Les femmes et la conquête
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SENEGAL-AGRICULTURE-GENRE

Les femmes et la conquête "pas à pas" du secteur maraîcher

Par Adama Diouf Ly (APS) 
 
Dakar, 8 oct (APS) - Du champ à la marmite, les femmes sénégalaises, bien aguerries par la tenue des ménages, accèdent avec les ans à une maîtrise de plus en plus complète de la chaîne agricole, à contre-courant des clichés les cantonnant à des rôles sociaux dits traditionnels.
 
Les Niayes, plus que tout autre endroit du Sénégal, sont le laboratoire de cette transformation sociale qui profite du potentiel de cette bande de terre du littoral située entre Dakar et Saint-Louis et réputée pourvoir plus de la moitié de la production du pays en légumes.
 
Une tendance de fond et une bataille de plusieurs années, menée ‘’pas à pas’’ pour une révolution silencieuse, au regard des contraintes qui étaient importantes, notamment pour l’accès des femmes à la terre.
 
‘’Sur les différents aspects du maraîchage, on retrouve la femme’’, observe le juriste en droit foncier Mamadou Mballo, chercheur au Cicodev, l’Institut pour la citoyenneté, la consommation et le développement en Afrique. 
 
‘’Dans la zone des Niayes principalement, analyse le chercheur, dans les activités de maraîchage, on retrouve une composition sociologique qui fait apparaître à la fois des hommes, des femmes, des personnes âgées et des jeunes, pour dire que la femme et le maraîchage semblent être quelque chose de naturel et d’habituel.’’
 
Les retombées économiques de l’agriculture peuvent avoir servi de motivation pour des femmes désormais incontournables dans le développement du secteur.
 
Le maraîchage qui se pratique toute l’année et se modernise de plus en plus à la faveur des innovations apportées dans les techniques agricoles. Le goutte-à-goutte est l’une de ces avancées dont profite la gent féminine.
 
Les nombreux forages de la zone des Niayes ajoutent aux avantages dont elles ont pu bénéficier pour devenir des ‘’productrices présentes partout sur toute la chaîne de production’’ et refuser de rester la main-d’œuvre agricole naturelle des exploitations familiales.
 
De plus en plus maîtresses de la chaîne agricole
 
C’est dire que les femmes ont eu le temps de voir venir, au marché, derrière les étals pour vendre, ou devant les étals de légumes, lieu d’approvisionnement en condiments servant à agrémenter les repas quotidiens.
 
Les potentialités du secteur horticole n’en ont été que plus évidentes pour les femmes, les conduisant à se retrouver au début du processus, dans les champs pour produire, mais aussi de plus en plus nombreuses à la fin de la chaîne agricole, dans la transformation et la distribution notamment. Du champ à la marmite, donc. 
 
‘’L’horticulture, principalement le maraîchage où les femmes sont présentes, est une activité rentable et économiquement importante. Elle constitue aujourd’hui une alternative sécurisante pour améliorer les revenus des exploitations familiales. Aussi a-t-elle tendance à se développer partout où l’eau est disponible (lac de Guiers, forages, puits, bassins de rétention, etc.)’’, écrit Abdoulaye Fall dans une étude.
 
Intitulé ‘’Etude de cas sur le financement des agriculteurs et agricultrices de la zone des Niayes’’, son travail de recherche a été parrainé par l’Institut africain de gestion urbaine.
 
La composante femme demeure ‘’transversale’’ dans le secteur, indiquent les enquêtes de terrain conduites par le Cicodev dont les limites résident dans le peu de données qu’elles comportent relativement à la place des représentants de la gent féminine.
 
Ces études identifient toutefois plusieurs contraintes dont ‘’la disponibilité de l’assiette foncière agricole’’ et ‘’les questions d’eau pour continuer l’activité agricole’’.
 
Les enquêtes du Cicodev font aussi ressortir que le type d’organisation des femmes est variable en fonction des localités.
 
Dans des superficies agricoles comme celles de Lendeng, une zone nichée entre l’autoroute à péage et la cimenterie Sococim, à Rufisque-Est, les exploitations sont individualisées, avec, pour chaque producteur, une assiette foncière obtenue par délibération municipale.
 
