Le recteur de l’UCAD rappelle son ‘’rapport tout particulier’’ avec Sembène Ousmane
APS
SENEGAL – CINEMA – CULTURE

Le recteur de l’UCAD rappelle son ‘’rapport tout particulier’’ avec Sembène Ousmane

Dakar, 27 nov (APS) – Le recteur de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), le professeur Ibrahima Thioub a rappelé, samedi, le "rapport tout particulier" qu’il entretenait avec le défunt écrivain et cinéaste Sembène Ousmane.
 

"J’ai un rapport tout particulier et spécifique avec Ousmane Sembène, c’est toujours une passion de le lire, car il a une conception du temps qui diffère de celle des historiens", a dit le recteur de l’UCAD.


Le professeur Ibrahima Thioub qui s’exprimait à la cérémonie de clôture du colloque international en hommage au pionnier du cinéma africain a souligné que le film "Ceddo", long métrage réalisé en 1976 est son lien avec Sembène. 

"Son film +Ceddo+ a été tourné dans mon village (Malicounda : NDLR), les personnages qui y jouent sont mes oncles et mes neveux dont certains sont aujourd’hui disparus, les gens y portent mon nom de famille Thioub. En regardant ce film cela me donne quelques émotions", a soutenu le recteur.

Il dit avoir vu pour la première fois les images de ce film à Paris dix ans après sa réalisation car il était interdit au Sénégal "à cause de la gémination portée à l’époque par les linguistes comme Arame Fall Diop". 

Mais le professeur Thioub a aussi partagé son interprétation du film "Xala" ( 1974) de celui que les cinéastes appellent affectueusement "l’Aîné des anciens". 

"Un chapitre de ma thèse qui porte sur les relations sénégalaise et libanaise dans le monde des affaires au Sénégal, est consacrée à l’œuvre +Xala+ de Sembène", dit-il. 

"La trame du film raconte l’histoire d’un homme devenu impuissant par un phénomène culturel et psychologique connu de nos cultures, mais mon interprétation se situe dans le temps, car les femmes de Abdou Karim Bèye, l’un des personnages du film, ne sont pas des femmes, Adji Awa Astou et Oumy Ndoye et Ngoné ne sont pas des femmes, ce sont des temps historiques", a relevé le recteur. 

Selon lui, "Adja Awa Astou, c’est la traite négrière, car elle est Goréene, Oumy Ndoye est Saint-Louisienne, c’est la colonisation et Ngoné, c’est l’indépendance. Les hommes d’affaires sénégalais ont réussi à avoir des enfants pendant la période de la traite négrière, la colonisation et ils deviennent impuissants après la décolonisation, ils n’arrivent pas à consommer l’indépendance". 

"Lorsque Abdel Kader va voir sa troisième femme, où il quitte un libanais où il quitte une institution européenne", a expliqué le professeur aux participants du colloque en hommage à Sembène. 

Interprétant le début de ce film dont le premier plan montre des hommes d’affaires sénégalais qui conquièrent la chambre de commerce de Dakar, "Sembène veut montrer que conquérir une institution, n’est pas gagné le monde de l’entreprise", dit-il. 

Le colloque international commémorant le dixième anniversaire de la disparition de Sembène Ousmane a été clôturé par le 1er conseiller technique du ministre de l’Intégration régionale, du NEPAD et de la Francophonie, Rémi Sagna et le directeur de la cinématographie Hugues Diaz représentant le ministre de la Culture. 

Les participants ont proposé des recommandations dont l’une d’elles porte sur la promotion des œuvres de Sembène Ousmane (patrimoine national) dans les écoles et lycées du Sénégal. 
 

FKS/PON