Aïda Diop propose une radioscopie de la société à partir d’un récit intime
APS
SENEGAL-LIVRES

Aïda Diop propose une radioscopie de la société à partir d’un récit intime

Dakar, 25 sept (APS) - Le premier roman de la Sénégalaise Aïda Diop, intitulé ‘’Expériences de vie : vers une aube nouvelle’’, se lit comme un journal intime agrémenté de moments d’introspection et riche de réflexions rafraîchissantes sur des problématiques variées, dont l’éducation, la religion ou la place des femmes dans la société, à travers le mariage et la polygamie.
 
Dans cet ouvrage de 210 pages, paru chez L’Harmattan-Sénégal, Aïda Diop parle aussi du monde du mannequinat, des connaissances et du tissu relationnel, du cercle familial, de la problématique de l’amitié, entres autres questions.
 
A 43 ans, titulaire d’un diplôme de marketing et de communication, longtemps assistante de direction dans un cabinet d’avocats, elle fait ‘’le point’’ sur sa vie entre 19 et 40 ans à travers son héroïne Dada, qui donne les clés de lecture des séquences de la vie rythmée de l’auteure.
 
De l’adolescence de sa vie de jeune fille dans le cocon familial, le livre évoque les vicissitudes du parcours professionnel et de la vie sociale de la jeune femme, revient sur son rôle d’épouse et de mère dans un ménage à trois. 
 
La jeune écrivaine choisit avec soin les moments à partager avec ses lecteurs dans ce journal intime où elle raconte de façon journalière ses expériences de vie, partage son point de vue sur le départ volontaire du père et le dévouement de la mère, analyse des principes moraux comme l’honnêteté dans les rapports interindividuels, la vie et le monde qui l’entourent, afin de ‘’construire un monde meilleur’’ menant à une aube nouvelle. 
 
Son récit, ‘’rétrospectif ou autobiographique’’, se veut ‘’sans détours’’. Il est livré de manière sincère, même s’il est possible de s’interroger sur la nécessité d’une autobiographie à mi-parcours rendue dans un style très dépouillé, qui opte pour une intertextualité laissant les opinions s’exprimer clairement.
 
Pour Dada, l’héroïne, sans doute du point de vue d’Aïda Diop également, l’éducation des enfants est ‘’une tâche ardue’’ dans laquelle le rôle des parents reste central. 
 
Elle s’offusque ainsi des comportements et choix de vie de jeunes filles dakaroises qui, pour accéder à ‘’un bonheur consumériste’’, foulent aux pieds des vertus jugées essentielles par la société.
 
L’auteure s’interroge dans le même temps sur les devoirs des parents qui ‘’n’ont plus les moyens de subvenir aux exigences minimales d’une vie descente’’, dans un système ‘’perverti’’ par la corruption. 

‘’Les exigences minimales d’une vie descente’’
 
Dada, belle et armée de ses principes, introduit son lecteur dans le monde du mannequinat, décrit comme ‘’un sale milieu’’, selon le mot du journaliste et écrivain Serigne Mansour Sy, qui lui a consacré un livre intitulé ‘’Echographie du mannequinat au Sénégal’’.
 
L’auteure, ‘’croyante et pratiquante’’, parle de sa foi tout au long du livre et de la ‘’relation silencieuse et personnelle’’ qu’elle entretient avec son Créateur. 
 
Un postulat qui la conduit à rejeter fortement toute ‘’forme de certification’’ dictée par des ‘’censeurs’’ de la foi qui pullulent au Sénégal et ‘’commandent implicitement de solliciter l’onction de la société pour apparaître comme un bon musulman’’. 
 
Aïda Diop insiste sur le sort réservé à la femme, qualifiée à tort de sexe faible et qui, selon le préfacier de l’ouvrage, le professeur Maguèye Kassé, est considérée rien de moins qu’un ‘’objet’’, un ‘’sujet qui est pensé et non pensant’’. 
 
Son expérience de la polygamie vécue avec tant de souffrances aiguise ses questionnements sur les rapports humains dans la société sénégalaise. 
 
L’auteure Aïda Diop réussit ainsi un livre écrit avec le cœur, consécration d’un rêve qui l’a toujours habitée, dans lequel l’écriture passe pour ‘’une thérapie’’, un moyen de s’épanouir, d’aller de l’avant, de gagner pour soi-même et non contre les autres. 
 
Dans son roman, Aïda Diop, passionnée d’écriture depuis l’adolescence, milite pour un mieux-être dans ‘’une communauté où chacun surveille l’autre’’. 
 
Après son baccalauréat, la nouvelle auteure intègre le monde du travail dans un cabinet d’avocats où elle a passé quatorze ans de sa vie avant d’obtenir une licence en marketing et communication, et de publier son premier livre. 


FKS/BK/ESF