Mais dans le cadre de cette individualisation, les maraîchers se sont constitués en associations regroupant hommes et femmes.
A Djender, Bayakh et Kayar, les communes de la région de Thiès situées à la lisière de Bambilor et Sangalkam, dans le département de Rufisque (région de Dakar), les femmes sont plutôt organisées en groupements de femmes autour d’assiettes foncières qu’elles exploitent comme des fermes communautaires. 
 
Des revenus essentiels pour la famille
 
Si ces surfaces sont mises à leur disposition par la municipalité, parfois l’organisation et la disponibilité de l’assiette sont facilitées par des partenaires techniques et financiers qui généralement impulsent la naissance de groupements de femmes, renseigne le sociologue.
 
Ces partenaires se chargent du plaidoyer auprès des élus locaux et des autorités traditionnelles pour que ces derniers mettent à la disposition des femmes l’assiette foncière dont elles ont besoin, en garantissant de les accompagner en termes d’équipements, d’intrants et de systèmes de distribution d’eau.
 
De cette manière, les ressources que ces femmes seront amenées à tirer de leurs activités peuvent revenir essentiellement à leur famille. 
 
Le chercheur a fait état de la mise en place d’une plateforme dénommée ‘’Alliance nationale femmes et foncier’’, qui regroupe des associations de la société civile sénégalaise dont l’agenda porte sur les droits fonciers des femmes.
 
Il signale que des organisations communautaires dirigées par des femmes, comme la Fédération nationale des femmes rurales du Sénégal ou le Réseau des femmes rurales du Sénégal, se retrouvent au sein de cette alliance.
 
De l’avis de Tiné Ndoye, la présidente du Réseau des femmes rurales du Sénégal, qui comprend 35.000 membres, le problème de l’accès des femmes au foncier reste entier et n’encourage pas ces dernières à s’investir pleinement et entièrement dans ce secteur.
 
‘’La plupart des femmes n’ont pas le coup de pouce que j’ai eu en bénéficiant de terres de mon mari de son vivant, même si ensuite j’ai beaucoup persévéré en termes de financement et de partenariat avant d’en arriver là’’, explique-t-elle. Son époux est chef du village de Mbawane, dans la commune de Djender.
 
Conseillère rurale de 2002 à 2013, Tiné Ndoye a obtenu de l’ancienne communauté rurale de Djender un autre champ communautaire de 5 hectares destiné aux femmes des villages concernés. 
 
‘’Ces champs sont toujours là et profitent à ces femmes qui ont leurs propres revenus et gagnent leur vie en faisant d’autres investissements dans le commerce, le bâtiment ou le transport’’, dit-elle.
 
Les difficultés rencontrées par les femmes pour accéder au foncier sont exacerbées par la démographie et l’augmentation de la population, pendant que les réserves foncières ne sont pas extensibles et sont mêmes soumises aux conséquences de l’urbanisation galopante.
 
Les femmes sont conscientes des potentialités que recèlent la terre, mais ont d’énormes difficultés pour y accéder, résume Tiné Ndoye. Il n’empêche que les femmes ‘’continuent de faire le gros du travail’’ dans les champs et vergers, du semis à la récolte en passant par le désherbage ou l’arrosage.
 
Elles n’étaient déjà pas rétribuées pour cela ou très peu alors, rappelle cette représentante des femmes rurales au Haut Conseil des collectivités territoriales.

Des ressources réinvesties dans d’autres activités    
 
Comme la plupart des femmes de Déni Malick Guèye, village situé à la lisière du pôle urbain de Diamniadio, vers Sébikotane, Seune Sèye s’active dans la culture du gombo pendant l’hivernage et pratique le maraîchage pendant la contre-saison.
 
Les femmes de Déni Malick Guèye cultivent des plants de tomate, de salades et d’aubergines sur un quart d’hectares autour du bassin de rétention des eaux de pluie de Diamniadio.
 
Les ressources tirées de l’exploitation de ces plants sont réinvesties dans d’autres activités au profit de la communauté, explique Seune Sèye, trouvée dans son champ situé à l’orée des espaces nus du pôle urbain de Diamniadio, où se dressent à l’horizon les bâtiments de la nouvelle sphère ministérielle et du centre de données.
 
