Une écrivaine franco-sénégalaise fait redécouvrir Aline Sitoë Diatta
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SENEGAL-LITTERATURE-MEMOIRE

Une écrivaine franco-sénégalaise fait redécouvrir Aline Sitoë Diatta

Dakar, 25 juin (APS) - L’écrivaine franco-sénégalaise Karine Silla Perez tente de donner une nouvelle dimension à la trajectoire d’Aline Sitoë Diatta, héroïne casamançaise de la résistance à la colonisation française, dans un roman jugé sérieux et d’une dimension mythique.

Intitulé "Aline et les hommes de guerre", le nouveau roman de Karine Silla Perez, par ailleurs actrice et réalisatrice, a été présenté vendredi à Dakar, au cours d’une cérémonie de dédicace coïncidant avec le lancement officiel du "Book Club" du mensuel sénégalais "Intelligence Magazine".
 
Etaient présents à ce lancement, le ministre de l’Education nationale, Mamadou Talla, plusieurs écrivains ainsi que plusieurs autres personnalités du monde des médias et de la culture.

Sous la plume de Karine Silla Perez, Aline Sitoë Diatta, également appelée "la dame de Kabrousse", en référence à son village de naissance, en Casamance, prend "une dimension mythique", selon Mamadou Talla.
 
"Il est clair que Karine Silla a fait plus qu’un traité d’histoire, parce qu’elle a donné vie à cette dernière par le truchement du roman, ainsi Aline Sitoe prend-elle une dimension mythique", a-t-il dit.
 
Selon lui, Karine Silla a été bien inspirée de "toujours mettre en lumière le contexte historique de cette héroïne en amont et en aval". 
 
"Karine Silla a écrit un roman historique dont le personnage est une héroïne de notre histoire qui a pris des dimensions panafricaines par le sort qui lui était réservé par le colonialiste", a-t-il souligné.
 
Il a rappelé que la résistance "civique inflexible" que "la dame de Kabrousse" avait opposée au colonisateur, au nom de sa communauté, était fondée "essentiellement sur les valeurs de sa culture". 
 
"Répondant à la voix qui lui a enjoint de se lever et de marcher, Aline a fait face, par le refus obstiné, à la force brutale, à l’humiliation des membres de sa communauté, au pillage de leurs biens, à la traitrise (…)", a détaillé Mamadou Talla.
 
Native de Kabrousse, elle avait été élevée par son oncle paternel à la mort de son père, et pour gagner sa vie, elle se rendit à Ziguinchor pour travailler comme docker. 
 
Elle se rendit ensuite à Dakar où elle trouve un emploi de bonne à tout faire. C’est à Dakar qu’elle eut la révélation de sa mission de libérer son peuple de l’administration coloniale, par des voix quasi-divines. 
 
Elle s’y était refusée dans un premier temps, puis décida de suivre ces voix et de revenir en Casamance. 
 
Aline Sitoë Diatta avait entraîné la population dans un mouvement de désobéissance civile avant d’être arrêtée et jugée par l’administration coloniale française, puis déportée à Tombouctou, au Mali, où elle meurt du scorbut en 1944, à l’âge de 24 ans.
 
Selon Karine Silla, le roman qu’elle a consacré à Aline Sitoë Diatta retrace la vie de l’héroïne "dans un contexte historique et sociologique". 
 
"Elle a donné sa vie pour le combat et la liberté que je n’aurais jamais le courage de faire", a fait valoir l’écrivaine franco-sénégalaise, dont la volonté de départ était de "construire au-delà des faits historiques un mythe par les figures imaginaires en vue de s’identifier" à son héroïne.
 
"Ce que je voulais insuffler dans ce roman, en dehors du contexte de qui était Aline Sitoe Diatta, c’est d’essayer d’arriver dans un état de conscience (...)" à partir duquel il serait possible de "rentrer en communication avec elle", a expliqué Karine Silla Perez.
 
"Quand on prend le soin de bien lire cet ouvrage, on se rend compte qu’au-delà de la personne qu’on pensait être une prêtresse, l’écrivaine a réussi à nous restituer un contexte historique bien documenté et bien fouillé, et nous devons la considérer avec du sérieux", a analysé le directeur du Livre, Ibrahima Lô.
 
M. Lô a fait part de sa satisfaction de savoir que cet ouvrage sera introduit dans les mois prochains, au programme de la formation des enfants, sur instruction du chef de l’Etat Macky Sall.
 
La directrice du mensuel "Intelligence Magazine", Amy Sarr Fall, présente cette cérémonie de présentation comme "une opportunité très enrichissante, mais aussi très stimulante, dans la mesure où le projet Book Club, à travers la dédicace du livre +Aline et les hommes de guerre+, a permis d’avoir l’adhésion de tous".
 
"Karine Silla nous a offert un récit époustouflant d’Aline Sitoë Diatta", a-t-elle soutenu, jugeant important pour chacun de croire en ses valeurs, ses propres héros, "avant d’aller chercher ailleurs".
 
Elle affirme que Karine Silla a parcouru "plus de 9000 pages d’histoire pour parler d’Aline Sitoë Diatta que beaucoup de personnes ignorent" et dont l’écrivaine retrace la trajectoire dans un roman de plus de 200 pages. 

AMN/BK/ASG