Marrakech, le passé-futur d’une cité écologique
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MONDE-ENVIRONNEMENT-REPORTAGE

Marrakech, le passé-futur d’une cité écologique

De l’envoyée spéciale de l’APS : Sokhna Bator Sall
 
Marrakech (22 nov (APS) - Marrakech, cité bâtie au pied des monts de l’Atlas marocain, semble compenser son atmosphère que l’on devine désertique, par ses bordées de jardin encadrées de grandes avenues.
 
Ce style original, renvoyant à un trésor écologique, justifie le choix porté sur "la ville rouge" pour abriter la 22e conférence des parties (COP22) de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques.
 
Ville "rouge" ou "ocre", Marrakech est ainsi surnommée en référence à la couleur rouge d’une grande partie de ses immeubles et ses maisons.
 
Bâtie au pied des monts de l’Atlas marocain, dans la zone centrale du royaume chérifien, Marrakech est comme symbolisée par le logo de ce bâtiment rouge appelée "La Menara", dressé au bas d’un bassin versant. 
 
Ce pavillon ancien symbolise le mieux le cadre particulier de cette cité impériale fondée il y a près de mille ans, en 1062 exactement, par l’almoravide Abou Bakr, qui en bâtit le premier palais et la première mosquée. 
 
Vestige d’une installation de gestion de l’eau de plusieurs centaines d’années, "La Ménara" témoigne d’une certaine manière de l’identité et de l’histoire de Marrakech, capitale d’une région désertique coiffée par les montagnes, sur lesquelles la neige donne rendez-vous une fois l’hiver venu.
 
Rien de surprenant donc si ce pavillon a inspiré de Marrakech le symbole utilisé pour le logo de cette rencontre internationale (7-18 novembre).
 
Les Marrekchis (habitants de Marrakech) ont de fait développé une technique très ancienne de récupération de l’eau qui passe sous une canalisation souterraine venant de la montagne avant d’arriver dans ces grands bassins. 
 
Marrakech fut en outre un comptoir reliant Tombouctou à la mer, jusqu’à Essaouira (ville côtière), explique Denis German, responsable de l’espace dédié à la presse au village de la COP 22. Cela a donc pu faire de cette ville un lieu de synthèse de cultures et donc de techniques ancestrales les plus originales.
 
Marrakech était "un arrêt devenu petit à petit une grande palmeraie" dont la naissance fut grandement déterminée par ces noix de dattes jetées par les caravaniers qui convoyaient de l’or, des épices et d’autres marchandises, explique M. German.
 
Elle "est aussi une ville impériale de dynastie marocaine, qui a une âme. C’est la ville rouge. Tout le monde a travaillé" par exemple pour cette COP 22, "les autorités, les artistes, les associations", etc., a fait observer ce responsable de la partie marocaine de l’organisation de cette conférence internationale.
 
"Depuis longtemps, en Afrique, on est conscient du développement durable", d’autant que le continent africain "vit parfois dans des régions difficiles du point de vue climatique", a fait valoir Denis German, en allusion à l’enthousiasme suscité par la COP 22.
 
Avec cette rencontre, la "ville rouge" dont de nombreux bâtiments étaient illuminés, a offert "un spectacle de lumière sur l’eau" pour mieux marquer les esprits, a-t-il fait observer.
 
Il y aussi ces remparts de terre rouge surmontés d’images dansantes le long des boulevards, qui contribuent à cette atmosphère de "ville lumière", comme à la gare de Marrakech, où des projections d’images invitent à réfléchir sur la problématique du temps, un thème important dans la prise en charge de la question des changements climatiques.
 
Marrakech, ville cosmopolite peut en outre compter sur sa Jamaa-el-fna, la grande place publique de la Médina, le centre-ville traditionnel de la ville, pour donner encore plus d’ampleur à son ouverture au monde.
 
Mais il y a surtout le site historique situé à la sortie sud de la cité impériale, qui a vécu pendant une quinzaine de jours au rythme de la 22ème conférence des Nations unies sur le climat.
 
"Bab Ighli" (la porte de Ighli en langue arabe) a accueilli le village de la COP 22. Ce site de quelque 23 hectares comptait deux parties, une zone réservée exclusivement aux Nations unies, et une autre gérée par le Royaume du Maroc.
 
A Bab Ighli, les salles de réunions sont représentées par des tentes rappelant le style traditionnel marocain.
 
Une haie de 800 mètres offre un passage obligé pour accéder à la zone réservée aux Nations unies. Elle sert d’entrée centrale appelée "canopée" et s’inspire d’un style des temps traditionnels du sud du Maroc.
 
Cette tente en elle-même est bordée de plantes tropicales et des sculptures faites avec des matériaux recyclés, de vieux objets et des pièces métalliques de voitures.
 
Le village de la COP 22 lui-même est principalement fait de bois recyclé et retraité écologiquement, en vue de respecter les normes environnementales, dans une inspiration mêlant tradition et modernité. 
 
Tout se passe comme si Marrakech a su résumer le passé-présent de son histoire pour conter en langue mille et une nuits, le destin écologique de l’homme.
 
Des temps anciens passés en harmonie avec la nature, un présent caractérisé par le désastre des changements climatiques et un avenir incertain sur terre au regard de l’ampleur des problèmes écologiques.
 
SBS/BK/PON