‘’Les femmes de Déni Malick Guèye aménagent autour d’un barrage où il y a de l’eau. Nous aménageons un espace d’un quart d’hectare où les femmes du village font des plants de tomate, de salade, d’aubergine, entre autres légumes, pour avoir des revenus à investir dans d’autres activités au profit de la communauté’’, explique Mme Sèye.
 
‘’Pour le moment, c’est le champ familial que j’exploite avec mes petits-fils et mes neveux, mais si demain l’Etat en a besoin, je n’ai aucun moyen de m’y opposer parce que ça appartient au domaine national’’, renseigne-t-elle, fière de faire admirer son champ de gombo.
 
La loi sur le domaine national, adoptée en 1964 dans un objectif de ‘’simplification’’, selon les pouvoirs publics, a mis fin aux droits fonciers coutumiers des lignages et des familles.
 
Elle stipule que ‘’toutes les terres non classées dans le domaine public non immatriculé, et dont la propriété n’a pas été transcrite à la conservation des hypothèques, constituent de plein droit le domaine national’’.
 
Toutefois, le droit de recourir à l’immatriculation est garanti aux occupants du domaine national qui, à la date d’entrée en vigueur de la loi, avaient procédé à ‘’une mise en valeur à caractère permanent’’ des terres.
 
‘’Plusieurs champs ont été pris par l’Etat qui a dédommagé les propriétaires, mais elles n’ont pas trouvé d’autres terres à acheter pour continuer leurs activités agricoles’’, renseigne Seune Sèye, notant que la culture de gombo pendant l’hivernage rapporte gros pour ceux disposant d’un grand périmètre de plus d’un hectare.
 
Le prix du kilogramme de gombo, de 400 francs CFA au début de la récolte en fin septembre, peut grimper à 800 en novembre-décembre.
 
‘’Un exportateur vient acheter presque toute la production, une fois le triage effectué, et on peut se retrouver avec plus de 2 millions pour les deux campagnes (fin septembre et fin novembre)’’, révèle la productrice. 
 
Les champs communautaires, une tendance du secteur 
 
Le triage de la production est fait par des jeunes et des femmes payés à la tâche par le groupement et recrutés dans le village.
 
Avec d’autres femmes de Déni Malick Guèye, Seune Sèye est membre d’un groupement dénommé ‘’Takku Liggey’’ et spécialisé dans l’exploitation de champs communautaires. 
 
A la fin de chaque campagne hivernale ou des cultures hors-saison, une partie des recettes est partagée équitablement entre les membres du groupement, le restant servant à alimenter la caisse commune logée dans une mutuelle de crédit et d’épargne ouverte également à d’autres femmes de l’ancienne communauté rurale de Sangalkam.
 
Les ressources ainsi engrangées servent à couvrir les besoins des familles, en termes de couverture sanitaire par exemple, dans un contexte où le programme de couverture maladie universelle encourage l’adhésion à des mutuelles de santé, explique Mme Sèye.
 
Des partenaires au développement, aux organisations de maraichers, malgré les autorités territoriales, les témoignages montrent que les agricultrices utilisent toujours leurs revenus pour l’éducation de leurs enfants, s’assurant qu’ils ne leur manque rien.
 
De nouveaux équipements sont acquis : meubles, chambres à coucher et même de nouveaux bâtiments sont construits pour ‘’améliorer l’environnement familial’’.
 
L’une des stratégies du groupement consiste à acquérir chaises, bâches, marmites et autres ustensiles de cuisine destinés à la location à l’occasion des baptêmes, des cérémonies religieuses, ce matériel étant en revanche gracieusement mis à la disposition de familles éplorées pour les cérémonies mortuaires.
 
Seune Sèye, à titre personnel, a utilisé une partie de ses revenus pour acheter des chaussures auprès des cordonniers du marché Tilène, afin de les écouler ensuite auprès des femmes de son groupement et dans différents marchés.
 
Une façon d’anticiper l’avenir et de commencer à diversifier ses activités ‘’parce que tôt ou tard, les périmètres agricoles de Déni Malick comme d’autres localités vont disparaître’’.
 
