidien Le Soleil de rappeler que ces arbres abritent souvent "des madd et des tool", fruits sauvages très prisés au Sénégal, notamment de la gent féminine.
Il y a aussi "beaucoup de serpents qui font des ravages sur ceux qui viennent récolter ces fruits sauvages", rappelle le journaliste. Des cheveux se dressaient encore sur la tête.
Yaya Sané, qui a passé plus d’une quinzaine d’années au Gabon, de rassurer que les boas et autres reptiles sont plutôt nombreux à une centaine de kilomètres de cette région, avant de rappeler les lourds tributs payés par les ouvriers qui construisaient ces routes.
"Les reptiles ont englouti beaucoup d’ouvriers intervenant sur ces chantiers", avance-t-il le plus naturellement du monde.
Pendant que la voiture glissait sur l’asphalte qui desservait quelques villes de taille moyenne, la sueur perlait sur les fronts en dépit des températures adoucies par la pluie.
Deux heures plus tôt, alors que les visiteurs prenaient la route dans le sens Franceville-Bongoville, on voyait que les villas, quelle que soit leur taille, abritaient sur leurs toits des antennes de télévision.
Dans la ville de Kellé, qui abrite un check-point de la police des frontières gabonaise, le Congo ne se situant qu’à une centaine de kilomètres, on percevait de la voiture des images de matchs diffusés en cette période de CAN.

Le long de la voie aussi, on tombe facilement sur des feux consumant les broussailles et de nombreuses pierres tombales, signes parmi d’autres de la dangerosité de cette voie, au regard de la densité de la circulation.
"En fait, pas loin d’ici, il y a une usine de traitement d’eau. Vous voyez tous ces camions avec des containers, ils transportent le liquide précieux pour la ville de Franceville", informe le guide.
Outre la voie bitumée, on dénombre de nombreuses villas sorties de terre avec leurs nombreuses planches en bois, fruit de l’exploitation de cette forêt dense et généreuse.
Sauf que la décision du chef de l’Etat gabonais, Ali Bongo Ondimba, d’interdire l’exportation du bois, a contribué à atténuer l’ampleur de l’exploitation abusive des forêts, poursuit l’ancien footballeur.

SD/BK