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    Le quotidien d’un ’’péon’’ au cœur du périmètre maraicher de Lendeng
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    Le quotidien d’un ’’péon’’ au cœur du périmètre maraicher de Lendeng

    Lendeng (Rufisque), 10 oct (APS) - Comme toutes celles qui se prénomment Aminata, elle est plus connue sous le nom de Collé. ‘’Ya Collé’’, disent affectueusement les jeunes ouvriers qu’elle côtoie au quotidien dans les périmètres maraîchers de Ledeng, zone à haute potentialité horticole, dans le périmètre de la commune de Rufisque-est, dans la région de Dakar.
     
    La soixantaine, Aminata, comme la plupart des femmes ouvrières agricoles qui travaillent dans les champs de Lendeng, a sa famille en charge. 
     
    ‘’J’ai perdu mon mari il y a cinq ans et j’ai dû me retrousser les manches pour nourrir mes huit bouts de bois de Dieu. Femme au foyer, je n’avais aucun revenu’’, explique-t-elle, adossée à la petite tente dressée aux abords du champ, faisant office d’aire de repos et de réfectoire de fortune aux heures de pause.
     
    Sur son visage, le poids de la vie a fait son travail, lui donnant presque une dizaine d’années de plus que son âge. Il lui reste la beauté de ses traits pour continuer à faire illusion et la vitalité de ses jambes pour se battre au quotidien.
     
    Une question de survie pour cette femme de petite taille, menue, maigrichonne même, qu’on a du mal à imaginer autrement qu’à la retraite, jouissant d’une vie tranquile.
     
    Au lieu de cela, Aminata fait partie de ces femmes besogneuses que la vie n’a pas choyée, obligées d’entretenir leur famille avec les modestes revenus tirés de leur travail journalier dans les champs de Lendeng. 
     
    Son univers, si ce n’est sa vie tout court, se résume à son quartier de Keur Shérif, qu’elle ne quitte que pour chercher du travail au périmètre situé non loin de là.
     
    Déjà, avant le décès de son époux, chauffeur de taxi ‘’clando’’ de son état, la famille peinait à joindre les deux bouts. C’est dire combien les choses ont pu empirer après la disparition de ce dernier.
     
    ‘’Même avant son décès, c’était difficile de faire bouillir la marmite, de subvenir aux besoins des enfants, l’école, se faire soigner, mais c’est devenu plus compliqué après, et j’ai dû vendre ce qui restait de la voiture’’, bon pour la casse que pour autre chose.
     
    En fait de taxi ‘’clando’’, il s’agit d’une voiture qui était plutôt abonnée au garage du mécanicien du coin, son état ne lui permettant pas de rouler tous les jours. 
     
    Le seul travail qui se présentait à Aminata, c’était celui d’ouvrière agricole, surtout que sa meilleure amie et voisine, plus jeune, travaillait déjà dans les champs de Lendeng. 
     
    Cette dernière lui a mis rapidement le pied à l’étrier en venant la chercher le matin pour le travail de désherbage, de repiquage ou d’arrosage selon les saisons. 
     
    Collé, moins perdue avec sa voisine à ses côtés, prend ses marques jusqu’à faire parfois plusieurs champs la journée, histoire d’augmenter ses revenus journaliers. 
     
    En plus, il lui arrive de bénéficier de la générosité de certains producteurs qui lui offrent, pour sa consommation, des tas de tomates un jour, de salades, un autre jour, des tas de choux par-ci, de gombos par-là.
     
    Dans l’impossibilité parfois de conserver toutes ses légumes, elle parvient à les écouler rapidement au bord de la route où des automobilistes s’arrêtent souvent pour s’approvisionner en légumes frais.
     
    Ses journées commencent dès 7 heures en cette période d’hivernage, une manière de faire avec la chaleur qui caractérise cette période de l’année.
     
    Un travail difficile, qui nécessite qu’on reste courbé la plupart du temps et qui ne garantit qu’une ‘’maigre rémunération’’. Mais Aminata n’a pas le choix.
     
    ‘’Personne ne me trouvera à la maison pour me remettre les 1500 francs CFA que je gagne à la fin de mon labeur’’, dit-elle, le regard perdu dans l’horizon, de l’autre côté des champs, comme pour soupeser l’ampleur du travail qui l’attend après cet entretien.
     
    Ses revenus sont certes loin de couvrir ses dépenses quotidiennes, mais ç’aurait pu être pire que tout, et ‘’heureusement’’ que sa famille a un toit, sinon ce serait intenable si elle devait s’acquitter en plus de la location. 
     
    ‘’L’argent que je gagne par jour sert à faire les repas et à acheter du savon. Parfois, je me retrouve avec zéro franc le matin, dans ces cas, j’emprunte de l’argent pour le petit déjeuner et, au retour du travail, je règle la dette’’, explique-t-elle.
     
    ‘’Il faut que mes enfants qui sont encore à l’école vivent et je ne peux pas tendre la main’’, dit-elle avec fierté, même avec 1500 francs de gains par journée de travail.
     
    Yaye Collé se refuse à maudire le sort, tant qu’elle aura la possibilité de se lever tous les jours et que des forces lui resteront pour aller au travail et subvenir à ses besoins fondamentaux.
     
    A Lendeng, des Yaye Collé, jeunes et moins jeunes, on en cherche et on en trouve dans tout le périmètre maraîcher.
     
    Main d’œuvre bon marché, elles sont parfois vendeuses au bord de la route, au service de productrices de renom, après le triage du plus gros de la récolte destinée aux grands marchés ou aux grandes surfaces.
     
    Elles servent, de la même manière, dans la chaine de distribution des produits maraîchers à Sangalkam, Bayakh, Mbawane, des zones des Niayes où les femmes ne sont pas ‘’mieux loties’’ qu’à Lendeng.
     
    Selon une étude réalisée en 2018 par l’Institut panafricain pour la citoyenneté, les consommateurs et le développement (CICODEV), le chiffre d’affaires des activités maraîchères de Lendeng atteint près d’un milliard chaque année, à raison de deux campagnes de récolte de près de 500 millions CFA chacune.
     
    Zone écologique coincée entre l’autoroute à péage et la cimenterie située entre Rufisque et Bargny Kippeu, le site de Lendeng s’étend sur 56 hectares exploités par une centaine de producteurs. Il offre du travail à une cinquantaine de femmes.
     
    Les débuts de l’exploitation du site datent des années 1970, à l’initiative des populations environnantes de Rufisque et Bargny et même d’au-delà.
     
    Situé dans une cuvette, ce périmètre est exploité par une centaine de producteurs dont une trentaine de femmes.

    ADL/BK/AKS/ASG