La ‘’pression foncière’’ est déjà là, sur plusieurs surfaces agricoles menacées par ‘’la convoitise’’ de promoteurs immobiliers et d’investisseurs qui veulent s’installer autour du pôle de Diamniadio devenu très attractif, en plus de l’avènement en vue du Train express régional qui va desservir cette zone à partir de Dakar.
 
Les mêmes menaces pèsent sur plusieurs autres localités des Niayes. Bambilor, par exemple, où la cinquantaine de femmes membres du groupement de maraîchers peinent à trouver des terres cultivables, disent-elles.
 
L’accès à la terre est le principal frein au plein épanouissement des femmes dans le maraîchage qui rapporte beaucoup et facilite leur autonomisation, confirme Ndiouck Mbaye, la présidente de la Fédération des femmes rurales du Sénégal et de la Fédération nationale des associations féminines du Sénégal (FAFS).
 
Cette conseillère municipale de Kaolack (centre) et secrétaire élue au Conseil économique, social et environnemental reconnaît toutefois que les femmes sont désormais plus soutenues pour accéder à la terre, mais également aux intrants et financements.
 
Dans le bassin arachidier, qui correspond notamment à la région de Kaolack, les femmes sont engagées dans la culture de l’arachide et du maïs, mais ‘’comme partout au Sénégal’’, elles ne sont pas propriétaires des terres qui leur sont louées à ‘’75.000 francs CFA l’hectare, parce que nous n’en avons pas’’. 
 
La présidente de la FAFS va plus loin et estime que l’accès et le contrôle des terres par les femmes ‘’sont un problème de pouvoir’’, à partir du moment où les hommes sont les seuls à diriger presque exclusivement les collectivités territoriales. 
 
Peu de femmes disposent de leurs propres terres 
 
‘’On nous loue les terres trop cher, c’est inadmissible. Pourtant, on a tenu des forums pour faire l’état des lieux, identifier des solutions et demander à l’Etat d’organiser les assises de l’accès des femmes au foncier, mais jusque-là, rien’’, se désole Ndiouck Mbaye.
 
Des assises qui devraient pouvoir résoudre le problème de l’agriculture et du foncier en même temps, ajoute la conseillère municipale, selon laquelle ‘’peu de femmes’’ disposent de leurs propres terres parmi les 302.000 membres de la FAFS, à travers les régions, départements, communes et villages les plus reculés du Sénégal.
 
‘’L’Etat doit exiger des conseils municipaux qu’ils octroient des terres aux femmes pour qu’elles puissent cultiver sereinement, mais tant qu’elles ne bénéficieront pas des délibérations des mairies, les femmes resteront à la traîne et seront utilisées seulement comme ouvrières agricoles’’, dit-elle.
 
Dans l’arrondissement de Keur Samba Guèye, situé dans le département de Foundiougne (centre-ouest), des chefs de village et non pas des maires, ont octroyé des terres aux femmes pour des ‘’champs communautaires’’, un ‘’exemple rare’’, signale-t-elle.
 
‘’Avec l’agriculture, on n’a pas besoin d’aller voir ailleurs, nous voulons seulement avoir la garantie de la disponibilité des terres et de l’eau, mais ce n’est pas toujours le cas pour nombre de maraîchers. L’épée de Damoclès plane sur nos têtes, avec des revenus non sécurisés pour la plupart des femmes’’, poursuit Ndiouck Mbaye.
 
‘’La disparition des surfaces agricoles est à craindre, et il faut éviter que l’agriculture cède devant l’urbanisation’’, prévient le coordonnateur d’Enda Ecopop, Bachir Kanouté, faisant remarquer qu’en Europe, de plus en plus, les gens se rabattent vers l’Afrique où se trouvent encore 60 % des terres arables.
 
La sécurité alimentaire, soutenue par plusieurs leviers comme l’accès à la terre et aux intrants, demeure pourtant l’affaire des exploitations familiales qui nourrissent essentiellement les ménages, selon M. Kanouté.
 
‘’Les femmes sont des éléments moteurs de ce processus, et c’est important que dès maintenant on les identifie comme étant des acteurs clés, qu’il faut doter de capacités techniques, qu’il faut aider à accéder à la terre, aux ressources financières, à tous les facteurs de production, pour une sécurité alimentaire durable’’, a recommandé le responsable d’Enda Ecopop.
 
