Un aviculteur prône la protection et l’accompagnement de la filière
APS
SENEGAL-AVICULTURE-PROTECTION

Un aviculteur prône la protection et l’accompagnement de la filière

 
Thiès, 15 juil (APS) - Le président de la Fédération autonome des aviculteurs du Sénégal, Papis Bakary Coly, invite les autorités à protéger et accompagner la filière avicole sénégalaise dans le domaine de la maîtrise des facteurs de production, en perspective de l’ouverture de la zone économique de libre échange en Afrique.
 
‘’Nous demandons à l’Etat de protéger, mais surtout d’accompagner la filière’’ avicole, une filière émergente qui fait des ‘’avancées très significatives’’, a-t-il dit en marge d’une mobilisation de l’Union nationale des commerçants et industriels du Sénégal (Unacois/Jappo) contre l’implantation d’Auchan. 
 
La filière pèse 160 milliards de francs CFA de chiffre d’affaires, génère 55 mille emplois directs et indirects avec une production annuelle de 52 millions de poulets de chair, 2,5 millions de poules pondeuses et 25 millions de poulets locaux et 700 millions d’œufs en moyenne par an, d’après les statistiques officielle.
 
L’interprofessionnel de la filière avicole (IFAS) évoque de son côté un chiffre d’affaires de 206 milliards de francs et 210 000 emplois directs et indirects.
 
‘’Au moment de l’arrêté interministériel interdisant l’importation de poulets en 2005, on était à 5 à 6 millions de poussins produits annuellement, aujourd’hui, on en est à 52 millions’’, a-t-il dit Papis Bakary Coly. 
 
Cette filière en progression était créditée avant cette mesure de la création 7.000 emplois directs et indirects, pour un chiffre d’affaires annuel de 44 milliards de francs CFA, a-t-il fait savoir, ajoutant que le secteur représente 17 % du PIB de l’élevage depuis six ans.
 
Pour lui, la consommation nationale de viande blanche de 4kg par personne et par an, reste ‘’très faible’’, comparée à celle du Maroc (17kg par personne et par an) et d’Israël (51kilos).
 
‘’Nous comptons progresser lentement et sûrement pour que le poulet ne soit plus un luxe. Que les Sénégalais puissent accéder au poulet en quantité et en qualité’’, a-t-il poursuivi.
 
Pour ce faire, il va falloir former les producteurs pour qu’ils maîtrisent les facteurs de production, travailler avec l’Etat du Sénégal sur les campagnes de vaccination, sensibiliser les aviculteurs à l’utilisation de produits prophylactiques aviaires, essayer de mettre en œuvre des mécanismes d’achats groupés, pour ne plus dépendre des ‘’bana-bana’’ (intermédiaires), a-t-il préconisé. 
 
‘’Le poulet au Sénégal n’est pas cher, mais il y a trop d’intermédiaires’’, a-t-il souligné, avant d’indiquer que la filière avicole sénégalaise prépare à l’avance la ‘’riposte’’ à apporter à l’ouverture d’une zone de libre-échange.
 
‘’Annuellement, c’est une bagatelle de 16 milliards qui sort du pays’’, a-t-il dit, ajoutant que les aviculteurs ne produisent que les 10% des œufs à couver qui donnent les 52 millions de poulets de chair qu’ils élèvent. Pour avoir des poussins, on est obligé d’aller au Brésil pour acheter des œufs à couver (OAC), a-t-il regretté.
 
‘’Il faut inciter les Sénégalais à produire des OAC’’, recommande-t-il, se réjouissant de ce qu’au moment où deux entreprises sénégalaises ont cessé de produire ces œufs à couver, la Sedima agrandit sa production tandis que d’autres s’apprêtent à se lancer dans ce créneau. 
 
C’est en assurant au moins la moitié de ces produits qu’on permettra à la filière de voler de ses propres ailes. C’est la base. Quand il n’y a pas d’œuf à couver, il n’y a pas d’aliments et tout ce qui suit’’, a-t-il soutenu.
 
Un autre aspect à améliorer est la production de maïs, dont les besoins annuels se chiffrent à 250.000 tonnes, pour l’essentiel est importées, surtout du Brésil, selon l’IFAS. 
 
Pour le responsable, ‘’il faut accompagner les agriculteurs dans la production de maïs’’. 
 
Il faut que l’Etat évite la ‘’concurrence déloyale’’ de firmes comme Auchan et le groupe marocain Zalar qui a déjà obtenu a obtenu 180 ha à Sandiara, et deux autres groupes français qui envisagent de venir au Sénégal. 
 
Il a évoqué à titre d’exemple, le cas du au Brésil où le poulet de chair ‘’coûte en moyenne 300francs CFA’’, parce que le pays dispose de ses œufs à couver ; de son maïs, soja, en plus du fait que ses agriculteurs sont subventionnés. Si bien qu’un OAC coûte 60 francs CFA, au Brésil contre 240 ou 275 selon le fournisseur au Sénégal, a-t-il poursuivi. 
 
‘’Si elle est protégée et accompagnée, cette filière (avicole sénégalaise) a beaucoup de marge de manœuvre dans la sous-région’’, où les seuls grands producteurs sont le Nigeria, le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Sénégal, a indiqué Papis Coly. Le Sénégal pourra alors conquérir le marché sous-régional au lieu d’exporter vers l’Europe.
 
‘’En s’ouvrant aux autres, il faut savoir se protéger’’, a-t-il toutefois souligné, craignant qu’avec les zones de libre-échange, les multinationales ne s’installent dans des pays voisins pour ‘’concurrencer’’ le Sénégal.
 
 
ADI/AKS