Le film ’’Baamum Nafi’’, une histoire ’’personnelle et familiale’’ (réalisateur)
APS
SENEGAL–CINEMA

Le film ’’Baamum Nafi’’, une histoire ’’personnelle et familiale’’ (réalisateur)

Dakar, 26 fév (APS) – Le film ‘’Baamum Nafi’’ (Le père de Nafi en pulaar), en projection ce mercredi, en avant-première, à Dakar, est avant tout une ‘’histoire personnelle et familiale’’, a dit son réalisateur Mamadou Dia, lors d’un entretien accordé à l’APS.
 
 
Ce film, tourné à Matam (nord) avec 90 % d’acteurs originaires de cette ville ’’est une histoire familiale d’abord, d’expérience personnelle avant d’être lié à un sujet d’actualité’’, a expliqué le réalisateur.

Le père, imam dans le film, personnage interprété par l’acteur Alassane Sy (réalisateur aussi de +Fallou+ (2017) et +Marabout+ (2019), est à l’image du père du réalisateur, un imam.


’’La jeune fille Nafi, attachée à son père, est comme ma sœur aîné attachée à mon père’’, soutient-il.
 
Dans cette production, Thierno, le père de Nafi, l’imam modéré du village, est en conflit avec son frère Ousmane, proche d’un groupe extrémiste, au sujet du mariage de leurs enfants. Derrière ce mariage se cache un conflit ouvert entre deux hommes qui se battent pour la conquête d’une ville, pour l’héritage d’un père, pour l’amour d’une mère.
 
Les deux frères sont différents et similaires à la fois sur des plans face à face, champ contre champ où Ousmane part avec l’avantage de jouer sur le pouvoir de l’argent et les biens matériels de la vie pour enrôler une communauté à sa cause, explique le réalisateur.
 
Pour lui, il était alors nécessaire de camper l’histoire à Matam sa ville natale pour une question d’économie de production entre autres.

La langue pulaar aussi parlée dans le film ’’est un choix délibéré’’ du cinéaste qui ’’veut véhiculer nos cultures et la beauté des espaces à travers le film’’.
 
’’Il était moins cher de filmer à Matam où le décor est accessible, contrairement à Dakar. Il s’agissait de véhiculer nos cultures à travers nos langues avec 90 % d’acteurs amateurs de cette région pour porter ce conte imaginaire ancré sur un sujet d’actualité qu’est l’extrémisme religieuse’’, dit-il.
 
Ce premier long métrage du réalisateur sénégalais appelle à ‘’une prise de conscience’’ et montre comment une communauté peut basculer dans l’extrémisme religieuse voire le terrorisme.
 
’’Il était important de faire un film qui dit voici les signes avant-coureur avant d’en arriver là. Quand je travaillais en journalisme, j’ai beaucoup visité Tombouctou, Nigéria, Burkina Faso, et à chaque fois que tu parles à des gens qui ont vécu une attaque terroriste, c’est toujours le choc et après ils se rendent compte qu’il y avait des signes, des gens qui se réunissaient derrière le mur la nuit, etc’’, explique-t-il.
 
Il met en parallèle des sociétés ouvertes et démocratiques comme les Etats Unis ou l’Italie qui en sont arrivées à élire Donald Trump ou Mattéo Salvini.
 
Même si le Sénégal n’est pas encore victime d’actes terroristes, Dia qui se dit ’’satisfait’’ des mesures prises en amont par les autorités en guise de prévention, estime qu’il faut ’’prendre conscience et ne pas dormir sur nos lauriers’’.
 
’’Le Sénégal n’est pas plus pacifique que le Burkina Faso ou le Mali, tout est possible, on est dans une sous-région où les frontières sont poreuses. Il faut être conscient, il faut une politique beaucoup plus grande dans la région’’, soutient-il.
 
’’Baamum Nafi’’, un film d’auteur indépendant de plus d’une heure, est produit par la boite ‘’Joyedidi’’ du Sénégalais Maba Bâ en 2019.
 
’’Nous avons produit ce film avec nos économies et une aide à la finition du Fonds de promotion de l’industrie cinématographique et de l’audiovisuel (FOPICA) de 25 millions de FCFA’’, a dit Mada Bâ.
 
Le film est déjà diffusé à Matam (21 et 22 février), Saint-Louis (24 février) et Thiès (25 février). Il sera projeté au Sénégal durant deux mois avec le Centre Yennenga pour permettre aux Sénégalais de ’’s’accaparer le sujet’’, selon son réalisateur.
 

 

FKS/OID/AKS