Les femmes ont fort à faire avec la commercialisation et la transformation dont ils ont l’apanage, mais cela n’empêche pourtant pas qu’elles soient utilisées dans les champs, note Ibrahima Mbengue, le président de la Fédération des producteurs maraîchers des Niayes. 
 
‘’On travaille dans les champs, aux côtés des femmes. Elles s’occupent de l’épandage des engrais, du repiquage, du désherbage, du triage post-récolte, mais elles possèdent rarement des terres’’, reconnaît M. Mbengue, également conseiller municipal à Bambilor depuis 2004.
 
‘’De plus en plus difficile de réclamer des délibérations’’
 
Il arrive pourtant que des époux cèdent une partie de leurs parcelles à leur épouse, pour qu’elle l’exploite. Au cas où les femmes ne bénéficient pas des champs communautaires octroyés par la mairie sur délibération municipale. Mais de tels cas de figure sont de plus en plus rares.
 
‘’C’est de plus en plus difficile de réclamer des délibérations pour les périmètres agricoles, et cela me fait mal de voir de plus en plus de bâtiments en construction dans cette zone des Niayes à vocation agricole’’, déplore Ibrahima Mbengue.
 
En 2012, le Programme d’aménagement et de développement économique des Niayes, mis en place par le ministère de l’Agriculture et de l’Equipement rural, par l’entremise de la Direction de l’horticulture, avait effectué un recensement des unités de production horticole de la zone. Quelque 3.000 exploitations familiales avaient été dénombrées, mais la proportion exploitée par les femmes n’avait pas été déterminée.
 
Les mêmes limites, relatives à la prise en charge de la dimension genre de cette problématique, caractérisent cette étude consacrée, elle, aux exploitations horticoles de la zone des Niayes, depuis 2015.
 
La présidente du Groupe de réflexion pour le progrès social, Julie Cissé, souligne que le nombre de femmes affectataires d’assiettes foncières de la part de collectivités territoriales reste marginal, dans un contexte marqué par une forte demande.
 
La commune, avec la disparition des communautés rurales, devient le moteur de l’accès au foncier puisqu’en vertu de la loi portant transfert de compétences de l’Etat vers les collectivités territoriales, ces dernières sont compétentes en matière de gestion foncière.
 
Cela veut dire que les collectivités territoriales ont le pouvoir d’affecter, de donner et de reprendre une assiette foncière à une personne, précise Julie Cissé.
 
Cela dit, à titre individuel, les femmes actives dans le maraîchage se retrouvent souvent ‘’avec des revenus substantiels qui leur permettent même d’investir dans le secteur tertiaire parce que la terre ne ment pas’’.
 
L’eau, la contrainte majeure 
 
Lors de son dernier recensement, la FAFS comptait plus de 800 femmes. Certaines d’entre elles exploitent un champ collectif à Sangalkam d’une superficie de deux hectares mis à leur disposition. Pour la responsable du champ communautaire, Oulimata Mbengue, avec ce périmètre, les femmes montrent leurs capacités de gestion en valorisant les pratiques agricoles.
   
Selon Julie Cissé, certaines femmes vivent bien de leurs activités et ‘’ont pu acquérir un véhicule, une maison, en même temps qu’elles envoient leurs enfants dans de bonnes écoles’’.
 
La garantie foncière est un facteur d’autonomisation des femmes, d’autant plus que la plupart d’entre elles dirigent les ménages.
 
Outre le foncier, l’approvisionnement en eau est une équation à résoudre pour les producteurs maraîchers, dont les femmes. Le premier réflexe consiste à priver d’eau les périmètres maraîchers au profit des ménages en cas de pénurie, ce qui installe le secteur dans une situation d’insécurité totale. D’autant plus que les producteurs sont régis par un système de quotas qui les oblige à limiter les quantités d’eau utilisées.
 
Le producteur est taxé de manière exorbitante, chaque fois qu’il dépasse la quantité d’eau qui lui est réservée. Les femmes productrices sont confrontées à ce problème et de fait ‘’restent plus vulnérables, n’ayant pas toujours les ressorts pour le résoudre’’, explique Khady Diallo, qui exploite un périmètre d’un demi hectare à Lendeng, à Rufisque.
 
