Tabaski : chez les tailleurs de Diourbel, les machines tournent, mais à pas à plein régime
APS
SENEGAL-SOCIETE

Tabaski : chez les tailleurs de Diourbel, les machines tournent, mais à pas à plein régime

Diourbel, 22 juil (APS) - La crise sanitaire qui sévit depuis l’apparition du nouveau coronavirus en mars dernier a entraîné le ralentissement de certaines activités à Diourbel (centre), mais sans pourtant entamer l’espoir de certains de faire de bonnes affaires avec la Tabaski, qui se profile à l’horizon. 
 
Il en est ainsi des tailleurs et des gérants des services de transfert d’argent qui caressent encore le rêve de faire de bonnes affaires, malgré la morosité liée à la pandémie.
 
Un tour à l’ancienne gare sise en face de la mairie de Diourbel, où sont installés plusieurs ateliers (couture, mécanique et menuiserie) suffit à mesurer le degré de timidité des affaires. La plupart des artisans trouvés sur les lieux se tournent les pouces en s’adonnant à d’autres distractions. 
 
Si les uns jouent à la pétanque, d’autres, désœuvrés, sont assis à la porte de leurs ateliers de fortune.
 
Rares sont ceux qui travaillent comme Serigne Aw Seck, dont l’atelier de couture est entré de plain-pied dans les préparatifs de la Tabaski, la fête musulmane prévue le 31 juillet.
 
L’endroit ne désemplissant pas, le maître des lieux s’active comme il peut pour satisfaire ses clients et faire de bonnes affaires.
 
‘’La Tabaski est mieux que la Korité (fête musulmane marquant la fin du mois du jeûne), parce qu’on était contraint de descendre à 19 h, à cause de l’état d’urgence et du couvre-feu. Il y a un léger mieux avec la levée des mesures restrictives, parce qu’on peut travailler jusque tard dans la nuit’’, dit-il.
 
Selon M. Seck, la Covid-19 a terriblement impacté l’activité des tailleurs, dont les chiffres d’affaires ont baissé. ‘’On peut dire que nous tournons à 40% par rapport à l’année dernière’’, déplore-t-il, tout en disant s’adapter à la situation actuelle.
 
‘’Les parents ont de nombreuses obligations. Ils pensent plutôt à acheter un bélier avant de se faire coudre des habits’’, ajoute le tailleur.
 
Selon lui, une fois l’équation du mouton résolue, les ménages ‘’privilégient les enfants’’, d’autant plus que les personnes âgées peuvent porter leurs anciens habits le jour de la fête.
 
A cause de la crise, poursuit-il, ‘’la plupart des clients se sont rabattus sur le gold, un tissu en vogue, dont le mètre coûte 5.000 francs CFA, alors que le getzner se vend à 12.000 francs le mètre’’. ‘’Les bourses ne permettent pas d’engager certaines dépenses. Avec cette nouvelle donne, on fait de notre mieux pour réduire les frais de couture’’, explique le tailleur. 
 
Pour éviter de poser un lapin à ses clients, Serigne Aw Seck a décidé de prendre un lot assez raisonnable de tissus, pour pouvoir les livrer à temps. 
 
‘’On prend un nombre limité de clients pour éviter les rendez-vous manqués à la veille de la fête, parce que cela détériore les relations. Les gens viennent en nombre, parfois même on les oriente vers d’autres tailleurs’’, explique-t-il.
 
Amadou Fall, un tailleur en broderie dont la plupart des clients sont des hommes, dit avoir adopté la même démarche pour éviter des problèmes avec ses clients. 
 
‘’Certains clients attendent la dernière minute pour apporter leurs tissus. Il est préférable pour nous que les tissus arrivent plus tôt, parce qu’on veut éviter les débordements à la veille de la fête, car on est submergé’’, se justifie-t-il.
 
Selon M. Fall, à cause de la pandémie, les clients traînent les pieds parce qu’en cette période, une bonne partie de la clientèle est surtout préoccupée par l’achat du mouton à sacrifier pour la fête. 
 
‘’La maladie nous a fortement impactés parce qu’il y a certains de mes clients que je n’ai pas vus cette année. L’année dernière, à quinze jours de la Tabaski, j’avais arrêté de prendre de nouveaux clients. Cette année, je n’ai pas encore bouclé, mais je pense le faire bientôt’’, poursuit-il. 
 
Certains clients préfèrent porter de nouveau les habits qu’ils s’étaient fait coudre l’année dernière qui, disent-ils, sont encore dans un bon état, remarque Amadou Fall.
 
Malgré la Covid-19, les machines continuent de tourner, mais pas à plein régime.
 
‘’La Tabaski est différente de la Korité, parce que les affaires marchent mieux. Il faut savoir gérer un évènement, je suis certes seul, mais je ne retarde aucun client. Je prends un nombre raisonnable de commandes. Et quand j’évacue certains habits, c’est en ce moment que j’en prends d’autres’’, a-t-il dit.
 
Toutefois, les récurrentes coupures d’électricité perturbent le travail et entraînent le non-respect des délais de livraison des commandes. 
 
‘’Les coupures de courant ne nous facilitent pas la tâche. Je fais en sorte d’arriver tôt à l’atelier pour rentrer le plus tôt possible, parce que je ne passe pas la nuit. La veillée est épuisante’’, explique Amadou Fall.
 
Pour lui, la maladie à coronavirus est une ‘’malédiction divine’’, et les gens doivent en tirer des enseignements.
 
Les tailleurs ne sont pas les seuls à faire les frais de la maladie à coronavirus, qui a aussi des répercussions sur tous les autres secteurs d’activité de la région de Diourbel. Les services de transfert d’argent, par exemple, ont pâti de la crise qu’elle a engendrée.
 
‘’Depuis le début de la pandémie en Europe, on a constaté une baisse des transferts d’argent. Seuls les échanges avec les Etats-Unis étaient opérationnels’’, déclare Khadim Sène, gérant d’un magasin multi-services au quartier Escale.
 
La région de Diourbel est une terre d’émigration. Ses ‘’modou-modou’’ établis un peu partout dans le monde font vivre des milliers de familles avec les transferts d’argent effectués à la fin de chaque mois ou à l’approche de grands évènements religieux, comme la Korité, la Tabaski, le Magal de Touba, ou encore les mariages et baptêmes.
 
Selon Khadim Sène, certains usent de tous les subterfuges pour envoyer de l’argent au pays, car sans cela, les familles ne pourraient pas, par exemple, payer les facteurs d’eau et d’électricité ou les denrées alimentaires.
 
‘’C’est un coup dur pour nous. En temps normal, on fait plus de 50 transactions par jour, pour un montant qui varie entre 10 et 15 millions de francs CFA. Avec la Covid-19, on est entre 2 et 5 millions’’, déplore Khadim Sène. 
 
Bien qu’elle ait été touchée par les effets de la Covid-19, l’activité de transfert d’argent à Diourbel ne s’est par contre jamais arrêtée.
 
Selon Maguette Ndiaye, gérante d’un magasin multi-services au quartier Cheikh-Anta, les affaires marchent comme si de rien n’était. La pandémie de Covid-19 a légèrement impacté l’économie, tant au niveau national qu’international, selon elle.
 
‘’Hier, j’ai fait un chiffre d’affaires de 8 millions de francs CFA pour toutes transactions confondues. Avant la pandémie, on pouvait faire plus de 12 millions de francs CFA’’, dit Maguette Ndiaye.


FD/ASG/ESF