‘’Certaines d’entre nous n’ont pas assez d’eau pour cultiver toute l’assiette foncière dont elles disposent actuellement. C’est l’une des contraintes auxquelles elles font face et qui contribuent aux menaces que vit l’activité agricole dans cette zone’’, observe-t-elle.
 
Du temps de la défunte SDE, l’eau était rationnée suivant des heures et un calendrier de distribution établi par cette société chargée de l’exploitation et de la gestion du service public de l’eau.
 
Cela constituait un handicap pour les producteurs, mais avec la mise en service de nouvelles usines de production d’eau pour l’alimentation de Dakar, ce problème tend à devenir un mauvais souvenir, au grand bonheur des producteurs locaux.
 
A Lendeng, 56 hectares sont disponibles et exploités individuellement par des hommes et des femmes. Ces dernières se sont constituées en associations. 
 
Elles disposent surtout de délibérations de la mairie de Rufisque-Est et rarement de titres d’attribution, explique une dame quarantenaire.
 
La question du rendement des périmètres maraîchers n’a pas été jusque-là documentée, mais une étude a fait le point sur la situation de Lendeng. Elle fait état d’un chiffre d’affaires qui dépasse le milliard de francs CFA par an, avec deux campagnes dépassant chacune 500 millions.
 
Des mesures conservatoires spécifiques avaient été annoncées par le président de la République, par le biais d’un décret faisant de Lendeng une zone exclusivement maraîchère, une disposition que les autorités administratives locales ont réitéré aux acteurs concernés.
 
Tout cela a été confirmé par le conseil départemental de Rufisque. Malgré tout, la zone de Lendeng reste la cible des promoteurs immobiliers. 
 
Plus que tout, le souhait des acteurs locaux du maraîchage est d’en finir avec cette hantise, ce qui passe par l’obtention d’un titre collectif pour préserver leur site de la prédation foncière en cours dans la zone des Niayes. D’autant plus que ledit site est le poumon vert de toute la commune de Rufisque.
 
La doléance autour de laquelle tout Lendeng se retrouve porte sur la protection des périmètres contre la boulimie foncière et l’avancée des constructions immobilières.
 
Lendeng, ‘’seul endroit où on produit de la salade en toute saison’’
 
‘’Notre seul souhait, c’est qu’on nous laisse ces champs. De cette manière, nous pourrons, avec l’aide de Dieu, continuer à nous débrouiller’’, dit Khady Diallo. Née à Lendeng, elle a grandi dans cet environnement avant de se marier à un producteur du même périmètre maraîcher. Grâce aux revenus tirés de leur activité, les Diallo et leur enfant vivent bien.
 
Une inquiétude partagée par le président de l’association des producteurs de ces périmètres, selon lequel le gouvernement doit prêter une attention particulière à Lendeng, ‘’le seul endroit au Sénégal où on produit en toute saison de la salade’’. ‘’En saison sèche comme en saison des pluies, la production est assurée’’, explique Mamadou Kâ. 
 
Aussi les acteurs se plaignent-ils du manque de subventions et de matériel agricole, alors que des tracteurs sont offerts à certains producteurs des Niayes.
 
En attendant, certains producteurs se dotent de motoculteurs, d’autres sont contraints de louer les services des propriétaires de tracteurs pour labourer leur champ. Ils comptent aussi sur les pouvoirs publics, concernant les engrais qu’ils sont prêts à payer comptants.
 
Malgré tout, ils ne se plaignent ‘’pas trop, on parvient à s’en sortir pour dire vrai. Les recettes journalières peuvent parfois atteindre 15.000 francs CFA en période faste et osciller entre 10.000 et 7.000 en saison basse’’, assure Khady Diallo, ajoutant : ‘’On trouve toujours quelque chose pour s’assurer un minimum.’’
 
Une difficulté supplémentaire : en l’état actuel des choses, aucune structure ne regroupe les ‘’bana-bana’’ qui s’investissent dans le commerce des légumes provenant du périmètre maraîcher de Lendeng, dont les productrices se résignent à étaler les produits au bord de la route, devant leur champ, jusqu’à l’entrée de l’autoroute à péage, sur la route des Niayes, entre Diorga et Keur Ndiaye Lô.

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